Le groupe « Klass » de Richie face au grand défi du moment

Le chemin de la vie n’est pas vraiment linéaire et aplani. Et, il n’est pas toujours tapissé de fleurs. Parfois il est jonché d’épines et, en des endroits, il est très rocailleux et serpenté. Souvent, nos sens physiques nous trompent. Personne n’aimerait échouer dans la vie. Faut-il bien qu’on se rappelle que le succès est le fruit du travail.  Le récit allégorique de la création nous l’avait bien dit après la chute de l’homme du Jardin d’Eden : tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Richie qui, aujourd’hui, a créé son propre groupe « Klass », sait que c’est seulement par le travail qu’il pourra trouver la vraie clef du succès. On ne peut pas court-circuiter -pa gen wout pa bwa. C’est comme chercher la pierre philosophale.

L’homme qui fait bien son ouvrage vit de son métier 

Le peintre vit de son pinceau et de sa peinture, le vrai musicien de son instrument et de sa musique. Cela n’exclut pas nos artistes haïtiens. À la lumière d’un tel principe, Richie travaille d’arrache pied pour présenter une formation musicale digne de ce nom et être capable de reconfirmer son talent. Personne ne doute de sa capacité et de son talent de musicien,  batteur, compositeur et producteur de musique. Son nom a résonné et résonne encore fort dans le monde du Konpa Dirèk et au-delà des frontières.

Le public pense que l’univers musical haïtien manque un décor pour être parfait : la créativité artistique. Nous confondons souvent nouveauté et changement. D’après les sondages,  on pense que le groupe Klass pourra apporter du nouveau dans le monde de la musique dansante haïtienne. Le public se dit fatigué de la pratique commune de nos musiciens et de la nature traditionnelle de la musique qu’ils produisent-men m ti bagay yo.

Après avoir choisi le 23 juin, comme première date de la sortie du groupe, Richie ne se sentant pas prêt et à son aise comme il le voulait, a dû annuler cette grande première de Klass. Il avait jugé bon de retourner à la table à dessin pour ajouter des couleurs plus vivantes et captivantes au tableau. Il en a profité pour corriger les imperfections et effacer certaines lignes de construction qui pourraient nuire aux yeux des mélomanes avertis. Une seconde sortie était prévue pour Juillet. Un inconvénient survient, créant ce fâcheux contretemps qui a bousculé l’attente et l’espoir du grand public.

Il semblerait qu’au mois d’Août, la grande surprise sera enfin connue. Cette fois, Richie se garde de préciser une date, sachant qu’après trois coups ratés, sa chance de convaincre le public sera considérablement réduite et il n’aura qu’un choix : laisser le champ de jeu. Il comprend que l’avenir est imprévisible. Richie a simplement fait preuve de prudence. En baseball, on dit three (3)  strikes you’re out.  Le maestro de Klass est plus intelligent qu’on ne l’aurait pensé.

L’empressement ne fait pas naître le jour 

Je remarque qu’un phénomène d’osmose prend forme entre le grand public et Richie. Celui-là essaie de pressurer Richie pour le forcer à sa grande première prématurément.  Richie, de son côté, fait marcher le public à son propre rythme.  Il est impératif que Richie choisisse et publie une date définitive d’ouverture des classes. Les élèves doivent s’inscrire et préparer leurs fournitures classiques avant que commence l’année scolaire. La rentrée sera-t-elle pour Septembre ou Octobre? Tout le monde espère que Richie et son corps professoral réussissent aux examens de l’école normale dès Août. Ce ne sera pas une épreuve facile pour le groupe Klass. Et, il n’y aura pas d’ajournement pour Septembre. Le groupe Klass doit aussi subir les examens de New York comme le groupe Zenglen l’avait fait.

