« Un grand jeté » à l’Institut de danse Lynn Williams Rouzier.

L’institut de danse Lynn Williams Rouzier a présenté, les 29 et 30 juin dernier, un ballet comédie intitulé « La fille mal gardée », au cercle Bellevue. Le spectacle a eu du succès et Lynn Williams Rouzier compte le rejouer sous peu. Le nouvelliste l’a rencontrée.

LN : Parlez-nous un peu de l’institut de danse Lynn Williams Rouzier.

LWR : C’est une école qui a formé plusieurs générations de danseurs. Dans notre politique d’intégration, depuis quelques temps, beaucoup d’enfants orphelins ou défavorisés prennent gratuitement des cours de danse avec moi. Défavorisés ou pas, ils ont tous droit aux mêmes égards. Les danseurs sortent de l’institut de danse Lynn Williams Rouzier avec de bonnes bases et sont excellents dans d’autres écoles ou compagnies, ici ou ailleurs. Nous tenons ce succès de notre discipline. De toute façon, on ne peut enseigner le ballet sans rigueur.

LN : Une rigueur qui aide les autres danses?

LWR : Bien sûr, le ballet est la base de toutes les danses. Un danseur de ballet peut danser le jazz, le modern, le bal room ou le folklore, mais le contraire n’est pas évident.

LN : Vous avez proposé un spectacle de ballet, les 29 et 30 juin, pouvez-vous nous parler de ce spectacle ?

LWR : J’ai remarqué que depuis quelques temps les gens, particulièrement les hommes, manifestent de moins en moins de l’intérêt pour la danse classique. C’est le cas même pour certains parents qui veulent que  leurs enfants prennent des cours de danse. J’ai donc choisi de jouer « La fille mal gardée » qui est une comédie, une histoire à la portée de tous et qui est surtout amusante. C’est l’histoire d’une belle paysanne dont les parents voulaient qu’elle épouse un riche et sot héritier alors qu’elle était déjà amoureuse de quelqu’un d’autre. Un spectacle simple et plaisant.

LN : Avez-vous obtenu les résultats souhaités ?

LWR : Oui, les spectateurs ont fait le déplacement et ont apprécié. Je pense qu’on va reprendre le spectacle prochainement. Pour ceux qui voudraient le revoir, ceux-là qui n’ont pas eu la possibilité d’assister à la dernière représentation mais surtout parce que ce spectacle est coûteux et ce serait dommage de ne pas l’exploiter au maximum.

LN : Les sponsors ont répondu positivement ou vous aviez eu recours à vos propres fonds?

LWR : Nous avons trouvé du financement, mais c’est nous qui avons couvert soixante-dix pour cent du budget.

LN : C’est vous qui faites la conception de vos costumes?

LWR : Oui, c’est ma fille et moi qui choisissons les modèles et nos costumes sont  confectionnés à la main ici dans notre atelier; L’atelier Laure et Edmond Bailly.

LN : Combien de temps vous a-t-il fallu pour préparer un spectacle comme « la fille mal gardée » ? Combien de temps vous faut-il pour monter un spectacle habituellement ?

LWR : Pour ce spectacle-ci, nous avions commencé au mois de mars. Il nous a fallu  quatre mois. Généralement, il nous faut trois à quatre mois, pas plus.

LN : Que pensez-vous des écoles qui mélangent le ballet et le jazz ou le folklore et le contemporain ? Vous avez des chorégraphies  composites aussi ? Vous utilisez quelle méthode de travail ?

LWR : Ecoutez, si je fais du jazz je fais du jazz, si je fais du folklore je reste dans le folklore, autrement dit, je suis contre le fait d’apporter, sur une scène internationale, une chorégraphie folklorique qui a perdu toute son identité. Non plus je n’aime pas proposer une chorégraphie ballet qui au final n’en est pas une. A l’institut de danse Lynn William Rouzier, nous proposons tout ce qu’il y a de plus classique ou traditionnel, nous ne les mélangeons pas. Nous utilisons  la technique russe et cubaine pour le ballet classique.

LN : Vous mettez l’accent beaucoup plus sur le classique, mais avez-vous déjà monté des spectacles de danse classique sur des musique de chez nous ?

LWR : Oui, quand nous avions présenté le spectacle Wongol, nos chorégraphies étaient faites sur des musiques de chez nous, notamment celles de Ludovic Lamothe et de Raoul Guillaume pour ne citer que ceux-là. 

LN : Vous enseignez la danse folklorique ?

LWR : Oui, et c’est une classe obligatoire.

LN : Faisons un petit devoir de mémoire: comment compensez-vous  l’absence d’edmond Bailly qui qui vous accompagne dans vos travaux ?

LWR. : Edmond Bailly a été un frère et un mentor pour ma fille, qui en ce moment enseigne la danse et qui est une excellente danseuse d’ailleurs ! Nous ressentons fortement en nous le vide laissé son absence. Je peux toujours trouver d’autres professeurs pour enseigner, mais je crains de ne pas pouvoir compenser l’absence d’Edmond Bailly, tellement son implication dans l’école était immense. Pour ce spectacle réalisé dernièrement, il y avait un peu de sa touche. Edmond a laissé des traces indélébiles.

LN : Que pouvez-vous nous dire par rapport à votre contribution à la danse en Haïti, Mme Rouzier ?

LWR : Moi, j’enseigne depuis tellement longtemps que serai incapable de dire avec exactitude depuis quand. Et comme je l’ai dit tantôt, j’ai formé plusieurs générations de danseurs et la compagnie a représenté le pays un peu partout dans le monde. J’ai ouvert ma porte à des enfants qui n’ont pas les moyens de payer alors que je ne reçois aucun financement pour cela. Ici, ce n’est pas qu’une école de danse, c’est une grande famille. A l’institut de danse Lynn Williams Rouzier, on apprend plus que de la danse.

Propos recueillis par Gaëlle Bien-aimé

Credit: Le Nouvelliste

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *