Le CSPJ continue à se dégarnir, Me Dilia Lemaire rend son tablier

En moins de 24 heures, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est amputé de deux de ses membres. Me Dilia Lemaire a présenté jeudi sa lettre de démission aux organisations de défenses de droits humains qu’elle représentait au CSPJ.

« Ce mois de travail au sein du CSPJ dans lequel vous m’avez désignée me pousse à croire que notre fonctionnement dépendra de la volonté de l’exécutif. Comme juriste, membre d’institutions de défense de droits humains, respectueuse de la loi et de la procédure, ma place n’est pas au sein de ce Conseil », écrit Me Dilia Lemaire dans cette correspondance adressée aux associations des droits humains qui l’ont choisie pour les représenter au CSPJ.

Selon la seule femme qui, jusqu’au 9 août, faisait partie de cette entité, le CSPJ « avec sa présidence actuelle n’est pas l’organe qui rendra au pouvoir judiciaire l’indépendance totale prescrite par la Constitution et en faveur de laquelle le secteur des droits humains a tellement œuvré pour la mise en place. »

Le choix de Me Lemaire de quitter le CSPJ intervient en réaction à la décision du président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et de trois autres membres de l’institution de désigner les personnes devant représenter la plus haute instance judiciaire du pays au sein du CEP, « en violation de l’article 13 de la loi créant le CSPJ, en dépit de la contestation de quatre membres qui ont dénoncé son illégalité. »

Selon elle, Me Anel Alexis Joseph, président du CSPJ, a refusé de manière catégorique et sans appel de prendre en compte  la demande des quatre membres protestataires.

De ce fait, « … je vous informe que, dès la présente, je ne siégerai plus au sein de cette instance », poursuit Dilia Lemaire dans cette correspondance adressée aux organisations de droits humains tout en leur remerciant de l’honneur qu’elles lui ont fait en la désignant comme leur représentant au CSPJ.

Selon le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), nulle personne de caractère n’aurait accepté le comportement du président du CSPJ. « Cette démission ne nous surprend pas. Me Lemaire, que le secteur a désignée au CSPJ, c’est quelqu’un qui respecte la loi. Elle ne saurait être confortable à fonctionner avec des gens qui violent leur propre loi. Le président du CSPJ avait la chance de se ressaisir, mais il ne l’a pas fait, Me Dilia Lemaire a tiré sa révérence », a expliqué Pierre Espérance.

Le responsable du RNDDH continue de demander à Me Anel Alexis Joseph de se ressaisir en reprenant le processus là où le scandale a éclaté, c’est-à-dire en donnant la possibilité de mener une enquête sur les douze personnes avant de choisir trois d’entre elles pour représenter le CSPJ au Conseil électoral permanent.

Selon lui, l’exécutif est en train de vassaliser le CSPJ en l’humiliant. « Parmi les trois noms envoyés au chef de l’Etat par Me Anel Alexis Joseph, il y en a un qui avait déjà été interviewé pour représenter l’exécutif au CEP. Ils sont tous des proches du pouvoir », a dénoncé Me Espérance.

Le secteur des droits humains a effectivement reçu la correspondance de Me Dilia Lemaire, mais ne s’est pas encore prononcé sur sa démission. « Nous allons réagir sur la lettre au cours d’une réunion que nous aurons avec elle la semaine prochaine », a informé Pierre Espérance.

De son côté, le président du CSPJ continue de soutenir la légalité de sa décision de soumettre les noms de Exantus Salnave, Yves Benoît Jn Marie et Patrick R. Métellus à l’exécutif, laquelle dit-il, est le résultat d’un vote.

A ceux qui réclament sa démission à la tête du CSPJ, Me Anel Alexis Joseph leur répond ceci: « C’est votre affaire. Pourquoi dois-je démissionner ? Ils parlent de ce qu’ils ne savent pas. “Yap voye monte’’. »

La démission de Me Dilia Lemaire porte à deux le nombre de membres qui ont quitté le CSPJ à la suite de désaccord avec Me Anel Alexis Joseph. La Fédération des barreaux haïtiens a elle aussi rappelé son représentant, Me Néhémie Joseph,  du CSJP. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est donc amputé de deux membres, n’en comptant à date que sept.

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Credit: Le Nouvelliste

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