Comme aux dominos

Le Conseil de gouvernement retransmis en direct est instructif, comme à chaque fois. Captivant même. Ce mercredi, le spectacle a tenu en haleine pendant des heures depuis la ville des Cayes où le gouvernement -ministres, secrétaires d’Etat et directeurs généraux- avait fait le déplacement. Des élus, des hommes d’affaires et des membres de la société civile du département du Sud y ont aussi pris part.

Chaque ministre, comme à la maternelle, a pu réciter ses fiches, défendre son point de vue et répondre aux interrogations du Premier ministre Laurent Lamothe, inventeur de cet exercice hautement démocratique.

Le Parlement n’ayant jamais inventé de séance de questions pour porter le gouvernement à expliquer ses choix et actions, ce dernier fait son show seul. A la fin de la réunion, les parlementaires ont eu droit à une parenthèse, le temps de poser quelques questions.

Qui dit show, dit préparation. Et c’est là que le bât blesse. Certains ministres passent à côté de leurs minutes de gloire, d’autres s’enfoncent dans des détails inutiles. Il y a des énormités de dites et, comme tout est en direct, personne ne peut prendre sur lui de corriger qui que ce soit. Tout passe comme une lettre à la poste. Les mauvaises options seront-elles appliquées ou remisées au placard ? Quand les chefs parlent, allez savoir si leur verbe ne se fera pas décision…

D’un intervenant à l’autre, ce n’est pas la taille des projets qui détermine leur intérêt; comme le Premier ministre a eu à le dire, un projet de remplacement d’ampoules sur une place publique aux Cayes peut paraître dérisoire aux yeux de quelqu’un qui vit dans une autre ville, mais cela est d’une grande importance pour celui qui vivotait dans le noir à chaque fois que la brume du soir recouvre son quartier.

Cela dit, le Conseil de gouvernement souligne que celui-ci n’a toujours pas trouvé d’axe central. Une philosophie pour guider ses actions. Après plus de cinq heures à entendre un projet par-ci, un autre par-là on se noie dans une longue liste d’épicerie.

S’il n’y avait pas Laurent Lamothe qui, de temps à autre, met un mauvais point à ceux qui n’ont pas bien compris qu’il leur faudra atterrir, on se serait cru à l’Ecole des fans.

On construit des stades, mais il n’y a pas de politiques sportives (Daniel Supplice, en peu de mots, a tout dit). Nous avons des compagnies de télécommunications, mais personne ne se préoccupe que le service universel s’étende sur tout le territoire (pas de 3G aux Cayes, se plaint le PM). Chaque ministère veut avoir son petit programme de microcrédit sans un plan global (alors qu’on aurait pu renforcer les programmes existants). Les Cayes vont avoir un hôpital neuf alors que les anciens se meurent. L’aéroport Antoine Simon ne fait pas mille mètres, mais on rêve d’y accueillir des long-courriers venant de France. Un ministre souhaite que la Direction centrale de la police judiciaire délivre des permis à ceux qui décident de changer la couleur de leur peau…

Le Conseil de gouvernement est-il un exercice ouvert au public et de libre expression pour les ministres ? Est-ce des décisions d’Etat qui s’y prennent et des annonces formelles qui y sont faites ? Est-ce un moment de divertissement offert à la population en espérant que personne ne retiendra la somme des promesses faites ?

Pour faire sérieux, le gouvernement devrait écourter la séance et les ministres s’arcbouter au concret, quitte à ce que certains honorables passent leur tour comme aux dominos quand on n’a pas de bon zo à mettre sur la table.

Frantz Duval
Credit: le Nouvelliste

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *