Fin du phénomène “Anba tant” à Jacmel

Pinchinat et Wolf sont les deux derniers des 36 camps de déplacés à être fermés définitivement dans la ville de Jacmel. Les autorités locales, de concert avec l’Organisation internationale de la migration, ont octroyé une enveloppe de 21 000 gourdes à chacune des 360 familles qui y vivaient pour leur permettre de louer une maison.

Les équipes de l’OIM ont  débuté la dernière phase de l’opération de relogement par la sensibilisation des familles de déplacés en juin dernier, suite à la demande d’assistance des autorités locales à la communauté humanitaire, selon ce qu’a révélé l’un des responsables du projet. « L’OIM va continuer à apporter son soutien aux autorités locales et surtout à la population sinistrée », a confié à la presse la directrice régionale de l’OIM pour le département du Sud-Est, Fanette Blanc.

Plusieurs déplacés du camp de Pinchinat interrogés estiment qu’il était grand temps pour eux de quitter les camps où ils ont vécu dans des  conditions de vie vraiment difficiles. Les employés de la mairie de Jacmel ont déjà détruit toutes les tentes des sites en question. Les camps Pinchinat et Wolf sont désormais deux immenses terrains déserts. Des  projets sont d’ailleurs déjà à l’étude pour occuper l’espace de ces camps, à en croire les propos du délégué départemental du Sud-Est, Pierre Michel Lafontant.

Les T-Shelters, abris provisoires ou permanents ?

« Nous sommes arrivés ici depuis le 16 juin 2011 », confie Mme Claudine, qui a dû arrêter une partie de domino pour accorder cette interview.  Assise autour d’une petite table posée sur la galerie de son T-Shelters en compagnie de trois autres voisins, Claudine fait passer le temps en s’adonnant à son jeu favori. Questions d’oublier un peu ses soucis. « Il y avait à notre arrivée ici 4 latrines communautaires  qui étaient construites pour trois mois selon les prévisions, mais voilà que plus d’un an après, aucun réaménagement n’y a été réalisé »,  s’indigne-t-elle. « Le comité du camp a fini par les détruire toutes, parce qu’elles puaient et nous empêchaient même de respirer, ajoute l’un de ses compagnons de jeu. Maintenant notre plus grand embarras, c’est que nous n’avons aucun endroit où faire nos besoins ».

Ces citoyens déduisent qu’ils sont là pour une durée indéterminée. « Les responsables ne nous ont donné aucune explication à ce sujet », s’attriste Claudine, qui habitait dans la ville de Jacmel avant le séisme dévastateur de janvier 2010 qui a détruit sa maison où elle et ses quatre enfants ont failli laisser leur peau.

Plus de 350 autres T-Shelters pareils à celui de Claudine sont érigés sur ce grand espace appelé “Village Beaudouin”.  Les familles qui y vivent sont issues des camps Pinchinat, Wolf, Sainte-Hélène, etc. Elles ont été relogées en août 2011 dans ces abris provisoires construits par l’OIM, dans le cadre d’un vaste programme national d’abris financé à hauteur de 13 millions de dollars.

L’un des représentants du village, Mme Sœurette, regrette que près de 2000  personnes soient installées sur ce site sans accompagnement. « Les autorités ont promis de nous fournir de la nourriture et du travail, mais aucune de ces promesses n’a été tenue. A l’heure qu’il est, il n’y a pas d’eau potable ni accès à des soins de santé pour les gens à faibles moyens que nous sommes », se plaint-elle.

Notons que la mairie de Jacmel est, elle-même, logée dans un local provisoire, jusqu’à présent. Le gouvernement haïtien projete d’investir 40 millions de dollars pour rendre la ville de Jacmel plus accessible et améliorer ses infrastructures, afin de la transformer en l’une des destinations touristiques les plus en vue du pays.

John Smith Sanon smithsanon@gmail.com Twitter: @smithsanon
Credit: Le Nouvelliste

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