Pour de nouveaux regards sur la réalité haïtiano-dominicaine

Dans une ambiance de convivialité, des journalistes haïtiens et des confrères et consœurs de l’autre partie de l’île se sont attablés pour discuter, durant quatre jours, des problèmes auxquels sont confrontés les deux peuples (en particulier les Haïtiens), notamment en ce qui a trait à la migration et les difficultés rencontrées au niveau de la frontière entre les deux pays. Outre les problèmes, les relations humaines entre les deux peuples étaient au menu de cet atelier.

« L’objectif est de contribuer à élargir et à approfondir la couverture journalistique en ce qui concerne les questions de migration, la frontière, l’interculturalité et les relations humaines entre les Dominicains  et les Haïtiens, depuis la perspective de l’investigation et l’éthique », ont expliqué les responsables de la chaire Unesco en communication, démocratie et bonne gouvernance, établie à la « Pontifia Universidad Católica Madre y Maestra » (PUCMM).

En effet, dans le cadre de cet atelier, les journalistes avaient eu, le vendredi 20 juillet, des rencontres avec des autorités haïtiennes et dominicaines, respectivement à Fond-Parisien et à Jimani. Le maire de la commune de Ganthier, Ralph Lapointe, le directeur de projet du service jésuite aux réfugiés et migrants, le père Lissaint Antoine, entre autres, ont exposé les différents problèmes de la zone frontalière, les abus dont sont souvent victimes les Haïtiens au niveau de Malpasse, la nécessité de structurer le marché dit binational qui gère des millions de dollars tous les jours.

« La zone frontalière est une zone de pauvreté mais des millions de dollars y sont en transit tous les jours. Du côté de la République dominicaine, c’est la partie la plus pauvre alors que du côté haïtien, c’est un espace délaissé par l’Etat central. Les autorités locales ne disposent pas de moyens nécessaires pour assurer le développement de la zone », a déploré le maire de Ganthier.

« Tout l’argent qui passe par la frontière va à Port-au-Prince », a souligné M. Lapointe, qui a plaidé pour des campagnes de sensibilisation prônant la solidarité entre les deux peuples.

De son côté, le père Lissaint Antoine a mis l’accent sur la question des droits humains qui demeure la principale cause d’affrontement à la frontière haïtiano-dominicaine. « Les Haïtiens sont souvent victimes d’abus et de violations de leurs droits, tout cela aux yeux des autorités des deux pays », a regretté le père du service jésuite.

Dénonçant les déportations massives d’Haïtiens de la République dominicaine et le trafic des enfants, Lissaint Antoine a également déploré le fait que les échanges entre les deux pays soient seulement commerciaux. Une situation qui ne contribue pas à améliorer vraiment les relations entre les deux pays.

En dépit des grognes, les autorités dominicaines, de leur côté, notamment le maire de Jimani, Fernando Ramón Santana, le gestionnaire de migration, José Hipólito Pérez, entre autres, ont voulu faire croire que la situation n’est pas si tendue comme on le pense. Elles soutiennent qu’Haïti reste un partenaire important pour la République dominicaine. Au niveau commercial sans nul doute. Face aux différentes critiques sur les dscriminations, les violations des droits des Haïtiens en République dominicaine, M. Pérez avait une réponse : « En tant que Dominicains, nous voulons que nos lois soient respectées comme dans n’importe quel pays. »

Par ailleurs, face aux différentes préoccupations des deux pays, les participants à cet atelier auront à réaliser des reportages basés sur des investigations durant deux mois sur des thématiques bien spécifiques, notamment la migration, la frontière, l’interculturalité…pour de nouveaux regards sur la réalité haïtiano-dominicaine.

« En tant que professionnels, nous avons le devoir d’aider nos peuples à mieux se connaître mutuellement et à briser la distance qui nous sépare malgré la proximité entre les deux territoires. Je pense que cet atelier va nous aider à rapprocher nos deux peuples », a déclaré Jhonatan Manuel Liriano, un des participants.

Valéry Daudier
Credit: Le Nouvelliste

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