Tout fonctionne, sauf le musée…

Suite au séisme du douze janvier deux mille dix, nombreuses sont les institutions détruites ou endommagées. Certaines, à la longue, finissent par retrouver leur allure.  D’autres entrevoient à peine la leur entre les fissures.

Tel est le cas du musée d’Art Haïtien du Collège Saint-Pierre, Église Épiscopale d’Haïti.  Fondé en mille neuf cent soixante douze, es situé à la rue Légitime, place des héros.  Le musée d’art haïtien du Collège Saint-Pierre abrite l’une des plus grandes collections de peinture haïtienne.  Sa majestueuse galerie, aussi vaste que riche, a assuré tout un flot d’expositions d’œuvres d’art de nos peintres à succès comme Hector Hyppolite, Dieudonné Cédor, Frankétienne, Barbara Prézeau, Antonio Joseph, Jean Claude Garoute, dit Tiga, pour ne citer que ceux-là.  Un symbole d’étoiles vivantes.  Ce musée, bien avant la catastrophe du douze janvier, recevait d’innombrables visites payées de façon symbolique et contribuait largement à la diffusion de notre culture.  Que dire maintenant de ses portes closes depuis tantôt deux ans?

Une infrastructure culturelle revêtant une grande symbolique est menacée.  La façade fissurée du musée est une exposition pittoresque de toiles d’araignées, ornée de vitres brisées où la peinture est nuancée d’une couche de poussière abrupte.  Le petit jardin se languit de soin.  N’eût été sa cour arrière, cette galerie d’Art défierait une maison abandonnée.

Contre toute apparence, le musée d’Art Haïtien du Collège Saint-Pierre, Église Épiscopale d’Haïti n’est pas mort.  L’espace vit encore.  Une fois franchie l’arrière du bâtiment, on découvre une vie de couleurs, baptisée de peinture et de sculpture.  La boutique du musée est ouverte. On y retrouve une exposition de tableaux dont certains sont laissés en consignation. Des œuvres créées en majeure partie par de jeunes artistes comme Luckson Guerrier, Lucien Joassaint, Jean Marie Espelgues, Joël Vincent… comme nous le confirme l’un des guides.

L’activité quotidienne ne s’arrête pas là. Dans le grand jardin du musée se dresse ‘‘La table de Caïus’’.  Un modeste restaurant donné en location par les responsables du musée.  Depuis quatre ans, il offre ses services à la communauté, de onze heures du matin à quatre heures de l’après midi, hormis les dimanches.  Outre les spécialités de Caïus, ce restaurant conquiert, avec ses recettes haïtienne et française, la clientèle du Ministère du commerce, du Ministère du tourisme, du Ministère de l’intérieur et celle de l’Ambassade de France.

Tout bouge, sauf le musée.  A côté de sa grande boutique, l’espace contient le plus grand restaurant de tout Port-au-Prince et abrite plus de deux bureaux de L’Université Épiscopale d’Haïti (UNEPH).  Quel espoir pour le musée lui-même? Peut-on espérer qu’il reprendra vie comme tout le reste du bâtiment?

« Nous travaillons pour la reconstruction du musée, nous révèle Michel Philippe Lerebours, le conservateur du musée.  Nous avons déjà commencé d’ailleurs.  Les tableaux sont en sécurité.  Nous avons protégé la collection et mis de côté les trente tableaux endommagés lors du séisme, qui attendent d’être réparés.  Le musée aurait déjà ouvert ses portes si la culture avait été une priorité en Haïti.  Nous n’avons reçu aucun appui financier sauf un geste d’attention de la part du musée du Louvre qui nous a facilité l’impression d’un ouvrage sur Hector Hyppolite.  La vente de ce dit ouvrage s’est lancée à travers le monde pour atterrir en Haïti.  Tout cet argent servira à réparer les tableaux.  Le musée espère rouvrir ses portes sous peu. »

L’avenir le dira…

Martine Fidèle

Credit: le Nouvelliste

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