Reprise des Vendredis littéraires de l’Université Caraïbe

Il n’y a que de grandes nouvelles dans le secteur culturel en ce début de mois d’août. Les Vendredis littéraires reprennent, la Maison des écrivains, Résidence Georges Anglade, ouvre ses portes en accueillant maints écrivains venus de nos régions. Elle sera inaugurée le vendredi 10 août 2012. Ces deux projets ont été soutenus par le projet Arcades. Le Nouvelliste a rencontré Lyonel Trouillot au sujet de la reprise des Vendredis littéraires.

LN : Lyonel Trouillot, les Vendredis littéraires, c’est déjà une longue histoire avec les écrivains, les artistes depuis des années. Parlez-nous en un peu ?

 LT: Nous les avons inaugurés le 16 décembre 1994, dans une logique d’autoflagellation qui alimente la déresponsabilisation. Certains disent ici que rien ne dure. Voilà bien une preuve de quelque chose qui dure. Les Vendredis littéraires de l’Université Caraïbe ont été interrompus par le séisme du 12 janvier 2010. Je crois que leur longévité tient à la simplicité et au caractère démocratique de la formule : des travailleurs du texte, de la chanson, de l’écriture théâtrale de tous âges et de toutes tendances qui présentent leur travail à un public venu les écouter. Sans exclusion, ni exclusivité. L’entrée est gratuite.  On ne paye que (à prix modique) la bière, le soda ou la « fritaille » que l’on consomme.

 LN : Qu’est-ce qui va changer avec cette reprise dans un nouveau local, le Centre culturel Anne-Marie Morisset ?

 LT : Au fond, rien. Les Vendredis littéraires de l’Université Caraïbe se feront désormais au Centre culturel Anne-Marie Morisset. La logique demeure la même : rassembler les créateurs et les amoureux de la littérature. Sur le plan organisationnel, logistique, cela facilite grandement les choses de pouvoir bénéficier des structures du CCAMM. Grâce au soutien financier du projet ARCADES et aux efforts de la fondation Anne-Marie Morisset, nous pourrons maintenant enregistrer les Vendredis et aider à combler le déficit d’archives dans le domaine littéraire. Les éditions de l’Université Caraïbe publieront aussi une anthologie permanente des Vendredis littéraires sous la forme de cahiers paraissant tous les deux mois, et réunissant des textes choisis par un comité sur l’ensemble des textes lus durant la période couverte par chaque cahier.

 LN : Les Vendredis littéraires, c’est un lieu d’expression, d’échanges où on a fait la connaissance de pas mal de jeunes écrivains qui entre-temps ont fait du chemin. Pensez-vous que la reprise de cette manifestation va encore permettre de découvrir de nouveaux talents ?

 LT :C’est vrai que nombreux sont les écrivains aujourd’hui confirmés, dont les premières lectures devant un public ont eu lieu aux Vendredis littéraires.  Ce qui nous guide, c’est le devoir d’accueillir, de promouvoir et de transmettre. Il n’existe pas beaucoup de lieux où un jeune peut avoir la chance de s’asseoir avec Frankétienne (un poto-mitan des Vendredis littéraires) et de discuter avec lui. Lire en public, se soumettre à la sanction du public, vaincre le narcissisme du quant-à-moi en acceptant la discussion sur le texte et en reconnaissant que son expérience personnelle s’inscrit modestement dans une longue chaîne d’expériences, c’est un apprentissage de grande qualité. En ce sens, les Vendredis littéraires, c’est une sorte d’atelier permanent dans lequel tous apprennent de tous.

