Champ de Mars en chantier pour le canaval des Fleurs

Qui l’eût dit, qui l’eût cru ? Le Champ de Mars, haut lieu du carnaval à Port-au-Prince, était  hier encore un îlot de tentes pour sans-abri. A présent, il se prépare à accueillir le carnaval des Fleurs, festivités annoncées par le président Martelly, aux Cayes, pendant le carnaval national. Paroles tenues. À quelques jours des grandes liesses populaires qui coûteront au Trésor public 65 millions de gourdes, l’espace délimité entre la Tour 2004 et une portion de la rue Capois est en chantier.

Les compagnies de construction qui avaient signé un contrat avec l’État haïtien pour l’érection de stands dans l’aire du Champ de Mars boostent leurs ouvriers. Les bruits des marteaux et des scies résonnent dans l’environnement. Les planches, les bois et les contreplaqués qui tombent sur le sol, échappés des mains des ouvriers, qui font un raffut dans ce bourdonnement d’activités.

Une course contre la montre

Employé de la Société générale de construction (SOGEC), bòs Gérard, contremaître de son état, construit, sous la supervision d’un ingénieur, des stands depuis 25 ans. Vieux routier de ces chantiers qui s’érigent en un tour de main, il supervise, lui aussi, des ouvriers. Il n’a pas de temps à perdre. Du matin jusqu’au soir, il est sur pied. « C’est vraiment une course quand on construit un stand. Depuis lundi, on a commencé à poser des structures métalliques dans notre espace. Gason pa kanpe. Le travail commence dès 7 heures du matin et prend fin souvent le lendemain aux environs de 4 heures du matin. A 7 heures a.m, les ouvriers recommencent à travailler », souligne le contremaître.

L’un des stands sur lequel travaillent les ouvriers de la SOGEC mesure, d’après bòs Gérard, 24 m 50 de long. Le parquet, déjà constitué, repose sur des structures métalliques solides pour permettre à la colonie des carnavaliers de danser en toute quiétude. Un peu plus bas, plusieurs ouvriers de cette même compagnie s’activent sur d’autres stands aussi grands.

Les ouvriers de la compagnie ACC Engineering, également sous contrat, œuvrent dans le même horaire de travail. Un stand de 36 mètres de long sur 6 m 35 de largeur, s’élève dans l’espace. Certains de ces ouvrages avancent plus rapidement. Recouverts de toit, peints en blanc, ils attendent les couleurs de nos artistes peintres pour animer leurs surfaces.

De tous les stands qui découpent l’espace du Champ de Mars, celui de la présidence domine les lieux. Il est surélevé. Un niveau supérieur permettra à ses occupants de s’offrir un beau panorama du parcours carnavalesque pendant les trois jours gras, les 29, 30 et 31 juillet 2012.

Autour des stands qui s’alignent le long du parcours des festivités, des jeunes chômeurs harcèlent les contremaîtres. Ils veulent du travail. Jacky est charpentier. Depuis que le Champ de Mars s’anime d’activités, il propose ses services. Léonce est peintre, il attend son tour. Le carnaval est un moment pour des petits ouvriers de gagner un peu d’argent.

Le choix politique du gouvernement Martelly-Lamothe d’organiser le carnaval des Fleurs est, pour le comité qui organise les festivités, une opportunité pour le pays d’accueillir les touristes et inciter les Haïtiens de la diaspora à venir au pays.

Plusieurs voix  se sont élevées pour  désapprouver le choix politique du gouvernement. Organiser un autre carnaval en Haïti après celui des Cayes n’est pas vu d’un bon oeil. Ils pensent que le pays a d’autres priorités.

Comme la dernière fois pour les Cayes, les protestations s’enchaînent, tandis qu’au Champ de Mars les travaux avancent jour et nuit. « Se la pou w la pou wè ».

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Credit: le Nouvelliste

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