Le CEP installé, communauté internationale absente.

Les ambassadeurs, conseillers techniques étrangers, sont en général si présents que leur absence ne peut ne pas être remarquée. Comme de fait, ils étaient ailleurs, loin de cette salle de conférence où les membres du Conseil électoral permanent ont été installés.

Un petit coup de balai par-ci, un petit coup de balai par-là, et le tour est joué. Comme neuve, ou presque, la salle de conférence de l’institution électorale accueille à nouveau, le temps de la cérémonie officielle d’installation de six des neuf membres de ce Conseil électoral permanent, le mardi 21 août 2012. Comme au sauna, des ministres, des avocats, des magistrats, des dames du protocole y suent. Les vestes sont trempées. Pas celles des diplomates. Ils ne se mouillent pas. Ils  brillent  par leur absence.

Sans être cité, Gaillot Dorsinvil, Houdini de la magouille, est pourtant là, présent dans les têtes. Dans celle de Gabrielle Hyacinthe, directrice générale du CEP, entre autres. Sur les mauvaises pratiques, il faut tirer un trait. L’objectif, « rétablir la confiance des citoyens dans le CEP », indique Hyacinthe qui place la barre très haut. Beaucoup sera demandé à ce CEP et très peu lui sera pardonné, reconnaît Gabrielle Hyacinthe, solennelle dans ses promesses aux acteurs politiques et au peuple haïtien de réaliser  des élections crédibles, transparentes, sans exclusion, sans exclusive.

La remplaçante de Pierre-Louis Opont souligne le caractère historique de cette cérémonie.  Le ministre de la Justice, Jean Renel Sanon,  emboîte le pas à Mme Hyacinthe. « Il  y a des moments de l’histoire qui s’inscrivent d’emblée dans la mémoire des hommes, sans attendre le tracé des moments ni la sinuosité des phrases, parce que ceux qui les vivent sont élevés d’un coup au rang d’historiens de leur communauté », confie le ministre, heureux de vivre ces moments aux côtés du président Michel Joseph Martelly. Cette cérémonie vécue aussi par l’avocat comme un moment fort dans la construction de l’Etat de droit et  de la démocratie « empoigne l’avenir ». « Nous ne misons pas aujourd’hui sur une courte période, nous n’escomptons pas sur le transitoire. Nous nous engageons dans le temps, nous empoignons l’avenir, nous construisons le permanent d’une société stable, confiante en elle-même, assurée de ses valeurs et résolument décidée à édifier des institutions démocratiques et libérales tournées vers le progrès et la participation de tous les fils et filles d’Haïti pour un avenir meilleur », indique le ministre de la Justice, tout de go dans un petit rappel des vertus de la transparence, surtout dans l’organisation des scrutins, véritables poudrières dans l’Haïti d’avant, comme d’après la dictature des Duvalier. « C’est cette transparence que nous attendons de vous », lance-t-il aux conseillers électoraux, sans faire l’économie d’indiquer que le chef de l’Etat s’attache au bon fonctionnement des institutions de manière désintéressée et par pur patriotisme.  « Je sais quelle attention particulière le président de la République, S.E Michel Joseph Martelly, prête au bon fonctionnement du Conseil électoral permanent. Ce n’est pas, en vérité, une attention politique, comme s’il souhaiterait en tirer un quelconque avantage politique personnel », soutient Me Sanon, croyant qu’à l’avenir, hommage sera rendu à Martelly pour son action.

Jugez sur les actes

Du temps, Me Josué Pierre-Louis, représentant de l’exécutif au CEP, en demande pour faire taire ses pourfendeurs. « Ceux qui critiquent regarderont les résultats du CEP, et  c’est à ce moment-là que leur interrogation apparaîtra  valide ou non », croit le juriste, ex-ministre de la Justice, contraint à la démission après avoir ordonné, selon des parlementaires, l’arrestation d’Arnel Bélizaire, un député en fonction. Promettant lui aussi des « élections réellement libres, impartiales, transparentes et démocratiques », Pierre-Louis  renchérit, insiste : « Le Conseil électoral permanent est une institution indépendante et les  conseillers électoraux  travailleront en toute indépendance et impartialité dans la transparence et au nom de la vérité. »

L’avocat, pressenti pour présider le nouveau Conseil, revient sur la méfiance à l’égard des institutions électorales. « Nous comprenons les inquiétudes et les réticences de ceux qui ont été traumatisés par les expériences malheureuses du passé sur les questions électorales. Mais aujourd’hui, je leur donne et nous leur donnons la garantie formelle qu’ils ne seront pas déçus  et que les mauvaises expériences d’autrefois ne se renouvelleront plus », indique Me Josué Pierre-Louis, embarqué dans des appels du pied et des mains aux acteurs indispensables à la tenue des élections.

« Nous remercions d’ores et déjà les partis politiques, les candidats aux prochaines joutes, les électeurs, le peuple haïtien en général et nos amis de la communauté internationale de la contribution qu’ils ne manqueront certainement pas d’apporter à chacun de nous en vue de la réussite de notre mandat, au bénéfice de la pleine réussite de notre mission, au bénéfice de la patrie commune et dans l’intérêt de la démocratie », déclare Me Pierre-Louis, porte-parole pour l’occasion de ses pairs Yves Benoît Jean Marie, Patrick Métellus, Salnave Exantus, Gustave Acacia, Reynaldo Brunet.

Fronde comme réponse

A l’appel de Josué Pierre-Louis, onze partis politiques et plateformes répondent. Pas à lui directement mais à son ex-patron, le président Michel Joseph Martelly. Ces partis politiques et plateformes dont PNDPH, KID, MRN, PLB, PEP/LIBERATION, Libération, MOCHRENA, PNCH, PLH, MNP -28, demandent au chef de l’Etat de « geler la mise en œuvre de l’arrêté présidentiel un Conseil électoral à six conseillers, en violation de la Constitution ». Ces structures politiques appellent Martelly à « passer en urgence à l’établissement ,par consensus, d’un Conseil électoral provisoire de transition ». Dans cette même communication, les signataires, Turneb Delpé, Evans Paul, Omar Garat, Anès Lubin, Dubique Claude, Jean-Louis Serge, Mathieu Petit Frère, Docteur Rénold J.C Bazin, Armand Sanon, Jean André Victor, Déjean Bélizaire font une esquisse peu flatteuse du chef de l’Etat, en revenant sur des passifs encombrants de 15 mois de cette administration.

Cependant, rien n’indique que cette demande des partis politiques sera considérée par Martelly, qui met le cap sur les élections. Cette mission confiée à Me Josué Pierre-Louis et compagnie qui gagent de bien faire. En clair, pas comme Gaillot Dorsinvil.  Mais comme Gaillot Dorsinvil, selon les opposants à Tèt Kale. Dans cette chicane inter-haïtienne, chaque geste du Blanc est épié. Carte en main, avec un œil rivé sur la salle de conférence du CEP. Un sauna et parfois carrément un chaudron…

 

Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com
Credit: le Nouvelliste

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