Sacrés portraits, sacrées légendes

“Portraits de Parlementaires” de Claude Gilles, en collaboration avec Jean Pharès Jerôme et Evens Dubois, respectivement licencié en communication et diplomé à l’Ecole nationale des Arts (ENARTS), soulève le nuage nébuleux de sens que comporte ce genre très peu exploité – et pour cause- dans le milieu littéraire haïtien. Les textes qui composent cette anthologie seraient à citer s’il en était besoin. Il faut avoir été journaliste attaché au Parlement haïtien pour s’intéresser à dresser des portraits de parlementaires « en fonction », c’est-à-dire réaliser un travail connexe au reportage pur et simple. A moins de faire comme ce reporter atypique qui, ému devant les “parlementades” chroniques, s’était résolu à ne rien dire comme pour dénoncer à sa manière des zones d’ombre des pratiques parlementaires jugées pernicieuses pour la démocratie.

Le livre a ses qualités propres et se veut à la hauteur de son objet. Qu’on en juge. Tous les éléments qui s’y rapportent sont subordonnés à un trait dominant afin de donner au lecteur une impression d’ensemble unique. Claude Gilles évite les détails inutiles susceptibles de compromettre cette unité. Dans ce livre, le parlementaire n’est pas un tableau de musée, une statue sans vie, l’envers ou l’endroit d’un décor. C’est une force qui vit et dans laquelle se retrouvent les meilleurs sentiments humains. Le lecteur moyen s’en rendra compte dans le seul miroir qu’il puisse imaginer: le portrait. Dès lors, il songe à des héros, à un dessin animé…

Dans leur foisonnement les détails sont concrets et prosaïques, mais ne parlent point. Ils empruntent la sécheresse du ton comme dans un procès-verbal ou un acte notarié. Certes, les gestes, les sentiments et les pensées du parlementaire ne sont guère pris en compte ou décrits selon une approche de la psychologie concrète ou différentielle. Il s’en faut de beaucoup poue que les portraits dressés embrassent la totalité des traits et des mouvements qui s’entrecroisent dans la vie psychologique du parlementaire, de manière à en composer non seulement la structure, mais aussi l’histoire et la vie en société.

Claude Gilles esquisse avec art et rigueur la description systématique des types de caractères susceptibles de servir de repères aux générations futures. Si cet ouvrage nous retient à ce point l’attention, c’est qu’il nous paraît crucial dans le fond comme dans la forme. Il nous offre, en effet, une sorte de modèle expérimental de « l’effet parlementaire » consacré par la transition d’Haïti vers la démocratie.

L’objet de cette anthologie est de collectionner les textes déjà parus et qui constituent les fondements des travaux des coauteurs. La question de l’analyse des idées, des débats et opinions au sein du Parlement se révélera centrale et pourrait devenir un instrument destiné à ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire de la pensée au Parlement haïtien. Sans doute Claude Gilles fera-t-il pour les idées des parlementaires ce qu’il a fait avec leurs portraits. Etant donné que les meilleurs moyens de connaître sont l’observation et l’analyse.

Robenson Bernard
Credit: le Nouvelliste

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *