Le cerveau et le fusible

C’est le premier vrai remaniement made by Laurent Lamothe. Le Premier ministre se déchausse de son meilleur ennemi, se débarrasse d’un ministre embarrassant et libère un autre devenu encombrant. Sèche comme un changement de cabinet du temps des Duvalier, l’annonce a pris tout le monde au dépourvu.

Personne n’aura le fin mot de l’histoire. Il y a tellement d’histoires. Gouverner en Haïti est comme résoudre un Rubik’s cube de mille cubes. Tout savoir est impossible, tout comprendre encore moins.

René Préval nous avait habitués aux ministres qui passent cinq ans en poste. L’homme de Marmelade passait tout pour ses amis et ses alliés. Martelly et Lamothe sont logés à une autre enseigne. Ni amis, ni redevances ne comptent dans un gouvernement où personne n’a de poids politique.

Les ministres paient leur faute

Celui-là a accumulé les fautes depuis l’affaire Bélizaire, s’est empêtré dans le limogeage des maires et s’est fait envier le train de vie d’un ministère qui, politiquement, ne résout aucun des problèmes de l’heure. Ce n’est pas l’Intérieur qui réalisera les prochaines élections ni ne les fera gagnées. Il y a des départs qui sont plus souhaitables que des cohabitations houleuses.

Pour l’Education, les déconvenues s’accumulent. Deux rentrées des classes reportées. Pour un gouvernement qui fait de l’éducation sa plus belle vitrine, les récréations prolongées font désordre. D’ailleurs, en plus d’une année, le ministère n’a toujours pas pu présenter la loi régularisant les ponctions sur les appels téléphoniques et les transferts. Personne ne peut mettre sa main au feu et jurer que les millions qui sont dépensés dans le programme d’éducation gratuite le sont à bon escient et que nous formons des fils forts.

L’Environnement, l’un des  E du programme Tèt Kale, confirme tout le mal que l’on pense de son ministère immature. Autant la problématique s’impose devant les dégradations continues de notre pays, autant les responsables s’enlisent depuis des années dans une inaction stérile. Quand la machine se met en branle, c’est pour provoquer les premières manifestations populaires dans la capitale contre le président Martelly, ou pire, pour provoquer la mort au parc La Visite.

Trois ministres au bilan en berne s’en vont en plein mois d’août. Ce temps des vacances n’est pas celui d’ordinaire retenu pour faire passer le message qu’un nouveau départ se prépare.

Espérons quand même du neuf sur les anciens fauteuils !

D’autant que le Premier ministre s’est aussi octroyé une note. Il vient de se rendre compte qu’il n’était pas à sa place aux Affaires étrangères. Depuis qu’il cumulait la Primature et ce ministère prestigieux, mais engourdi, Lamothe avait mis une sourdine au slogan qui avait établi sa réputation de novateur : « la diplomatie d’affaires ».

Est-ce bien la fin de cette aventure peu orthodoxe ?

Le PM a-t-il enfin compris que l’on ne peut pas coordonner un gouvernement et avoir les deux pieds dans un avion ?

Le Premier ministre souhaite-t-il de préférence jouer le rôle de guichet chauffeur au ministère de la Planification et de la Coordination externe où il va crouler sous les demandes d’aides des élus de toutes tendances ? Aura-t-il un Secrétaire d’Etat, un ministre sans portefeuille pour l’assister ?

Les mois qui viennent vont nous éclairer assez vite sur l’orientation de cette nouvelle mouture du gouvernement Martelly-Lamothe. Le PM a eu les changements qu’il souhaitait, il est dorénavant le seul homme fort de son gouvernement.

Etre le cerveau et le fusible n’est jamais une position aisée. Lamothe va en faire l’expérience. Pourra-t-il nous prouver que la cohérence et l’efficacité sont à ce prix ?

Frantz Duval
Credit : Le Nouvelliste

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