Grands appétits et petites méchancetés

Les blattes, nos fameux cafards aux grandes ailes et aux longues antennes fureteuses, ont acquis la réputation non usurpée d’aimer se balader dans les plus appétissants plats. Savoir pertinemment qu’elles ne pourront pas tout engloutir ne les a jamais retenues. C’est l’histoire d’un insecte au grand appétit sans les moyens de ses ambitions.

Sans doute sans le faire exprès, faute de tout manger, elles souillent tout de la longue traînée de leur bave.

Le comportement de nos cafards fonde le réputé proverbe haïtien « leu ou paka manje yon manje pito w gate l ».

Dans la vie courante, cette philosophie se pratique sans répit ni dépit dans un pays de mauvais perdants, d’inquiets et de gens pressés. On veut être le premier en tout, le seul, l’unique.

Rares sont ceux qui ont les moyens de leur appétence. Pour y pallier, la conjugaison de la petite méchanceté est devenue une discipline sportive des plus répandues. Chaque jour, nous décrochons des médailles méritées pour avoir fait le croche-pied à une idée trop belle pour être au service de l’autre. Nous sommes d’imparables champions, des experts dans l’art de décider que ce destin envié ou cette réussite imméritée ne peut aller à l’autre.

Nous passons notre temps à monter des embuscades, à dresser des pièges, à médire et à construire des impasses.

D’un autre côté, le mal est infini. L’appétit de cancrelats qui ont faim de tout est immense. Ils veulent, comme nous, le beurre, l’argent du beurre, le lait, la vache et même la laitière. Réaliser la razzia permanente est le rêve absolu de ceux qui ont toujours une revanche à prendre, un compte à solder, des représailles à accomplir, un château de sable à édifier, une idée creuse à fortifier.

Pourquoi laisser à l’autre ce qui ne lui sera pas utile ? Pourquoi ne pas avoir l’essentiel et l’accessoire. Le luxe et le superflu ? Tout et le néant ? Ces questions taraudent jusqu’à l’ulcère les joueurs sans vision, les jusqu’au-boutistes de tous les camps et les assoiffés de pouvoir. Même la plus petite dernière parcelle d’une étincelle les fait frétiller sans fin.

Cette affaire de Conseil électoral provisoire, permanent ou présidentiel est l’illustration parfaite de la collision et de la collusion entre grands appétits et petites méchancetés.

 

Frantz Duval
Credit : le Nouvelliste

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