Quand la presse américaine se penche sur Haïti

Pendant ces vingt-cinq dernières années, les reportages des grandes chaînes de télévision de la République étoilée et  les articles des grands journaux sur Haïti étaient centrés sur  les élections frauduleuses,  le banditisme,  l’instabilité politique, le commerce de la drogue, le sida, la corruption et  l’extrême pauvreté de ce pays de la Caraïbe. Tout ce qui pouvait ternir l’image d’Haïti faisait la joie des médias américains. L’un des thèmes marquants est celui du banditisme dans la région. Les enquêtes menées par la plupart des spécialistes ont toujours prouvé qu’il y a beaucoup plus de cas d’insécurité à la Jamaïque et en République dominicaine qu’en Haïti. Cependant, Haïti a toujours été présentée comme le pays de l’insécurité de la région.  Hormis le massacre de la ruelle Vaillant, lors des élections avortées le  29 novembre 1987, la couverture des élections en Haïti ne constitue pas un risque pour les journalistes étrangers  comme au pays de Bob Marley ou de Juan Luis Guerra.

Depuis la catastrophe du 12 janvier 2010, la presse américaine semble changer sa perception vis-à-vis d’Haïti. Les reportages des différentes chaînes de télévision américaines traduisent de plus en plus la réalité quotidienne d’Haïti. Le New  York Times, le Miami Herald et le Washington Post ne sont pas seulement tributaires des agences mondiales d’information sur Haïti. Ces journaux envoient de temps en temps des équipes de reportage dans le pays et décrivent les faits sociaux  par rapport aux enquêtes conduites sur le terrain.

Pour la première fois, la presse américaine ose questionner l’aide des Etats-Unis à Haïti. Des institutions américaines, aussi puissantes soient-elles, sont mises sur la sellette pour absence de transparence dans le cadre de la gestion de l’aide américaine à Haïti.

Dans sa livraison du 22 juillet en cours, le Washington Post questionne la promesse  de 1,8 milliard de dollars des Etats-Unis à Haïti. Le journal  reconnaît les efforts  réalisés  en  termes de besoins humanitaires tels que la distribution d’eau et de médicaments, la confection d’abris provisoires, mais les projets susceptibles de sortir le pays de la pauvreté, notamment la construction de logements permanents, de centrale électrique, d’écoles, d’infrastructures routières et de création d’emplois ne sont  que des vœux pieux.   Ce quotidien  de la capitale de la République étoilée révèle que la moitié de l’aide promise à Haïti reste  encore dans le Trésor des Etats-Unis.

Au début du mois de juillet, le New York Times avait passé en revue l’aide américaine à Haïti dans le contexte de la conférence internationale organisée à Washington sur Haïti, le 31 mars 2010 et l’implantation du parc industriel de Caracol. Le journal Miami Herald ainsi que des chaînes de télévision américaines  ont déjà soulevé des zones d’ombre dans  le rôle de l’USAID dans l’octroi de contrats passés avec  des entreprises privées et les besoins de la population vivant encore dans le désespoir.  Sans vouloir titrer des conclusions sur les insatisfactions des uns et des autres, la presse américaine se montre critique quant à l’octroi de l’aide de l’administration Obama à Haïti après la catastrophe du 12 janvier 2010.

La gestion du dossier de l’aide américaine à Haïti a-t-elle permis à la presse américaine de mieux comprendre les mécanismes de l’aide internationale aux pays sous-développés ?

Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com

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