Les Etats-Unis cloués au pilori pour ses ratées en Haïti

Les rédactions de grands médias  publient des papiers embarrassant sur les ratées des Etats-Unis en Haïti après le séisme du 12 janvier 2010. Une constante, l’USAID est toujours sur la sellette.   

Le Washington Post, s’appuyant sur l’Associated Press, n’y va pas du dos de la cuillère en revenant sur les ratées des Etats-Unis d’Amérique, chantre du « Build back Better », « leader de la communauté internationale en Haïti » après le séisme du 12 janvier 2010. « Aujourd’hui, les fruits de l’ambitieuse promesse de 1,8 milliard de dollars pour la reconstruction sont difficiles à trouver », note un article  publié par le Washington Post le 22 juillet 2012.

« Les besoins humanitaires consistant en la distribution de médicaments, d’eau, d’abris ont bien entendu été priorisés. Mais les projets susceptibles de sortir le pays de la pauvreté, dont la construction de logements permanents, de central électrique, n’ont pas encore décollé », poursuit le journal de la capitale américaine, sans faire toutefois le black-out  sur la période de « paralysie » de l’administration publique haïtienne pendant l’ère Préval.

La mort de 16 000 employés de la fonction publique et la destruction des ministères et autres bâtiments publics ont plombé les actions de la communauté internationale pendant plus d’un an. Ce n’est qu’au début de cette année que le gouvernement, véritablement opérationnel, a signé les arrêtés, adoptés des codes de construction et écrit les normes. D’autres retards ont été accumulés à cause des problèmes avec des contrats sous-estimés et des conflits terriens, explique le quotidien, soulignant que « jusqu’à maintenant il n’y a pas de détails compréhensibles sur qui reçoit et comment sont dépensés les fonds américains ».     

Le journal rapporte également qu’un quart des 988 millions de dollars dépensés en Haïti jusqu’ici sont allés au paiement de la dette externe du pays, le plus pauvre de l’hémisphère. Toutefois, après le paiement de la dette, le gouvernement haïtien emprunte encore : 657 millions de dollars jusqu’ici, plus pour importer des produits pétroliers que pour investir dans des projets de développement. Le gouvernement haïtien emprunte largement du Venezuela, du FMI, du Fond de développement agricole, de Taïwan. L’année prochaine, Haïti dépensera  environ 10 millions de  dollars pour les services de la dette, selon le FMI.   

Moins de 12 % de l’argent de la reconstruction, poursuit le papier, sont allés dans l’énergie, les abris, les ports et les infrastructures. Au moins un tiers, 329 millions, sont alloués à des projets précédents le séisme et ont très peu à voir avec la reconstruction, comme des programmes de VIH/Sida.  La moitié de 1.8 milliard de dollars us promis pour la reconstruction d’Haïti est encore dans le Trésor des Etats-Unis. En dépit des promesses du département d’Etat Américain de donner des informations au public sur les dépenses effectuées, quelques membres du Congrès et des « observatoires citoyens » indiquent qu’ils n’ont pas d’informations détaillées sur comment des millions ont été dépensés. Comme pour la traçabilité de l’argent d’une douzaine de contrats du gouvernement américain en Haïti laisse perplexe, ajoute le Washington post. Le journal revient dans la foulée sur le peu de visibilité des travaux réalisés au cours des dernières décennies dans la santé, les infrastructures, l’éducation, le développement économique  pour une enveloppe de 2 milliards de dollars dépensés par l’USAID en Haïti.

« Jusqu’ici, les Etats-Unis n’ont pas de plan connu pour construire un système d’adduction d’eau potable à Port-au-Prince, alors que le pays est en proie à l’une des plus grandes épidémies de choléra au monde, une contamination imputable à l’ONU, selon des chercheurs », d’après le journal, qui souligne que le plus gros programme financé par les Etats-Unis pour créer des emplois dans le secteur de l’habillement est en construction à Caracol, à 280 kilomètres de la capitale.

L’institut de recherche américain (AIR), basé à Washington, était en charge d’un projet de 25,6 millions de dollars pour former des professeurs en Haïti où 4,5 millions d’enfants sont en âge d’être scolarisés. « Le tremblement de terre a tout changé. Ils nous ont dit de réaffecter les ressources restantes, car ils voulaient que nous fassions autre chose avec l’argent », confie Jane Benbow de AIR. En avril 2011, l’USAID avait annoncé que 12 millions de AIR construisent ou sont engagés dans le processus de construction de 600 salles de classe semi-permanentes pour desservir 60 000 écoliers.  Face à l’insistance pour obtenir des détails, un porte-parole de AIR, Larry McQuillan, indique que le nombre de salles de classe était en réalité de 322. Ces salles desservent 38 640 écoliers de deux vacations, rapporte le journal, qui indique en revanche dans cet exercice que la construction du pont sur la rivière d’Ennery consiste l’œuvre la plus visible de l’USAID après le séisme du 12 janvier 2010.