Nous avons pensé aussi accompagner ces Vendredis d’ateliers d’écriture. Le talent ne manque pas, mais les jeunes n’ont pas tous accès à une formation leur permettant de le développer. Nous offrons au Centre culturel Anne-Marie Morisset, au cours des mois d’août et de septembre des ateliers d’écriture. Les jeunes participant à ces ateliers pourront lire le produit ou des extraits de leur expérience d’atelier, le vendredi suivant l’atelier. Il y aura deux ateliers de poésie les mardi 14 et 21 août assurés par l’Atelier Jeudi soir ; un atelier en deux séances sur la nouvelle les mardi 28 août et 5 septembre assuré par Pré-texte; un atelier en deux séances sur la littérature jeunesse les mardi 12 et 19 septembre présentés; par l’Université Caraïbe. Ces ateliers sont offerts gratuitement aux participants. Celles et ceux qui voudraient y participer peuvent contacter directement l’institution qui organise l’atelier qui les intéresse. Encore une fois, il s’agit d’accompagner sans prétention ni pédanterie celles et ceux qui entrent en écriture, toujours dans l’idée d’une restitution  (ce pays ne donne pas de manière égale, et ceux qui ont reçu devraient faire l’effort de donner) et dans l’idée de renvoyer la littérature à sa vérité: celle du texte. Il existe aujourd’hui une tendance minoritaire mais bavarde qui se lance dans des guerres de statut. Pour nous, la littérature, c’est la production de textes. Et c’est cela que nous encourageons. Et c’est cela que les jeunes qui viennent aux Vendredis littéraires et participent aux ateliers apprécient. Je n’ai aucun doute sur la réussite de l’entreprise. S’agit-il de Frankétienne, de Castera, de Claude Pierre, de Xavier Orville, d’Edouard Maunick (pour citer quelques grands noms d’auteurs haïtiens et étrangers) ou du jeune homme ou de la jeune fille lisant timidement leur premier texte, on sait aux Vendredis littéraires qu’être écrivain n’est pas un acte de parole mais un travail de production. Il y a des gens aujourd’hui qui signent un statut et peu ou pas de textes. A la fin d’une lettre, ils écrivent, untel, poète. Comme s’il suffit de dire « je suis poète ou romancier » pour le devenir soudainement, comme lorsque l’officier ou le prêtre dit « je vous déclare mari et femme », les célibataires changent de statut aux yeux de l’état civil. Les Vendredis littéraires, c’est moi, le texte et l’autre, l’élément central qui nourrit la rencontre demeurant le texte. Nous avons eu des soirées avec plus de deux cents personnes, d’autres avec une trentaine de participants, avec souvent des jeunes qui arrivaient avec des premiers textes dont personne ne s’est moqué. Les Vendredis littéraires, c’est place au texte.

 LT : Les Vendredis littéraires ont eu des animateurs comme Jean-Euphèle Milcé, Bonel Auguste, qui prévoyez-vous pour cette reprise ?

 LN : On pourrait nommer aussi au tout début Jean-Yves Métellus, d’autres comme James Noël, Faubert Bolivar, plus tard Toussaint, et le regretté Biencher. D’autres encore… J’espère que ceux d’hier pourront encore de temps en temps  jouer ce rôle d’animateur. Pour l’animation, nous joignons à la nouvelle équipe Inéma Jeudi de l’Atelier Jeudi soir et Christophe Denis du CCAMM. Nous sommes à la recherche d’une jeune femme… J’oubliais de mentionner que, concenant les ateliers, nos faisons jouer le critère de parité. Les femmes n’ont pas moins de talent que les hommes, mais plus de contraintes et moins d’opportunités.

 

LT : De 2010 à aujourd’hui, la capitale, le pays même, a bien changé, les déplacements notamment sont devenus plus difficiles, espérez-vous le même public ou pariez-vous sur de nouvelles têtes ?

 

LN : Sur les plus de quatre cents vendredis effectifs, rares furent les soirs où il n’y avait pas quelqu’un qui venait pour la première fois. Je crois que cela va continuer. Il est vrai que les conditions de transport sont difficiles, voire inacceptables (mais qu’elle est grande la part d’inacceptable que nous acceptons honteusement ici !). Je ne pense pas que ce soit un frein à la passion qui attire les gens. Quant aux habitués, il y a deux ans que je suis victime de harcèlement : « Quand reprenez-vous ? » C’est un bonheur pour eux et pour moi que de dire : le vendredi 10 août, ça repart.

 

LN: Pour ceux qui vont venir pour la première fois aux Vendredis littéraires; et qui voudront être remarqués que fait-on, qu’entend-on, que voit-on dans ces soirées ?

L.T.: On écoute des textes de poésie, des nouvelles, des extraits de roman, des lectures scéniques, des chansons, de la musique, et si on veut soi-même lire un texte, on le dit à l’animateur. Il y a des pauses au cours desquelles s’engagent des discussions et se développent des amitiés et des complicités.

 

LN : Ce sera à quelle heure ?

LT : Le vendredi 10 août, à  6 heures p,m. au Centre culturel Anne-Marie Morisset.

 Propos recueillis par Emmelie Prophète

Credit: le Nouvelliste

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