Lamothe à Washington pour tenter de redorer le blason du pays

Le gouvernement haïtien veut changer de comportement vis-a-vis des bailleurs de fonds. Il souhaite en finir avec la question de l’assistanat et du don. C’est pourquoi le Premier ministre a quitté le pays lundi pour Washington. Ce mardi,  Laurent Lamothe commence à rencontrer trois catégories de personnalités internationales. D’abord les responsables du Fonds monétaire international (FMI). Les discussions avec le FMI portent sur le suivi des dossiers relatifs à l’économie haïtienne, les accords signés en 2010 renouvelés chaque année.

 La délégation haïtienne rencontrera également les autorités de la Banque mondiale. « Nous allons défendre une enveloppe sous forme de don, estimée à 145 millions de dollars pour la prochaine année », a indiqué Marie Carmelle Jean-Marie, ministre de l’Economie et des Finances.

 Depuis l’annulation de la dette d’Haïti après le séisme du 12 janvier 2010, le pays, étant jugé insolvable, n’est plus éligible à obtenir des prêts. C’est pourquoi la Banque mondiale lui fait régulièrement des dons qui sont préalablement orientés dans des domaines bien spécifiques. Désormais, le gouvernement veut avoir des prêts à nouveau. Selon la ministre des Finances, il faut mettre de côté la logique du don. « Pour arriver au développement, il nous faut de l’argent pour de grands investissements publics », a-t-elle réclamé sur les ondes de Radio Magik 9, lundi matin, avant de prendre l’avion pour Washington.

 Pour arriver à convaincre la Banque mondiale, le FMI, la BID, entre autres, la ministre a annoncé  que le gouvernement va travailler afin de restaurer la crédibilité de l’Etat haïtien auprès des bailleurs de fonds. « C’est pourquoi, dans le budget déposé au Parlement, nous avons fait l’effort de contenir les dépenses de fonctionnement afin de dégager un surplus pour financer les investissements », a-t-elle souligné.   

 Vers une politique d’austérité

 Pour redorer le blason du pays et avoir à nouveau la confiance des bailleurs de fonds, le gouvernement veut aussi pousser la population à prendre conscience que le pays ne peut pas continuer à vivre de l’assistanat. « Cela demande de l’austérité dans le budget de l’Etat. Nous ne pouvons pas faire une augmentation de salaire à chaque gourde collectée », a martelé Marie Carmelle Jean-Marie, une façon pour elle de dire qu’il n’y aura pas d’augmentation pour les employés de la fonction publique.

 « Notre incapacité d’absorption est réelle »

 Selon la ministre de l’Economie et des Finances, le travail de révision des portefeuilles, qu’avaient soutenu la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID), a permis au gouvernement de prendre conscience que le pays a effectivement de sérieux problèmes  d’absorption.  « Nous n’avons pas la capacité de mobiliser les fonds. Techniquement, nous sommes faibles.  Nous ne pouvons pas ficeler un bon projet aux bailleurs de fonds pour trouver le financement », s’est désolée madame Jean-Marie.

 L’exemple le plus criant, a ajouté la ministre, c’est la construction de la route Cayes-Jérémie. « Le projet piétine. La firme de construction veut s’en aller parce qu’elle ne peut pas travailler. Le plus gros problème dans ce projet, c’est l’étude qui avait été mal faite. »

 Alors qu’au départ 135 millions de dollars avaient été alloués pour la construction de cette route après les études, une fois mise en chantier, la firme de construction qui a remporté l’appel d’offres fait face à un ensemble de difficultés et d’obligations qui vont bien au-delà de la somme mentionnée. « L’étude avait été mal faite. »

 Souvent, après avoir présenté un projet, les bailleurs de fonds demandent aux techniciens haïtiens d’aller corriger certains points jugés ambigus. Pour la ministre, la révision des portefeuilles permet aussi au gouvernement de voir ce qui mérite d’être corrigé, « notamment en termes de coordination entre les membres du gouvernement », afin d’éviter que la BID ou autres bailleurs de fonds envoient en Haïti leurs propres experts qui ne connaissent pas la réalité du pays.

 La plupart du temps, les bailleurs profitent des problèmes internes et des faiblesses techniques du gouvernement pour dire que le pays n’a pas la capacité d’absorption. Et  c’est un fait réel, a reconnu la ministre, qui a promis de changer la donne.

 Les bailleurs ont aussi leurs problèmes. Selon Marie Carmelle Jean-Marie, il peut arriver que plusieurs bailleurs de fonds financent le même projet, alors que d’autres secteurs sont en attente de financement. A ce niveau, la ministre a fait savoir que les actions gouvernementales vont être mieux coordonnées. Un problème, soulignons-le,  qui avait été déjà posé quand les ONG devaient intervenir dans le pays après le tremblement de terre. Ces organisations non gouvernementales intervenaient pratiquement dans les mêmes domaines.

 La ministre des Finances a annoncé que sur la base du Plan de stratégie pour le développement d’Haïti à moyen et à long terme que le gouvernement avait produit, il est prévu des rencontres de travail avec les bailleurs de fonds afin de  leur demander  à chacun de financer un programme bien spécifique.

 A Washington, les 23 et 24 juillet, le chef du gouvernement utilisera tous ses argumentaires pour montrer aux bailleurs de fonds qu’il faut adopter un autre comportement vis-à-vis d’Haïti. Outre la Banque mondiale et le FMI, Laurent Lamothe rencontrera aussi le chef de la diplomatie américaine, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Ils discuteront  sur des projets comme le parc industriel de Caracol, la réalisation des prochaines élections du tiers du Sénat et pour le renouvellement des collectivités territoriales, entre autres.

 A la tête d’une délégation composée, entre autres, du président du Sénat de la République, Dieuseul Simon Desras, de la ministre de l’Economie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie, et de l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Paul Altidor, le chef du gouvernement tente de changer la donne et de redorer le blason du pays. 

M. Lamothe doit s’envoler ensuite pour Londres où il assistera à l’ouverture des Jeux Olympiques.

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Credit: le Nouvelliste

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