Le journal souligne d’un autre côté que certaines démarches de AP en vue de retracer des montants alloués pour certains contrats ont été vaines. Deux semaines après, un mémo envoyé par e-mail à une cinquantaine d’humanitaires mettait en garde. « Certaines requêtes de journalistes pourront vous être adressées. Attendez mon autorisation avant de révéler une information quelconque », a écrit Karine Roy, une porte-parole de l’USAID. Un contractant américain qui s’est confié à AP indique que l’USAID lui a demandé de ne pas fournir d’informations et de référer tout demandeur à la description de leurs projets déjà publiée. C’est le cas de la compagnie « The Durham » basée en Caroline du Nord, interdite par la USAID de fournir des informations sur un projet de 32 millions de dollars pour augmenter le flux de produits financièrement viables et pour fournir des services à des entreprises en périphérie de grandes villes et en milieu rural, selon l’article qui tacle en passant pour négligence et travail mal fait quelques services de l’ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince dont les sections politique et des narcotiques.

La réaction de Merten

Cependant, sur www.state.gouv, le 23 juillet, l’ambassadeur sortant des Etats-Unis en Haïti, Kenneth H. Merten, indique « qu’il y a un nouveau jour en Haïti ». Il souligne que le travail des agences du gouvernement américain en Haïti a donné de bons résultats. « Nous avons entraîné des officiers de police haïtiens, aidé à l’augmentation de la production agricole, construit des routes, participé à l’établissement d’un système de santé durable, construit des milliers d’abris capables de résister aux cyclones, réparer et étendu l’accès au courant électrique », indique Merten, décoré par le président Martelly avant de quitter Haïti pour la Croatie le 20 juillet 2012.  

 

Après le séisme du 12 janvier, les Etats-Unis avaient joué un rôle de leader dans les opérations humanitaires et dans l’effort pour le relèvement et la reconstruction d’Haïti. A la conférence des donateurs de New York le 31 mars 2010, plus de 9 milliards de dollars ont été promis. Moins de 50 % ont été décaissés.

Les promesses d’Obama

Les États-Unis d’Amérique continueront à être un partenaire sûr dans l’effort de reconstruction d’Haïti, avait réaffirmé le président américain Barack Obama lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue haïtien René Préval à la roseraie de la Maison-Blanche, le mercredi 10 mars 2010.

« C’est un engagement que j’ai pris au début de la crise, et j’entends, au nom des États-Unis Amérique, le respecter », avait assuré Obama devant un parterre composé de membres du Congrès, de travailleurs humanitaires, de fonctionnaires de l’USAID, du FEMA, du service des transports, de la sécurité intérieure, du Département d’Etat… et d’Haïtiano-Américains.

« Aucune nation ne pourrait répondre seule à une catastrophe de cette ampleur sans un large support de la communauté internationale », avait ajouté le président Obama, dont l’administration se préparait alors à demander au Congrès une aide d’urgence de trois milliards de dollars en faveur d’Haïti. Beaucoup d’Haïtiens, avait-il poursuivi, vivent dans la précarité et ont désespérément besoin, dans certains cas, d’abris, de nourriture et de médicaments alors que s’approchait l’été 2010.Maintenant, le défi, avait-il fait remarquer, est de prévenir une seconde catastrophe. La situation reste difficile sur le terrain, et personne ne doit se faire d’illusion, avait-il dit.

Selon Obama, Haïti peut et va montrer la voie, avec une vision forte de son futur. La communauté internationale peut apporter les ressources nécessaires à la coordination d’un effort soutenu. En travaillant ensemble, avait expliqué le président des États-Unis, on peut s’assurer que cette assistance ne soit pas simplement délivrée sous forme d’aide d’urgence à court terme. Il faut aider Haïti à renforcer ses propres capacités en vue de fournir les services de base aux Haïtiens.

De l’eau a coulé sous les ponts et le temps a démasqué. Les hâbleurs, vautours et compagnies …sont à la croisée des chemins. Et la montagne de promesses faites à  Haïti après le séisme du 12 janvier  a accouché d’une souris, analysent ceux qui lisent le Washington Post, l’Associated Press ou le New York Times.

 

Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com ralphonse@lenouvelliste.com
Credit: le Nouvelliste

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