Retraite sénatoriale sur fond de malaises

Anxieux du vote controversé accordé au programme politique du Premier ministre Laurent Lamothe il y a deux mois et de la récente publication tout aussi controversée de l’amendement constitutionnel, les sénateurs réunis au Club Indigo à Montrouis espèrent vider leur contentieux pour reprendre les séances plénières suspendues depuis la mi-mai. « Le dialogue demeure la voie idéale pour résoudre les conflits », a tempéré le sénateur Jean William Jeanty qui ne décolère pas depuis le vote favorable accordé à la politique générale du chef de gouvernement. A l’ouverture de la retraite convoquée par le Sénat avec le soutien de l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA International) et Development Alternatives Inc.(DAI) le round d’observation a été de courte durée pour le sénateur des Nippes. « La Constitution est la principale boussole des sénateurs. Et voilà qu’un faux amendement a été publié », a lancé le sénateur Jeanty après le discours d’ouverture de la retraite prononcé par son collègue Simon Dieuseul Desras, président du Grand Corps. La suite du programme a été interrompue par l’élu des Nippes qualifiant de « spectacle » les assises. Les dossiers brûlants dont l’amendement de la Constitution, a-t-il estimé, ne figuraient pas dans l’agenda distribué à l’assistance. Le parlementaire a préféré la continuité des discussions entamées lors de la dernière conférence des présidents des commissions permanentes du Sénat.« Sinon, a-t-il menacé, je me retirerai de la retraite ». Une décision qui serait fatale pour la suite des assises qui ne réunissaient à leurs débuts que dix des vingt sénateurs en fonction. Un huis clos de deux heures et l’arrivée de quatre autres sénateurs à l’hôtel de plage du Club Indigo a facilité la reprise de la retraite marquée par des interventions de l’économiste Kesner Pharel qui a passé au crible « la situation économique du pays » et un « exposé du plan de développement stratégique d’Haïti » par l’ingénieur Frantz Verella, ancien ministre des Travaux publics, de Transport et de Communication sous la seconde présidence de René Préval. Un second huis clos s’enchaînait. Calme et silencieux, Simon Dieuseul Desras n’a pas répliqué aux flèches qui le visaient. « Il y a une prise de conscience autour des responsabilités morales des sénateurs. Nous espérons sortir avec un compromis nécessaire à la reprise des travaux en séance plénière », a déclaré le président du Sénat. Bien qu’il soit hostile au mode de gestion du bureau dont son président a participé au Palais national à l’annonce de la publication de l’amendement constitutionnel, Jean William Jeanty espère lui aussi un compromis. « Il doit y avoir tout d’abord des explications », a conditionné le parlementaire qui n’entend pas aller jusqu’à la destitution du bureau. Deux tiers de l’assemblée, a-t-il calculé, sont nécessaires pour destituer un bureau alors que le Sénat est amputé d’un tiers depuis près de deux mois. Des vingt sénateurs en fonction, la présence de seize est nécessaire pour la tenue d’une séance. La fragilité du quorum est justement l’un des points qui figurent dans l’agenda de la retraite au cours de laquelle un bilan des activités du Grand Corps sera dressé. Les pères conscrits entourés de cadres du Parlement devront préparer le prochain agenda législatif. Après la Chambre des députés qui a un délai de soixante jours pour décider du sort de la loi de finances déposée vendredi dernier par le ministre de l’Economie et des Finances, le Sénat aura vingt jours pour se prononcer. En attendant, l’avenir du Sénat se dessine à huis clos. Et c’est une bonne chose aux yeux de Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, directrice de programme à IDEA. « Compte tenu des divergences sur différents sujets, c’est bien de vider les contentieux », a estimé l’ancienne ministre.
Claude Gilles
Credit: Le Nouvelliste.

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