Pourquoi y a-t-il tant de pauvres en Haïti?

Pourquoi y a-t-il tant de pauvres en Haïti ? C’est à cette question délicate et sensible que l’excellentissime professeur et talentueux chroniqueur Patrice Dumont (Pépé), homme politique et historien, a tenté de répondre ce mardi 21 août 2012 dans le cadre de ce nouveau numéro de Café-Philo, espace de rencontres, de débats et de discussions sur des sujets très variés, les uns plus intéressants que les autres, animé par mon ami le philosophe et spiritualiste Ralph Jean Baptiste.

Cette épineuse question qui n’est pas, de toute façon, sans incidence sur l’orientation de la formation sociale, politique et intellectuelle d’Haïti, n’a pas été traitée à la légère. Elle a même suscité nombre de commentaires et de réactions du public très  avisé du Café. Un public en grande partie composé de jeunes avides de discussions, de connaissances. Etaient aussi présents des étudiants, des professeurs et des chercheurs qui constituent la nouvelle génération de penseurs et d’intellectuels du pays.

C’est plus qu’intéressant de participer à une telle activité, d’autant qu’aujourd’hui on assiste à une forme de banalisation du savoir sous toutes ses formes. C’est une option (astucieuse) ou logique bien calculée, nous dit, sans langue de bois, le professeur Dumont, puisque liée à cette volonté de maintenir une certaine catégorie ou frange de la société haïtienne dans un état de pauvreté extrême et certaine. La pauvreté ici englobe également et particulièrement le non-accès au savoir, à la culture, véritable moteur de transformation et de perfectionnement de l’être humain.

En effet,la question de la pauvreté en Haïti, indique Dumont, est liée à l’histoire. A la formation sociale haïtienne entreprise au lendemain de la guerre de l’indépendance. C’est une continuité des formes et des modes de pensée des colons. En d’autres termes, la réédition de la société esclavagiste, pour utiliser les propres termes du professeur. Une affaire de lutte des classes, pour répéter les auteurs du ‘‘Manifeste du parti communiste’’ qui, dans les premières pages de l’ouvrage, ont fait savoir que l’histoire de toute société est celle des luttes de classes. D’ailleurs, c’est ce qui fait avancer les sociétés. Cependant, elles sont si criantes dans la nôtre qu’on serait en droit de se demander si on n’est pas l’exception qui confirme la règle.

Ceux qui ont écrit l’histoire d’Haïti –les historiens et bon nombre de professeurs d’histoire- soutient Dumont, lui-même historien et professeur d’histoire, prennent un malin plaisir à maquiller certains faits de peur de ne pas révéler des vérités à la population. A l’exception de Madiou et Manigat qui ont su faire un effort pour être plus près de l’histoire. Il souligne que l’économie haïtienne n’a été, après l’indépendance, qu’une économie de subsistance. Elle ne pouvait aucunement permettre à la population de se renouveler –entendez par là se reproduire, pour utiliser un terme marxiste plutôt à la mode- vu qu’il n’existait à l’époque qu’un budget de guerre. Il a fallu attendre la signature du Concordat de 1860 pour qu’elle ait un moment de répit.

Toutefois, des décisions prises par des gouvernements, toujours selon Pépé, ont eu des conséquences tout aussi considérables sur notre économie. Citons entre autres le morcellement des terres distribuées aux membres de l’armée et autres dignitaires (par Pétion surtout) –ce qui a débouché sur la petite propriété- et le versement par Boyer d’une indemnité de 150 millions francs or pour la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France qui sont deux éléments majeurs de cette pauvreté.  Aujourd’hui, les trois quarts des richesses de ce pays sont régulés et contrôlés par un petit groupe minoritaire mais très puissant et influent sur la scène politique.

Pourquoi y a-t-il tant de pauvres en Haïti ? La réponse remonte, en grande partie, à l’histoire, aux dires de Dumont. Avec un exposé très concis, méthodique, clair et précis, il a eu le pari d’attirer et de capter l’attention de toute l’assistance et même de la petite famille du Popeye’s Chicken Fried qui alimente le public en boissons et dégustations. L’exposé a été exquis. Le public conquis. Content et satisfait.

 Dieulermesson Petit-Frère, MA

Credit : Le Nouvelliste

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