Sur le podium de la déraison

 L’Ecole sportive est une Institution où l’on cultive les bonnes manières et le dépassement de soi. Exploitons cette source pour le redressement du Sport national’’.  Lancé sur les ondes en 1988, ce spot de motivation n’a pas récolté le résultat escompté ; parce que, de cette date à nos jours, le torrentiel courant antisportif a emporté les bonnes manières, tout en réduisant considérablement le champ d’action des serviteurs du Sport.
Sur la’’ tribune de la déraison’’ se distinguent particulièrement des ‘’ flatteurs de grand chemin ‘’ qui alimentent la confusion dans les couloirs sombres, pour masquer les responsables irresponsables qui ne connaissent pas le prix de l’honneur et de la dignité. Dans ce contexte, le dépassement de soi se transforme en un canal incapable d’arroser même 1/10 du territoire sportif national. Et notre sol, à ce niveau, ne cesse d’accuser les effets de la sécheresse qui affecte les relations humaines. Sur la galerie de sa dernière demeure, l’immortelle Micheline Soucar, l’une des plus belles voix féminines de l’histoire de la radiodiffusion en  Haïti, regrette peut-être d’avoir exploité son talent dans l’exécution de ce spot de motivation, pour démontrer la grandeur et la noblesse de l’école sportive.
A la fin du 20è siècle chez nous, les Haïtiens ont vécu une décade de ‘’bamboche sportivo-machiavélique ‘’. Au cours de cette orageuse période marquée par de  regrettables scènes   ‘’d’antisportivité débridée’’, on a enregistré une campagne de conscientisation sportive sévèrement sanctionnée dans les réunions obscures et même sur certaines places publiques. Sans tenir compte des appels à la retenue lancés par des compatriotes lucides qui constituent la minorité sur ce territoire, certains acteurs ont même trainé ce drame sportif sur le ‘’ boulevard de la politicaillerie’’. Aujourd’hui encore, un petit groupe de courageux essaie de se faufiler au milieu d’une ‘’ circulation zigzagante’’ où se détachent des dérangeurs, des ‘’brideurs’’, des dérailleurs, des ‘’déviateurs’’, des briseurs de rêves etc. En dépit de tout, les croyants doivent s’accrocher à la foi, puisque c’est dans ces genres d’épreuves qu’on reconnait les vrais combattants. Sur cette scène glissante, les sportifs équilibrés doivent épauler ceux qui ressemblent à des figurants ou des ‘’soldats sans armes déshabillés par la conjoncture ‘’.  
Dans cette période sensible de la vie sportive nationale, la recherche d’une franche concertation s’impose, aujourd’hui plus qu’hier. Sur cette voie marécageuse, ce sont les sportifs psychologiquement très forts qui sont en mesure de secouer les résignés. Surtout lorsque certains profitent de la moindre occasion pour renforcer les couloirs de la déraison, en envoyant la balle sur le terrain de l’absurde et de la démagogie. A ce niveau, il faut être malin et demi pour éviter les pièges tendus ici et là par les ‘’ prophètes de la discorde’’ et leurs disciples. Cette rubrique rappelle que les privilèges sont frivoles depuis que le monde est monde. Un jour ou l’autre, la déraison se retrouvera dans l’obligation de quitter le podium…

Raymond Jean-Louis
Credit: le Nouvelliste

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