Un Tambour Nommé Azor

Si on demande à un tambour de nous raconter sa plus belle histoire d’amour il nous dira certainement que c’était cette dernière nuit romantique vécue à Saut-d’Eau en juillet 2011, à la veille de la Vierge Miracle entre les bras de son prince charmant Azor qui caressait avec ses mains de velours son crâne rasé en faisant tressaillir tout le périmètre de son corps sensuel. Le tambour a aimé ce magicien à la folie, d’ailleurs il est le seul qui le fasse jouir d’un orgasme prolongé et qui lui permette d’exprimer, à pleins poumons, la joie, la souffrance, la honte, la déception de notre mère chérie Haïti.

            Azor est un tambour personnifié qui rythme la vie et le soleil dans les entailles d’une Haïti séduisante, mais rongée par ses fils et qui fait le bonheur de ses visiteurs en quête de fantasme et de rêve. Azor, qui savait bien caresser le tambour, a été un ambassadeur d’Haïti qui vendait sa culture un peu partout à travers le monde et en particulier au Japon, pays du soleil levant. Le tambour, sous la tendresse féline de ce grand maitre,  pousse des cris de liberté, de conviction et surtout de solidarité, en clignotant une lumière vive qui peint le Vèvè du vaudou, symbole de notre âme et de notre identité.

            Azor n’est pas un tambourineur, ce titre est trop restreint pour décrire son génie, ses talents, sa virtuosité. Le leader de Racine Mapou est, à mon sens, un tambour qui prend la forme d’un être vivant. Facilement on peut faire ce constat : la voix d’Azor est musique et son tambour est poésie. En assistant à un spectacle de cette légende on a l’impression que la poésie se confond à la musique et c’est ce qui favorise la propagation lumineuse d’une énergie subtile qui interpelle les loas et incite les spectateurs à entrer en transe. Cette scène mystique se répète assez souvent dans le carnaval de Port-au-Prince dans l’aire du Champ de Mars. Les esprits adorent la pureté, la poésie, l’art, la beauté et les fortes sensations. Azor était conscient de toutes ces convoitises et il a su allier cet ensemble de vertus pour faire luire un syncrétisme religieux merveilleusement vêtu de son boubou vaudouesque et qui donne vie à la mort et à la vie.

            A quarante-six ans d’âge Azor n’est pas mort. Il est allé dans les profondeurs de la mer jouer du tambour pour la belle Simbi et chanter ses plus beaux morceaux pour Agoué. De manière télépathique, en écrivant cet article, j’ai communiqué avec la déesse Erzulie Fréda, elle me disait que Samba Azor est en train de mettre en transe, avec sa célèbre chanson « Sodo m’prale » , les adeptes de Legba en ouvrant le portail de la liberté véritable qui nous divorce d’avec ces séquelles esclavagistes trop longtemps en érection et d’avec cette colonisation psychologique faisant du Blanc un passage obligé et un élément incontournable.

            La ville bonheur était le lieu sacré de ce dieu du tambour. Azor et la Vierge Miracle ne font qu’un. Un 16 juillet sans une affiche de Racine Mapou à Saut-d’Eau est comme une tribu qui perd son gourou et une nuit sans étoiles et sans parfum de Jasmin. C’est pourquoi notre trésor national a choisi de prendre la barque à Caron en cette date, car il sera éternellement en compagnie de la Vierge Miracle pour chanter sa bonté miraculeuse et pour battre le tambour de sa virginité.

Ayibobo ! Ayibobo ! Ayibobo ! Widly Jean : Poète-Ecrivain Contact : 3757-8232

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