Le bon lecteur

Le bon lecteur entre dans le livre avec un projet en tête. Toute lecture, sans projet, se termine souvent sur peu ; le lecteur ne pige pas grand chose. Quand il fouille un livre, celui-ci cherche à saisir, à cerner la pensée d’un auteur, à pénétrer ses objectifs  et, surtout, à tirer son propre savoir de l’ensemble. « Je sors avec quoi de ma lecture  », se questionne-t-il ? Je dois sortir avec quelque chose : une inquiétude, un dérangement ou ma propre création.

Le bon lecteur démarre sur un principe de base : garder en tête qu’il est co-auteur du livre, aux dires de Roland Barthes ; qu’il doit sortir « win- win » (gagnant –gagnant) dans l’échange avec l’auteur. Tout, dans sa vision, prendra forme de création. Du livre, de son environnement, tout deviendra des éléments pour sa propre créativité.

Le bon lecteur décuple ses facultés de savoir, de comprendre, d’apprendre, de voir grand. Il diversifie ses lectures ; il ne dépose pas tous ses œufs dans le même panier. Il ne lit pas que des œuvres d’auteurs français, de classiques ou d’écrivains connus ou populaires; il cherche à pénétrer la pensée d’autres écrivains; il cherche l’équilibre en son for intérieur: des romans, des contes, des nouvelles, de la poésie, mais aussi des essais, d’autres types d’œuvres: des autobiographies, des biographies, des  philosophies, des livres d’histoire, des livres de science, de neuropsychiatrie; relire également Alexis Carrel, et ces piliers de toujours: Platon, Aristote et, plus près de nous, Alexis de Tocqueville, etc. Ce qui nécessite, de sa part, plus de réflexions, plus d’engagement, voire des questionnements, davantage d’implication.

 D’ailleurs, il s’évalue souvent à la lecture d’un grand nombre de livres : « Qu’est-ce que j’ai retenu de ces bouquins ?» Il faut s’injurier quelque fois ; s’invectiver, se casser la tête pour pénétrer les idées des auteurs lus, comme aussi, en tant que lecteur, se valoriser, s’apprécier. Je ne dois pas subir les idées des écrivains : je dois discuter avec des amis ou, tout bonnement, écrire ce que je pense, ajouter mes propres réflexions. Devenir moi-même aussi un écrivain. La lecture doit me grandir.  « N’est-ce pas que j’ai beaucoup appris de mes incursions dans les livres ? »

Le bon lecteur polémique avec lui-même : ses échanges avec les autres renforcent sa capacité de lire, de comprendre, d’apprendre, d’aller plus loin. De produire lui-même.

En tant que lecteur, je résume ce que je fais avec et dans le livre : je ne lis pas que des romans, mais aussi des biographies, des autobiographies, des essais, de la poésie, des contes, des nouvelles, des écrivains anglais ou américains en texte original, des philosophes, des journalistes pour couvrir l’actualité. Je découpe ces ouvrages, au fil de mes heures de lecture. J’y apprends à lire, à penser,  à écrire, à reformuler mes propres idées,  voire à changer ma vie, à libérer ma propre source d’inspiration.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr

Credit: le Nouvelliste

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *