Pourquoi un Conseil de gouvernement aux Cayes ?

Le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe organisera  mercredi  son  cinquième  Conseil de gouvernement aux Cayes, dans le département du Sud. Le chef de la Primature se propose de  reproduire l’exemple du Conseil de gouvernement  qui s’est tenu au  Cap-Haïtien, le 5 juillet dernier,  dans d’autres départements  afin de permettre aux membres du gouvernement de se rapprocher davantage de la population et de s’imprégner beaucoup plus des desiderata des couches les plus reculées et les plus vulnérables du pays, lit-on dans un communiqué de presse du bureau du Premier ministre.

 Contrairement à l’interprétation  de  décentralisation attribuée au Conseil de gouvernement organisé au Cap-Haïtien le 5 juillet dernier, il s’agit de préférence d’une démonstration de déconcentration des services publics. Chaque ministre avait été convié à  révéler en présence de la presse et des parlementaires  du département  les politiques publiques à réaliser à court et à moyen terme  dans la deuxième ville du pays, en fonction de la planification du département ministériel depuis  son centre de décision à Port-au-Prince.  Les opinions divergeaient quant à l’opportunité pour Laurent Lamothe de prendre une telle initiative. Si certains croyaient que c’était un show médiatique, pour d’autres l’initiative était bonne.  

Cette décision du Premier ministre n’aurait aucune valeur si les collectivités territoriales prévues par la Constitution de 1987 étaient opérationnelles. L’absence des Assemblées départementales et des Conseils départementaux réduit  les  régions  à une véritable peau de chagrin. Aucun plan d’aménagement du territoire et de développement régional n’a été conçu depuis l’adoption de notre Charte fondamentale. L’organisation des  élections indirectes  pour la mise en place de ces structures n’a jamais été une priorité pour les différents gouvernements qui se sont succédé.  Depuis le centre de décision à Port-au-Prince, toutes les initiatives pour les zones les plus reculées sont prises sans tenir compte de la réalité et des besoins de ces endroits les plus marginalisés  du pays. Les délégués départementaux,  qui représentent  le président de la République et qui ont pour mission de contrôler la bonne marche des services publics dans ces grandes agglomérations, ne peuvent en aucun cas exécuter d’autres tâches que celles conférées  par le pouvoir exécutif.

Les directeurs départementaux des différents ministères et organismes publics n’ont ni la formation ni la mission de promouvoir le développement dans les départements respectifs.  Si depuis le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986  notre pays demeure le plus pauvre de la zone, la faute incombe aux différents gouvernements qui n’ont jamais fait l’expérience d’élaborer un  plan de développement régional. Le Premier ministre ne devrait-il pas repenser l’organisation du Conseil de gouvernement dans les différents chefs-lieux de département aux fins de parvenir à un diagnostic des vrais besoins de l’arrière-pays et de trouver des solutions appropriées ?

Credit: Le Nouvelliste

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