Soixante-dix handicapés aux examens d’Etat

Répartis en plusieurs salles à l’école Saint-Vincent, à la rue des Casernes, unique centre d’examens réservé depuis 2006 aux candidats à besoins spéciaux, 21 élèves ont participé cette année aux examens de la 6e année fondamentale alors que 17 autres ont subi les examens de la 9e année fondamentale. D’un autre coté, 14 et 17 jeunes candidats souffrant d’une déficience ont pris part aux épreuves officielles du baccalauréat première et deuxième partie, selon le calendrier du Bureau national des examens d’Etat (BUNEXE).

Certains candidats interviewés dans leur centre d’examen ont affiché leur optimisme, ils comptent réussir dès la session ordinaire. Ils estiment avoir fait ce qu’il fallait en fonction de ce qu’ils avaient appris en classe. Gaëlle Tranquille – handicapée motrice –, élève de la rhéto au lycée de Pétion-Ville,  a déclaré que les épreuves de littérature haïtienne et française étaient à sa portée. Toutefois, en dépit de son handicap, elle a confié avoir fait de son mieux parce qu’elle a les mêmes chances de réussite que les autres candidats. « L’atmosphère était bien. J’ai subi les examens  sans stress », a témoigné Gaëlle.

Frantzy Raphaël – non-voyant -, élève de philo, a pour sa part affirmé que les examens lui convenaient bien. « Dans mon cas, les responsables du BUNEXE ont été  obligés de retranscrire les libellés des épreuves en braille afin que je puisse mieux subir les épreuves », a ajouté Raphaël qui se voit déjà en route vers l’université.

Interrogé en marge des examens, le sociologue Fritz Georges, coordonnateur de la Commission de l’adaptation scolaire et d’appui social (Casas), a affirmé que les personnes à besoins spéciaux sont de plus en plus nombreuses à subir les épreuves des examens officiels. Il a soutenu que beaucoup d’entre eux arrivent même à défier le système éducatif haïtien, connu pour le nombre exponentiel des échecs enregistrés et à réussir les concours d’admission à l’université.

« Par rapport aux autres produits du système, les chances de succès des personnes vivant avec un handicap sont considérablement réduites faute de structures et de matériel adapté à leur situation. Mais celles-ci doivent savoir qu’elles ont le droit de recevoir le pain de l’instruction au même titre que les personnes non handicapées   et ont aussi la chance de devenir de grandes personnalités, car elles sont des valeurs sûres et importantes pour la société haïtienne », a précisé M. Georges.

1 251 élèves handicapés à l’école   

Suivant des données fournies récemment par la direction de la planification du ministère de l’Éducation nationale, 16 072 écoles accueillent 2 946 434 élèves sur l’ensemble du territoire. Du total, on recense 1 251 handicapés, soit 0,20% des élèves du pays. Selon des professionnels de l’éducation, les chiffres sur la fréquentation scolaire des enfants handicapés sont biaisés parce que de nombreuses écoles qui accueillent ces enfants n’ont pas été touchées par cette enquête du ministère de l’Education nationale.

Dans l’idée de renforcer la formation de cette frange de la société,  le Bureau du secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées (BSEIPH), en partenariat avec l’Organisation des Etats américains (OEA), est en train de réfléchir sur le développement d’un module de formation sur l’enseignement des enfants à besoins éducatifs spéciaux. Ce module devrait être intégré à la formation initiale des enseignants haïtiens. Il s’agira d’un pas important vers une scolarisation intégrée des enfants à  besoins spéciaux. De nombreuses institutions spécialisées dans le domaine de l’éducation spéciale collaborent avec le BSEIPH  sur ce dossier dont la Commission de l’adaptation scolaire et d’appui social (CASAS), le Centre d’éducation spéciale (CES) et la Société haïtienne d’aide aux aveugles (SHAA).

En Haïti, d’après une enquête conduite par la CASAS du ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle, publiée en 1998, moins de 5% des enfants handicapés en âge d’aller à l’école fréquentent une institution scolaire. L’absence de structures adéquates, mais aussi de formation pédagogique spécialisée pour les enseignants en est la cause. Il n’existe que 23 écoles spéciales et centres de réadaptation pour personnes handicapées dont 3 écoles publiques qui fonctionnent principalement à Port-au-Prince. 

Credit: Le Nouvelliste

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