Deux figures emblématiques haïtiennes décorées par la France

Cette distinction vient récompenser les actions positives de Wilfrid Bertrand,  actuel directeur général des Archives nationales d’Haïti, et Daniel Élie, – architecte, peintre, graphiste, conservateur du patrimoine- pour leur engagement personnel en faveur de la défense du patrimoine exceptionnel en Haïti, ainsi que leurs nombreuses années de carrière qui les ont conduits à la gestion de projets culturels. Une brochette de personnalités – cadres, employés de l’ambassade de France en Haïti,  des amis et proches des distingués et des journalistes –  ont rehaussé l’éclat de cette cérémonie.

Le diplomate français, faisant office de maître de cérémonie, a présenté les deux personnages à travers un portrait bien charpenté pour vanter  le dynamisme et la compétence des récipiendaires. Profitant de son intervention pour remettre la décoration à Jean Wilfrid Bertrand, l’ambassadeur Le Bret a fait  un survol historique des différentes réalisations de M. Bertrand. Il a salué M. Bertrand pour sa contribution à la création de la première bibliothèque publique d’Haïti et la création des centres de documentation de l’Université Quisqueya et de l’Institut national de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI).

« Au cours de vos études, au moment de la rédaction de votre première contribution  d’importance en sociologie, vous prenez conscience qu’Haïti doit doter sa recherche d’un service documentaire capable de  collecter, classer, conserver, communiquer des documents pour servir l’histoire collective, mais aussi individuelle des Haïtiens.   Toujours dans le cadre de vos études, en procédant à un minutieux travail de collecte, vos recherches vous amènent à établir un diagnostic alarmant sur l’urbanisation de Port-au-Prince, hélas vérifié plus de quarante ans après.  Souhaitons avec vous qu’un jour y figure également la déclaration d’indépendance d’Haïti, aujourd’hui manquante, et dont les archives nationales britanniques conservent le plus vieil exemplaire imprimé, exhumé en 2010 du recueil des archives jamaïcaines de 1804 », a dit l’ambassadeur Le Bret.

Retraçant avec minutie le parcours professionnel de l’actuel directeur général des Archives nationales, l’ambassadeur a poursuivi que la France salue son engagement, son choix de longue date, d’être un militant du savoir, de tous les savoirs, de leur transmission et, bien sûr, de leur conservation.  « C’est donc avec beaucoup de plaisir qu’il me revient de vous remettre, au nom du ministre de la Culture et de la Communication de la République française, les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres », a déclaré l’ambassadeur Le Bret.

 Revenu derrière le lutrin après quelques minutes de pause, l’ambassadeur  s’est adressé à l’ancien directeur de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), Daniel Elie. Il en a profité pour faire l’éloge des talents de l’ancien ministre de la Culture. « Je pense bien sûr au séisme du 12 janvier 2010, encore si présent dans nos mémoires. Etre architecte dans ce contexte est sans doute plus qu’un métier cher Daniel, c’est, à n’en pas douter, une vocation.  Vocation qui, pour vous, prend forme à l’Université d’Etat d’Haïti, où vous obtenez en 1978 un diplôme d’ingénieur architecte. Le patrimoine rapidement s’impose comme une évidence. Vous constituez ainsi le premier inventaire scientifique des biens culturels immobiliers de la République d’Haïti. Ce travail, poursuivi pendant près d’une décennie, a fait de vous un infatigable arpenteur de votre pays, et sans doute également un de ses plus ardents défenseurs », a indiqué le diplomate.

 Ne résistant pas au plaisir d’évoquer un ultime trait de la  personnalité de M. Elie, l’ambassadeur a estimé qu’ une certaine familiarité a fait de cette personnalité au fond le meilleur ami de tous les Haïtiens, le compagnon au quotidien des marchands, des banquiers, des simples gens, à l’exception des paniers percés,  bref, de tous ceux qui ont un « ti cob » entre les mains. «  Puisque vous avez été le créateur de la série de billets de banque en gourdes que nous manipulons chaque jour. A travers ces six billets, émis en hommage aux pères fondateurs de la nation et aux fortifications haïtiennes érigées depuis 1804, votre talent nous accompagne dans les gestes de tous les jours.  Vous comprendrez, cher Daniel, dans ces conditions, combien je suis fier et heureux de vous remettre une distinction émérite qui récompense les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde.», a renchéri M. Le Bret, ajoutant: « au nom du ministre de la Culture et de la Communication de la République française, je fais de  vous, Daniel Elie, chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.»

L’ordre des Arts et des Lettres est une décoration honorifique française qui, gérée par le ministère de la Culture, récompense « les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde. » Elle a été instituée le 2 mai 1957 (décret n° 57-549 du 2 mai 1957 portant institution de l’ordre des Arts et des Lettres).

Credit: Le Nouvelliste

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