La seule femme à exercer le métier d’arpenteur en Haïti

Commissionnée pour la commune de Port-Salut sous la présidence  de René Préval en mars 2008, Rose Martine Milard est la première  femme haïtienne à exercer le métier d’arpenteur en Haïti. Sans complexe parmi des centaines de confrères, elle s’adonne à un métier dont elle devient amoureuse. Pourtant, l’arpentage n’a pas été le premier choix de la native de Port-Salut. Après son bac II, elle rêvait de devenir agronome. N’ayant pas réussi les examens d’entrée à la faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire, elle a finalement appris la topographie sous l’influence de ses trois frères ingénieurs. Après ses études, son travail était assuré dans la firme de ses frères, car un poste lui était déjà réservé.

Avant la fin de ses études, ses frères ont embauché un de leurs cousins qui a aussi appris la topographie. Rose Martine Milard a collaboré à la firme tout au long de ses études de topographie. D’ailleurs, elle confie avoir maîtrisé à la faveur de cette expérience un outil important pour son futur métier : les mesures d’angles.

Un certain temps après ses études de topographie, Rose Martine Milard est attirée par le travail d’un homme : Rigaud Midi. Arpenteur chevronné,  M. Midi, qui a été commissionné pour la commune de Port-au-Prince, lui a inculqué la pratique et les grandes lignes du métier. C’est grâce à cet homme que Rose Martine Milard a développé tout son amour, toutes ses aptitudes, toute son envie à exercer le métier d’arpenteur. Elle a passé près de douze ans à travailler avec M. Midi. « A chaque fois que je l’ai accompagné pour un travail sur le terrain, il me donnait cent gourdes », se rappelle-t-elle, ajoutant qu’il a voulu, avant sa mort, entamer des démarches pour lui passer sa commission, pour avoir montré son amour et ses intérêts pour ce métier.

Mais une personne importante dans sa vie s’est catégoriquement opposée à ce choix de carrière. « Ma mère n’a jamais voulu que je devienne arpenteur, confie-t-elle, car avant, et après moi jusqu’à date, aucune autre femme n’a exercé ce métier. « J’ai fait des démarches auprès de l’ancien sénateur Yvon Feuillé pour qu’il dépose mon dossier au bureau du président d’alors, en vue d’être commissionnée pour la commune de Port-Salut », indique Milard, expliquant que sa mère a prié le sénateur de ne pas faire avancer son dossier. Elle a dû attendre près de 10 ans pour subir des examens, en 2007 sous René Préval après que le député de Port-Salut d’alors ait réactualisé son dossier. Les examens réussis avec brio, elle a reçu sa commission pour sa commune natale, le 28 mars 2008, et a prêté serment trois mois plus tard, soit le 2 juin de la même année. Elle explique que toute la cérémonie de prestation de serment a été organisée avec une implication personnelle de l’ancien senateur Feuillé.

Ainsi, Rose Martine Milard est devenue la première femme de toute l’histoire de l’arpentage à avoir reçu une commission d’un président de la République pour l’exercer comme métier. Elle dit souhaiter travailler pour changer la mauvaise perception qu’il y a aujourd’hui de ce métier. « Aujourd’hui, quand on parle des gens qui pratiquent ce métier, on a tendance à les assimiler à des professionnels malhonnêtes », estime Mme Milard, se disant déterminée à agir dans l’exercice de son métier en toute conscience, suivant la loi sur l’arpentage de 1975. « Malgré ses limites, les arpenteurs se doivent d’être esclaves de cette loi », souligne l’étudiante en sciences juridiques, qui regrette que la loi fasse de l’arpentage un ministère forcé. « Tu ne peux pas refuser de travailler pour un client qui sollicite ton service », fait-elle savoir.

45 ans et n’ayant pas d’enfant, Rose Martine Milard est une célibataire qui ne s’adonne qu’à son travail et à ses études. « J’estime que si j’étais mariée, je ne pourrais pas exercer le métier aussi bien », confie-t-elle au journal, ajoutant qu’elle étudie actuellement les sciences juridiques aux Cayes. Gourmande de formations, elle conseille à ses confrères de suivre autant que possible des séances de formation sur l’arpentage. « Aujourd’hui, les choses sont en train de changer. Ce ne sont plus les mêmes techniques ni les mêmes instruments qui sont utilisés dans le métier à travers le monde », indique la célibataire, qui regrette que certains de ses confrères se considèrent comme des anciens et refusent de se recycler. « D’autant plus que c’est un métier qui nourrit son homme, il faut donc le pratiquer à la fois avec connaissance et modernité », estime-t-elle.

Vice-présidente de l’Association du syndicat national des arpenteurs haïtiens (ASNAH), nouvellement créé à la suite du congrès national des arpenteurs des 18 juridictions du pays au Club Indigo, Rose Martine Milard se dit déterminée à encourager l’aspect de la formation pour les arpenteurs au sein de cette association et à supporter la nouvelle loi sur l’arpentage, laquelle a été présentée aux arpenteurs pendant le congrès. Cette loi sera, selon elle, plus adaptée à la sociologie du moment. « Je vais également encourager d’autres femmes à se diriger vers ce métier », se donne-t-elle comme mission. Car, elle affirme avoir toujours de jeunes femmes comme stagiaires à son cabinet.

Elevée par sa grande sœur Gertrude Milard Brutus, Rose Martine Milard avait trouvé, au départ, en l’arpentage, un métier très dur; mais à mesure qu’elle l’a l’expérimente, elle a fini par remarquer que la mesure de terrain est un métier facile à tout genre. « Je souhaite que d’autres femmes puissent s’intéresser à ce métier qui permet d’ailleurs aux professionnels qui l’exercent de vivre sans peine », avoue-t-elle en insinuant qu’à l’heure où l’on parle de reconstruction, les professionnels de l’arpentage devraient être très sollicités.

Carlin Michel michelcarlin@yahoo.fr
Credit: le Nouvelliste

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