Constructions anarchiques sur les collines de Gressier

La nationale #2 est de plus en plus bordée de constructions dont bon nombre sont de date récente.  Des deux côtés de la chaussée, les petits chantiers n’arrêtent pas. Pourtant, ces maisons qui bordent la route ne sont que la partie visible de l’iceberg.

Derrière les premières collines, pelle à la  main, des ouvriers opèrent en divers endroits à Xavierville, petite agglomération de Merger. Cette localité entourée essentiellement de petites montagnes s’organise en village et de nouveaux habitants y arrivent constamment.

Saintia habite le flanc d’une colline avec sa famille et d’autres parents. Ils sont arrivés après le tremblement de terre de 2010. Dansl’espace qu’ils ont loué et aménagé, trois taudis s’élèvent. «Après la catastrophe, tout le monde cherchait à se refugier dans les montagnes pour se protéger d’un éventuel tsunami », raconte Saintia. Consciente du nombre croissant de gens qui investissent la zone, la jeune femme  redoute un glissement de terrain en cas de grosses averses. Elle redoute aussi la possibilité d’être  délogée par les autorités municipales.   

Enock Dorival habite Carang, zone avoisinante de Xavierville. Il y a grandi et hérité des terres de ses parents.  Il dit constater que la population de  ces localités augmente constamment depuis 2010. «Beaucoup de maisons ont été construites depuis janvier 2010 ». L’occupation massive et désordonnée des collines a récemment fait des victimes à Mariani après quelques averses.

Pour Jean Michelet Paul, maire adjoint de la commune de Gressier, ce phénomène qui s’aggrave jour après jour date de plusieurs années et résulte facteurs divers,  en plus des catastrophes naturelles dont sont victimes nombre de familles haïtiennes. Il dénonce  l’absence de plan d’urbanisation et l’incohérence qui existe  dans les actions des autorités de l’Etat. «S’installer sur des terres vierges de la commune est  devenu une option pratique pour les populations en difficulté à Port-au-Prince. La faiblesse de l’Etat leur rend la tâche plus facile et l’espace plus accessible», déclare  le responsable. La faiblesse de l’Etat central et le manque de moyens des institutions municipales sont  en effet des causes majeures de la dégradation de l’environnement, estime M. Paul.

« Pour avoir le droit de construire, les responsables de la mairie de Gressier exigent du particulier le droit de lotissement et le permis de construire approuvé par le ministère des Travaux publics Transports, Communication et Energie », fait savoir Jean Michelet Paul. Le maire adjoint déplore que des décisions prises par la mairie d’arrêter des travaux de construction  qui se font illégalement soient souvent contrecarrées  par des particuliers tout-puissants.  

Sans préciser les dispositions prises  à court terme en vue de freiner les constructions anarchiques qui augmentent dans la commune, le maire adjoint affirme que la mairie de Gressier travaille actuellement à l’élaboration d’un plan d’urbanisation. Le travail se réalise avec la collaboration de partenaires internationaux et rentre dans le projet d’aménagement du territoire pour la région des Palmes (Gressier, Léogâne, Grand-Goâve, Petit-Goâve). Le schéma d’aménagement permettra d’identifier les zones  résidentielles, les zones réservées et l’emplacement des institutions étatiques. Il est également prévu dans cette démarche de déloger et de dédommager des familles, ce qui aura des répercussions sur l’économie nationale.  

M. Paul estime que la lutte  contre les constructions anarchiques est une préoccupation nationale et nécessite de la cohésion dans les actions des différentes entités de l’Etat. Il appelle ainsi au renforcement des capacités des municipalités et à une action convergente des institutions impliquées.

Nathalie Verné
Credit: Le Nouvelliste

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