Une célébration marquée par le retard de Martelly

Samedi 14 juillet 2012. Les décorations illuminent le cadre ressuscité de l’hôtel Montana. S’étant mis sur leur trente et un, des personnalités haïtiennes,  françaises et des représentants du corps diplomatique invités à la cérémonie investissent l’espace où, impeccable dans sa vareuse bleu marine flanquée de ses décorations, l’ambassadeur Didier Le Bret reçoit.  Une poignée de main pour certains, un hochement de tête pour d’autres, alors que de séduisantes jeunes femmes, gracieuses dans leur jolie robe, attablent les hôtes. Le bruit des  conversations se mêle à l’animation créée par le groupe «  Ti Coca ».

La France dans l’attente de Martelly

Les minutes s’égrènent. Fatigués d’attendre, de nombreux convives plient bagage. Le retard de quatre heures du président de la République, Michel Joseph Martelly, invité d’honneur à cette cérémonie, saute aux yeux. D’autres ne rechignent pas, d’autant qu’au moindre claquement des doigts, des garçons alertes, méticuleux, fins connaisseurs en boissons, servent des apéritifs. L’ambassadeur de France annonce pour  7 heures l’arrivée du président de la République, dans quelques bonnes minutes. Mais on peut lire le stress sur le visage du diplomate qui ne cesse de faire des va-et-vient.

A 9 heures 47 minutes, l’ambassadeur de France,  l’air anxieux,  reçoit enfin le couple présidentiel, ce qui marque ainsi la fin de cette longue attente. Après des échanges de salutations, ils se dirigent sur l’esplanade, où la Marseillaise et  la Dessalinienne sont respectivement entonnées par le chanteur James Germain  et la chorale de la promotion sortante de l’École normale « Ayiti Éducation », dirigée par le maestro Elrose Révolte.

Dans son allocution de circonstance mêlée de poésie,  le diplomate français, après avoir fait l’historique de la prise de la Bastille, déclare que cette période charnière de l’histoire de la France marque l’aboutissement d’un rêve devenu norme de droit. Celui « des lumières », consacré par les Nations unies, au sortir de la guerre. C’est le premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

M. Le Bret poursuit qu’une fois n’est pas coutume. «  Cette année, vous n’aurez pas à endurer le doux ronron d’un traditionnel discours de fête nationale, même si je ne doute pas que vous y soyez préparés, voire immunisés, pour les plus aguerris d’entre vous !  Donc, cette année, je vous ai tout de même concocté quelques alexandrins». Il présente les actions du gouvernement Martelly/ Lamothe en dix petits tableaux.  Il faut citer, entre autres, le Conseil électoral permanent,  le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), l’agriculture, le relogement des sans-abri, la croissance et l’emploi.

S’adressant aux ressortissants français, cette fois-ci en prose, l’ambassadeur Le Bret affirme : « En ce jour de fête nationale, soyez fiers, mes chers compatriotes, des valeurs qui ont été conquises en France de haute lutte il y a plus de deux siècles. Avec la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges, mais aussi la réconciliation un an plus tard, à travers la fête de la Fédération, cette période charnière de notre histoire, a marqué l’aboutissement d’un rêve et d’un idéal: l’idéal des Lumières. »

D’après lui, dans la longue et tumultueuse histoire d’Haïti, la conquête de ces droits fut un âpre combat, y compris contre la patrie des droits de l’homme. Aujourd’hui encore, cet idéal demeure vivant. « L’histoire récente nous a montré, ici comme ailleurs, que les peuples étaient prêts à faire le sacrifice suprême pour que vivent partout la liberté, l’égalité et la fraternité.»

Le Bret inspire « tèt kale »

Pour sa part, le chef de l’État, dans un discours improvisé,  souligne à l’attention de l’ambassadeur Didier Le Bret qu’il est vraiment un « tèt kale » pour avoir non seulement le crâne rasé, mais aussi pour la présentation méticuleuse des quatre « E » qui sont à la base de sa politique, avant de souhaiter bonne fête à la France et remercier le gouvernement français pour son engagement visant à accompagner Haïti sur la voie du développement durable. Le premier mandataire de la nation, sur  un ton ironique,confie au représentant officiel de la France  qu’il a bien compris pourquoi ce dernier a le crâne rasé comme lui.  «Tu es vraiment un tèt kale, Didier  »,  lâche le président Martelly, devant une assistance qui n’arrête pas de rire et de s’esclaffer à tout bout de champ.

Le premier 14 juillet d’Hollande

Sur les Champs-Elysées samedi matin, François Hollande, a présidé le défilé militaire du 14 juillet. Environ  4 950 hommes et femmes des trois armées et de la Sécurité civile se sont mobilisés pour la réussite du défilé sur le thème ” des armées au service de la Nation et de la paix dans le monde”. A bord d’un véhicule de commandement, le chef de l’Etat a passé en revue les troupes rassemblées sur la place de l’Etoile, au côté du chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, avant de descendre aux Champs-Elysées. Le président François Hollande en a profité  pour répondre aux questions de Laurent Delahousse (France 2) et Claire Chazal (TFI) non pas à l’Elysée, mais à l’Hôtel de la Marine, place de de la Concorde, dans l’après-midi, après le défilé. Apres cette prestation, en signe de sympathie et de solidarité nationale,  le chef de l’Etat a déjeuné avec des soldats blessés en opération et des familles de militaires morts en mission.

Nombreuses sont les manifestations qui ont été programmées dans le cadre de cette fête du 14 juillet, sur le site de la Défense et un peu partout sur l’ensemble du territoire français. Des feux d’artifices, de la musique, des sorties en groupe et les restaurants qui profitaient de l’occasion pour offrir le meilleur de leurs recettes. De l’avis de certains compatriotes haïtiens séjournant en France, pour la plupart des étudiants, « cette fête selon eux traduit un certain renouveau dans l’espace français en dépit que les drapeaux ne soient pas visibles dans les multiples décors », constatent à la fois Wesner Pierre et Emerson Louis, deux étudiants haïtiens finalisant des études de maîtrise dans des universités en France.  Même constat, pour  Caucobre Nelson, qui poursuit aussi des études de maîtrise en sociologie du developpement, à Lyon. Il a tenu à questionner tant le sens et la portée de cette fête  nationale, en tenant compte de l’implication de la population et plusieurs autres paramètres déterminant dans le comportement des citoyens.

Amos Cincir mcincir@lenouvelliste.com Dominique Domerçant success33@yahoo.fr
La prise de la Bastille est un évènement de la Révolution française survenu le 14 juillet 1789. Cette journée, durant laquelle la Bastille est prise d’assaut par les Parisiens, est, par tradition, considérée comme marquant la fin de l’« Ancien Régime » et le début de la Révolution française. La reddition de la Bastille fit l’effet d’un séisme, en France comme en Europe, jusque dans la lointaine Russie impériale. La fête de la Fédération fut organisée à la même date l’année suivante, pour coïncider avec le premier anniversaire de l’évènement. La date du 14 juillet fut choisie en 1880 pour célébrer la fête nationale française.
Credit: Le Nouvelliste

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