Certains ne comprennent pas trop bien la position de Richie. L’artiste doit tester le terrain et l’eau. Il sait bien que l’eau de la HMI est chaude, bien que tout semble marquer le pas sur place dans cette industrie qui brûle à petit feu. Je profite de l’occasion pour dire à Richie que le temps est à l’acte et non à la parole-acta non verba. Bien souvent, après une longue attente, la patience reflète une certaine peur. Richie ne peut avoir peur de rien puisqu’il a déjà fait école. Le groupe Zenglen en est une preuve. Il lui suffit simplement de trouver les grands secrets des mystères de la réussite et les paramètres importants de l’équation du succès.

Richie a un grand défi à relever  

Je pense que Jean Hérard Richard (Richie) a vu, entendu et vécu les grands faits du monde musical haïtien. Je suis sûr qu’il connait ses qualités, tout aussi bien ses défauts et ses faiblesses. Il saura comment contourner les obstacles qui se dresseront sur le chemin qu’il va emprunter pour arriver au succès. Sur cette autoroute rocailleuse, épineuse, serpentée et à pentes raides, il y a plusieurs sorties (exits) menant vers la voie locale conduisant au grand Boulevard de l’Oubli, où séjournent d’autres musiciens qui, dans le passé,  se trouvaient dans la même situation que vit Richie aujourd’hui.

Le maestro de Klass doit se servir de son GPS pour ne pas prendre la mauvaise sortie de l’autoroute. Toutes les sorties se ressemblent et les signaux lumineux ne fonctionnent pas. Espérons que l’histoire ne se répète plus. Le temps actuel et  l’espace différent de ceux du XXe siècle. Pensons positivement. Les temps ont vraiment  changé.  GPS signifie  Ground Positioning System, c’est un indicateur de direction de routes, un système de géolocation par satellite. Certains pays ne l’ont pas encore.

Le succès et l’excès de vitesse ou de zèle ne sont pas compatibles. Qui va lentement arrive sûrement. Je saisis cette opportunité pour rappeler à Richie que le succès dépendra de lui et des autres. Mais,  il sera le seul responsable de l’échec du groupe si les espérances ne sont pas satisfaites. Danger, Haute tension ! En gros, Richie sera l’architecte de son propre succès et le sera également de son échec.  Pensons encore positivement.  Tout le monde connaît le rêve que caresse Richie : réussir avec la plus grande distinction. Comme il le sait déjà, tout ce que l’esprit conçoit est réalisable. Il suffit de trouver les moyens efficaces pour les concrétiser. J’imagine que Richie croit aussi en Dieu. À tous les croyants, Matthieu 21 verset 22 dit : tout ce que vous demanderez avec foi par la prière vous l’obtiendrez.

Le groupe Klass entre la compétition et la polémique.  

Nous avons souvent tendance dans le vernaculaire haïtien à inter- changer certains mots ou les utiliser sans leur attribuer leur sens propre.  Nous appelons « frigidaires » tous les réfrigérateurs, peu importe la marque. Aujourd’hui le mot à la mode en Haïti, c’est le verbe atterrir, « ateri », par exemple on dit : pour faire atterrir ce projet-pwojet sa a p ateri, ou bien les démarches vont atterrir-demash yo ap ateri. Même au sens figuré, ce mot n’a aucun lien d’usage mais tout le monde devine de quoi on parle quand on l’utilise.

On aurait tendance à dire ou se demander si le groupe Klass va « atterrir », signifiant s’il va réussir dans l’industrie musicale haïtienne ou s’il va bien se placer sur l’échiquier de la HMI. En musique, on confond souvent les mots « compétition » et « polémique ». La vie est la plus grande compétition qui puisse exister. Le mot compétition voudrait dire concurrence, sans idée d’adversité méchante,  entre deux ou plusieurs groupes d’une même école ou d’écoles différentes jouant la même forme de musique, où la qualité et la substance musicales permettent de déterminer le meilleur de l’ensemble.

Le mot polémique signifie dispute ou controverse qui conduit souvent à des attaques personnelles touchant  la vie privée d’un musicien ou d’un groupe. Il existait une polémique entre T-Vice et Sweet Micky, mais qui plus tard s’était révélée du pur showbiz. Robert Martino a été pendant un court temps le guitariste de Sweet Micky. À deux, ils avaient présenté une prestation à Amazura Club à Queens, New York. C’était la soirée du père et du fils. Ce fut une belle affiche, T-Vice versus Sweet Micky. La polémique entre Djakout et T-Vice continue. Fort souvent, certains groupes se jettent dans la polémique pour essayer de cacher leur faiblesse. Ils utilisent la polémique comme tremplin.

La polémique se définit mieux en période de carnaval. Nos ainés se souviennent encore de Madan Clément de Nemours (Compas Direct) et Siya de Wébert Sicot (Cadence Rampa). Quand les fans de Nemours chantaient « gade m tou limen, se nan otofonik Siya te pran Sicot se sak fè l sòti san sal konsa », ceux de Sicot  répondaient,  sispann limen balèn nan dada madan kleman …. Même si l’histoire se révélait vraie ou fausse, c’était pour amuser les fanatiques des deux camps. Sicot et Nemours furent de bons amis. Pourtant, les fans se battaient entre eux. Si Richie embrasse la polémique au lieu de la compétition, ce sera la fin prématurée de son groupe Klass, comme une mort infantile – Klass ap mouri depi nan vant.

La compétition s’annonce déjà pour le groupe Klass 

Je suis pour la compétition et non la polémique, semble dire Richie. Il doit se ceindre la ceinture jusqu’au cent cinquantième trou – mare senti l ak tèt li sere. La compétition ne sera pas facile. De janvier 2012, période de départ de Richie du Zenglen, à aujourd’hui, les données ont déjà changé, van an vire nan lot direksyon  e  pa gen wout pa bwa. C’est du passé. Il faut braver le temps et le vent. Richie a un riche passé musical. À présent, il se débrouille du bec et des ongles pour ne pas décevoir le public et ses fans. Il fait la une aujourd’hui. Son futur et celui du groupe Klass dépendent de lui et de ses musiciens. Les fans et les compétiteurs attendent avec patience. Les compétiteurs aimeraient aussi que le groupe Klass s’intègre au plus vite dans la HMI. Déjà, une association de promoteurs parle d’une soirée Zenglen versus Klass ou Klass versus Magnum Band à New York pour décembre 2012 ou pour début 2013. Qui dit mieux ?

Je le redis aujourd’hui pour me faire comprendre. Le passé nous sert d’expérience, c’est la référence. Le présent c’est l’actualité, la réalité que nous vivons aujourd’hui. Le futur c’est l’inconnu, c’est ce qu’ensemble les autres nous permettront de réaliser. Richie ne pourra jamais réussir sans les autres. Sans l’existence des autres groupes, on ne pourra pas non plus bien évaluer le groupe Klass. Peu importe nos divergences, notre classe sociale, notre appartenance religieuse et / ou politique dans la vie,  nous coexistons. La tolérance s’avère nécessaire.  La loi de la coexistence humaine nous le commande.

Seuls les dictionnaires nous font croire que le Succès vient avant le Travail, simplement parce que la lettre « S » précède la « T » dans l’alphabet. Pour l’homme honnête et conscient, c’est l’inverse. Il faut travailler pour vivre et réussir dans ses entreprises. Et, pour bien vivre il faut comprendre et respecter les lois naturelles qui gouvernent la vie et auxquelles l’homme doit se soumettre. Il y a un principe de base de la vie qui pourra servir de guide face aux dures exigences du temps: quand on n’a pas ce qu’on aime, on  apprend à aimer ce qu’on a. Donc, on doit se rabattre sur les groupes musicaux qui existent déjà sur le marché, en attendant la sortie du groupe Klass de Richie. Il faut laisser résonner la voix de la conscience et faire preuve de patience. Vous y êtes ?

robertnoel22@yahoo.com

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