États-Unis : l’ombre de la ségrégation

Il est encore possible en 2012 aux États-Unis de se voir refuser son mariage du fait de sa couleur de peau. C’est pour dénoncer cette triste réalité que Charles et Te’Andrea Wilson, Afro-Américains, enchaînent les plateaux de télévision. La veille de la cérémonie, le pasteur Stan Weatherford leur a annoncé qu’il ne pouvait pas célébrer leur union dans l’église baptiste de Crystal Spring (Mississippi). La raison ? Des fidèles l’ont menacé de le remplacer s’il acceptait. Et de justifier cette décision par cette phrase sidérante : “L’église n’avait jamais eu de mariage de Noirs depuis sa création en 1883.” Charles et Te’Andrea Wilson se sont finalement mariés dans une autre église proche, fréquentée majoritairement par des Afro-Américains.

Depuis l’annonce de cette affaire dans les médias américains, la polémique enfle. Sur la page Facebook de l’église, les internautes s’insurgent contre cette décision qui donne, selon eux, une “mauvaise image des chrétiens”, fait “une mauvaise réputation aux baptistes et au Mississippi”, certains la comparant même à “une affiche de pin-up pour les racistes du monde entier”. Des représentants officiels de l’Église baptiste ont tenu à s’en démarquer. Jim Futral, responsable de la Convention baptiste du Mississippi, a réaffirmé qu’il “rejet(ait) la discrimination raciale”, mais a expliqué que les églises étaient “autonomes pour régler les problèmes et difficultés rencontrés”.

Lobbying d’une poignée de fidèles

Plusieurs membres de l’église de Crystal Spring ont tenu à s’excuser, à l’image de Ralph Miley devant les caméras de WLBT : “À titre personnel, je présente mes excuses aux Wilson, à leur famille et à l’ensemble de la communauté noire pour ce qui s’est passé.” D’autres se sont offusqués de l’image donnée de leur église : “Nous avons été présentés comme une église raciste, nous ne le sommes pas. Toute personne est la bienvenue chez nous”, a expliqué à Reuters Barbara Mack, une paroissienne de longue date.

Toute personne est la bienvenue ? On en doute quand elle poursuit en soutenant le pasteur, rejetant au passage la faute sur le couple : “Les Wilson étaient d’accord pour changer d’église, ils ont dit comprendre la situation et l’ont acceptée. Le révérend était loin de penser qu’ils provoqueraient un problème.” Certains ont prétexté avoir découvert l’affaire dans les médias et mettent en avant un lobbying exercé par une poignée de fidèles non représentatifs de la majorité. “S’il s’agissait d’une minorité, pourquoi la majorité ne s’est-elle pas levée pour s’opposer à cette décision et dire : Dans la maison de Dieu, nous ne pouvons pas faire ça ?” interroge alors Charles Wilson sur CNN.

Ancien État esclavagiste

Charles et Te’Andrea Wilson fréquentaient de temps en temps l’église et ils avaient l’intention d’en devenir pleinement membres après leur mariage. L’oncle de Te’Andrea Wilson y travaillait, son père en était membre et le pasteur était un ami de la famille. Le choc a donc été immense. Aujourd’hui, ils envisagent de changer de quartier. “Comment peut-on expliquer à une fillette de neuf ans qu’on ne peut pas se marier ici, parce que, devine quoi, ma chérie, on est noirs”, a réagi Charles Wilson sur une filiale locale d’ABC, en parlant de sa fille.

Ancien État esclavagiste au XIXe siècle, le Mississippi a vu sévir sur son territoire l’un des plus violents groupes du Ku Klux Klan, les White Knights, dans les années soixante. Certains Américains semblent toujours marqués par cette époque. Malgré l’élection de Barack Obama, qui avait suscité un espoir immense dans la communauté noire, les Afro-Américains sont toujours confrontés au racisme quotidien.

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