Reconstruire sa bicoque après Isaac

 Claude Bernard Sérant serantclaudbernard@yahoo.fr
Aussitôt que la tempête tropicale Isaac s’est retirée du territoire d’Haïti, Djena a mobilisé sa troupe. Tout le monde s’est remis au travail. Avant la tombée de la nuit, la bicoque doit être debout à nouveau à côté des autres taudis rafistolés du bidonville au bas de la route de Bourdon.

« Pendant la tempête, si j’étais en train de dormir, je serais morte », a confié Djena Mémé, une jeune femme de 28 ans, originaire de Port-Salut. Victime du tremblement de terre du 12 janvier 2010, la maison dans laquelle elle vivait avec sa tante, ses neveux et nièces s’est effondrée. Chacun, depuis lors, a fait sa route. Elle s’était résignée à construire une maison de bricoles au bas de la route de Bourdon.

Aux environs de deux heures du matin, dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 août, un cocotier, vaincu par les rafales de vents qui accompagnaient la tempête Isaac, est tombé sur la petite maison rafistolée avec des tôles, des planches et des bâches que des ONG avaient offertes à Djena après le séisme.

Compter sur soi-même

Tôt dans la matinée de samedi, Djena, ses deux frères, sa soeur et un jeune voisin se remettaient à reconstruire la petite cahute avec les matériaux du bord. « Je suis obligée de ramasser des bouts de planche, des morceaux de carton et de plastique pour reconstruire ma maison, sinon je serai dans la rue », dit la jeune fille sans emploi qui vit sur le compte des bons samaritains du vaste bidonville qui s’ouvre au bas de la route de Bourdon.

« Lorsque ma petite chambre s’est effondrée, je suis allée frapper avec ma soeur et mes deux frères à la porte de plusieurs personnes. A la fin, quelqu’un nous a recueillis », dit-elle, louant le Seigneur d’être en vie alors que le bilan partiel de la Direction de la protection civile (DPC) fait était de 19 morts et d’importants dégâts matériels enregistrés à travers le pays.

Fritzner, l’un des jeunes frères, s’est tapé un coup de marteau sur le pouce en essayant d’enfoncer un clou dans les planches.  Malgré cet hématome sous-unguéal, il poursuit sa tâche. Chacun fait ce qu’il peut pour faire avancer les travaux. Avant la tombée de la nuit, le toit doit être prêt pour accueillir ses jeunes Port-Salutains qui viennent chercher de meilleures conditions de vie à Port-au-Prince.

Pendant toute la journée, ces jeunes arracheront des clous de vieux bouts de planche traînant sur le sol pour construire un toit qui abritera leur misère. En effet, ils ont réussi ce tour de force en un jour en comptant sur eux-mêmes. L’abri, habillé de bâches grises estampillées de logo d’une ONG américaine, se dresse à nouveau, sous de verts feuillages, fragile aux intempéries.

Claude Bernard Sérant serantclaudbernard@yahoo.fr
Credit: Le Nouvelliste

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