L’accusé s’est défendu bec et ongles

A la reprise de l’audience, le lundi 6 août, Me André Michel a soulevé une exception sur la présence de l’Etat dans la salle d’audience. Selon lui, la présence de l’Etat haïtien à titre de partie civile est arbitraire aux termes de l’article « 3 » de la loi portant révision sur l’assurance contre tiers. L’OAVCT est un organisme autonome à caractère financier et administratif, placé sous la tutelle du ministère de l’Economie et des Finances, doté de la capacité juridique. Fort de ces considérations,  Me Michel a demandé d’écarter  l’Etat haïtien du procès pour défaut de qualité.

Cette demande a été combattue par Me Maurice Alexandre, un des avocats de  l’Etat haïtien. Celui-ci s’est référé à l’article 81 de la même loi. Et la réplique a été donnée par les avocats de la défense. Le doyen du tribunal criminel a tranché en ordonnant que l’Etat haïtien soit présent dans la salle et que se poursuive l’audition du témoin John Hardy Georges.

Il faut souligner que Me Carlos Hercule, du conseil de la défense, a remué ciel et terre, cité des passages de la convention américaine relative aux droits de l’homme ratifiée par Haïti pour essayer de convaincre le doyen. Le plaidoyer du conseil de défense  n’a produit aucun effet sur le  tribunal. En dépit de la bonne stratégie du conseil de la défense pour ébranler le témoin avec des questions pièges,  le ministère public, représenté par Jean Renel Sénatus – assisté des substituts Fritz Gérard Chéry et de Paul Eronce Villard-, et le doyen Jean-Michel Raymond intervenaient toujours pour objection.

Après avoir entendu durant deux journées le témoin John Hardy Georges, Edrick Léandre, accusé de détournement de fonds de l’OAVCT,  de concussion, d’association de malfaiteurs et de blanchiment des avoirs,  a réagi sur la demande du doyen du tribunal criminel ce lundi 6 août 2012.  L’ancien directeur de l’Office d’assurance des véhicules contre tiers (OAVCT) a suivi avec attention les dépositions de l’ancien président du syndicat, M. Georges,  promu  responsable du service de compensation et de régulation au sein de cette institution.

L’accusé Léandre a déclaré : « John Hardy Georges a menti. Il a été révoqué à la suite de plaintes  qui ont été déposées contre lui. On le dénonçait comme un mauvais garnement. Il écrivait des lettres pour faciliter les gens à se présenter à l’ambassade. J’avais même essayé de remonter la filière, mais en vain.» Edrick Léandre a confirmé que John Hardy Georges n’était pas le seul à avoir reçu sa   lettre de révocation. L’accusé dit avoir découvert un réseau de malfaiteurs à l’OAVCT, qui utilisaient à leurs fins le sceau de l’administration. Léandre a expliqué au tribunal criminel les mesures qu’il a dû prendre pour empêcher les gens de continuer à voler et contrefaire les papiers des véhicules. Il a soutenu que cela a failli lui coûter la vie. Edrick Léandre a dit avoir été attaqué lors de sa gestion par six bandits. «Ancien militaire, j’ai dû répondre et trois de ces agresseurs ont été  victimes», a-t-il reconnu.

L’ancien directeur de l’OAVCT a fait rire  l’assistance quand il a déclaré qu’il est respectueux des lois, alors que, selon les déclarations au cabinet d’instruction et l’acte d’accusation, c’est sa mauvaise gestion qui serait à l’origine de son incarcération depuis mai 2011. A l’entendre parler, on le prendrait pour un directeur modèle. Il s’est défendu avec une telle conviction, une telle détermination comme ancien gestionnaire de l’OAVCT qu’il a failli convaincre l’assistance. Mais ce qui paraissait bizarre, c’est le fait qu’il avait accepté de payer pendant 4 ans un groupe d’employés syndiqués sur instructions de l’ancien président de la République, M. René Préval,  sans que ces derniers n’aient fourni de services à l’institution, a-t-il révélé.

Au cours de l’audience du lundi 6 août, le président du tribunal criminel,
Raymond Jean Michel, ainsi que les représentants du parquet ont, à plusieurs reprises, rappelé l’accusé Edrick Léandre à l’ordre. Il affichait un comportement  répréhensible. «Sans doute, parce qu’il ne s’est pas assis sur un banc comme les autres accusés», a lancé une personne dans l’assistance.

Cette journée a été très difficile pour les parties au procès, lequel s’annonce intéressant. Si les huit témoins présents doivent tous répondre aux questions des avocats du conseil de la défense, il y a lieu de se demander combien de temps durera ce procès criminel.

Rappelons que l’Etat haïtien est représenté par  une brochette d’avocats : Maurice Alexandre, Bergeman Berrette, Antoine Eddy Brisson, Fritzner Beaubrun, Ruben Leriche, Claudette Belfond et Marie -Ange…

Jean-Robert Fleury
Credit : le Nouvelliste

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