Les gardes-côtes haïtiens : grands défis pour peu d’intérêt

 Environ dix petits bateaux de 32 à 40 pieds pour tout le pays. Les gardes-côtes haïtiens n’ont pas les moyens de leur politique qui consiste à inspecter les bateaux dans les eaux territoriales haïtiennes, contrôler les ports et le système de cabotage, lutter contre la contrebande et le trafic illicite de la drogue et des armes. Selon le responsable de cette direction de la police nationale, l’idée, c’est d’avoir une base dans le Sud qui permettra aux marins d’être plus présents dans ce département qui se situe en face de la Colombie.

  Le Sud est une zone ouverte aux côtes  de l’Amérique latine et des Caraïbes. « Cela nous prend des heures et même des jours pour intervenir sur les côtes de ce département. C’est un avantage pour les trafiquants », a regretté Joseph Jean-Mary Wagnac.

 Partant de la Colombie, un bateau transportant des produits illicites peut arriver dans les côtes sud du pays, livrer ses marchandises et repartir tranquillement avant que les gardes-côtes haïtiens puissent arriver sur les lieux, même s’ils ont été alertés à temps, a expliqué le commissaire divisionnaire.

 C’est pourquoi M. Wagnac dit se battre de manière à obtenir des autorités qu’elles construisent une base maritime dans la zone. « Si nous étions présents dans le Sud, on pourrait intercepter rapidement tout bateau  suspect. Cela peut arriver qu’on ne dispose pas des mêmes types d’armes que les trafiquants, mais nous en avons à longue portée. Pas des armes de guerre extraordinaires, mais nous en avons pour faire face », a-t-il dit.

 Ce n’est un secret pour personne. Les trafiquants de drogue disposent de bateaux spécialisés qui peuvent aller très vite. Avec des petits de 40 pieds, nos agents des gardes-côtes ne peuvent pas les prendre en chasse et le commissaire le reconnaît bien.

 Pour un meilleur fonctionnement des gardes-côtes haïtiens

D’abord, cette direction de la police nationale devrait être autonome et disposer des moyens de sa politique. « Il nous faut une force maritime au moins autonome. Il sera très difficile de sécuriser une île si on ne dispose pas de forces navales. Dans le temps, la marine haïtienne disposait de bateaux comportant des matériels permettant aux marins de rester en haute mer pendant environ cinq mois sans inquiétude », a rappelé M. Wagnac.

 Aujourd’hui, les marins ne peuvent que patrouiller dans la baie de Port-au-Prince; rien de plus avec ces petits bateaux de 32 et de 40 pieds.

 Dans son plan de redressement des gardes-côtes soumis aux autorités, Joseph Jean-Mary Wagnac considère trois régions maritimes qu’il faut couvrir ; le Nord, le Sud et l’Ouest. Au moins, le pays devrait disposer d’un bateau entre les 85 à 110 pieds; le strict minimum et qui ne coûterait pas trop cher au Trésor public, selon l’officier de police.

 Il faudrait aussi augmenter le personnel et les matériels, a-t-il ajouté. « La direction générale de la PNH nous a permis de recruter dans la dernière promotion environ 60 nouveaux marins.  Des coopérants étrangers ont participé à leur formation », a-t-il avancé.

 Aujourd’hui, près de 160 marins constituent les gardes-côtes. Ils disposent également d’une dizaine de bateaux pour assurer les patrouilles dans les eaux territoriales. Six d’entre eux fonctionnent à plein régime et les autres, quand ça va bien. C’est-à-dire, ils sont pratiquement en panne ou en mauvais état.

D’autres bateaux des gardes-côtes sont en panne. Mais leur réparation est plus coûteuse que de faire l’acquisition d’autres à consommation de diesel.

Les responsables des gardes-côtes attendent l’autorisation des instances concernées pour utiliser des bateaux saisis. « Il y en a qui sont là, attendant les suivis légaux pour être mis à la disposition des gardes-côtes », a avancé le commissaire divisionnaire.

 A cause de la lenteur des autorités étatiques, certaines fois des bateaux saisis tombent en panne ou deviennent tout simplement  inutilisables. Ils sont restés trop longtemps sans être utilisés. Actuellement, les gardes-côtes ont saisi deux bateaux dans le Nord et un autre à Port-au-Prince.

 Les marins haïtiens se vantent d’être présents dans la baie de Port-au-Prince où il y a un  de  trafic maritime dense. Ils sont aussi présents dans le Nord, mais à un niveau moindre. Ils sont carrément  absents dans le Sud. Toutefois, a souligné M. Wagnac, l’institution qu’il dirige s’efforce toujours de répondre quand on fait appel à elle.

Grâce à une aide du Canada, les gardes-côtes disposent de cinq nouveaux petits bateaux de 40 pieds à consommation de diesel. Ils sont très bien équipés pour des patrouilles maritimes, mais ne peuvent pas aller trop loin. « Ils nous permettent d’aller un peu plus loin que les bateaux de 32 pieds que nous possédons, mais ils ont leur limite aussi », a fait savoir le commissaire divisionnaire.

 Même s’il y a de petites améliorations, les gardes-côtes haïtiens font toujours face à d’énormes difficultés pour fonctionner. « Tant du point de vue matériel que du point de vue du personnel. »

 La Minustah n’est pas toujours là

 Pour des interventions rapides en haute mer, pas besoin de compter sur la présence des Casques bleus de la Mission des Nations unies en Haïti. Cela prend trop de temps pour produire la demande et attendre leur réponse. « Il faut d’abord faire la demande via notre direction générale qui, ensuite, fera le suivi avec les autorités de la Minustah », a expliqué le commissaire divisionnaire.

  Selon Joseph Jean-Mary Wagnac, Haïti a de très bonnes relations avec la marine dominicaine qui dispose aussi de gardes-côtes très bien équipés. « La République dominicaine a la capacité d’intervenir sur la mer à n’importe quel moment », a-t-il dit.

 Pour plus d’un, parce qu’une convention signée entre l’Etat haïtien et les Etats-Unis donne droit aux bateaux américains de patrouiller dans les eaux territoriales haïtiennes dans le cadre de la lutte contre le trafic de la drogue, les autorités haïtiennes ne font le moindre effort pour exercer leurs devoirs régaliens.

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Credit: le Nouvelliste

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