L’art et la manière.

Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), très attendu depuis 2007, a donné le ton en choisissant dans une confusion déplorable ses trois membres devant intégrer le CEP. Le coup d’envoi signe une précipitation maladroite.

La présidence, sans un silence gêné –la réprimande n’étant pas permise (le CSPJ est un pouvoir indépendant)-, lui a emboîté le pas. C’est à peine si l’on n’entendait pas murmurer: « On nous réclame l’Etat de droit, nous avons le droit de l’ériger à notre goût ».

Le Parlement, déplorable, mais oh combien indispensable, sans se réunir sur la question, a alimenté le malaise par son incapacité à se décider sur ses représentants. Les élus, pensant ferrer l’exécutif, se sont enfermés dans le piège de la Constitution amendée. Nos honorables cherchent depuis une sortie digne ou l’estocade.

Le Conseil électoral permanent avec six membres a donc pris naissance, après des semaines de palabres, de la plus mauvaise des manières. Avec neuf membres, rien ne dit qu’il sera plus djanm.

Ce n’est pas la cérémonie de ce mardi et le lancement officiel des travaux de ce 17e Conseil électoral qui arrangent le climat, rassurent sur la suite. Nous avons accumulé tellement de retards avec le processus électoral que la sérénité recommande que l’on se hâte lentement.

Que nenni !

Le budget -les frasques qu’il va permettre- est déjà en élaboration. Pour ce qui est du déroulement des élections, on priera les anges et les saints pour qu’elles soient acceptables et acceptées par nos tuteurs. Même contestées, on s’en accommodera, disent déjà les plus farouches sympathisants du mache prese.

Ce ne sera pas le premier vase de brisé dans les salons de l’empereur !  

Cette envie de chacun de contrôler à son tour le Conseil électoral est un péché de naissance de l’institution. Au berceau, le Conseil national de gouvernement (CNG) du général Henry Namphy avait lui aussi tenté le coup. Allait suivre l’opposition au CNG, qui imposera son CEP. On connait la suite.

De tentatives de manipulation en hold-up secs, qu’avons-nous gagné ?

 Des conseillers aux anges aux achetés puis perdus et aux indépendants farouches, chaque Conseil, depuis 1987, nous a conduit dans une impasse où la nation se fait dépouiller d’un peu de sa dignité, de sa souveraineté, de son dwa granmoun… Les élus à tous les postes passent, le bilan est le même. Catastrophique.

Maîtriser l’art et la manière d’organiser des élections nous rebute. Les combinaisons et les raccourcis séduisent.

Au passage, les principales institutions de la République, les Eglises comme les associations, se sont discréditées de CEP en CEP.

Il n’y a pas assez de lampes pour éclairer dans le choix d’un nombre suffisant de conseillers pour faire de la machine électorale une institution. Un ou deux conseillers exemplaires assiégés par des amorphes ou, pire, des mangeurs d’illusions, voilà la photo de famille des CEP, depuis 1987.

Michel Martelly et Laurent Lamothe viennent de mettre en jeu leur place dans l’histoire, la petite, avec ce CEP. Que la chance les accompagne, l’art et la manière souffrent déjà de nombreux handicaps.

Frantz Duval

Credit: le Nouvelliste

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