Ralph Condé, pour le respect des aînés

L’exceptionnel Ralph Condé a signé, le mercredi 29 août 2012, son quatrième album solo titré « Respè » à Garden Studio, la nouvelle coqueluche de la rue Grégoire, à Pétion-Ville. Ce dernier opus se veut un hommage bien mérité aux monstres du compas qui ont marqué toute l’histoire de la musique haïtienne durant ces trente dernières années.

Le talentueux guitariste vedette de la formation musicale Nu-Look, sinon l’un des meilleurs de la nouvelle génération, a transformé les salons du Garden encombrés de divans chics en une soirée chaude, bien moussée et inoubliable. Un public timide composé de musiciens, d’animateurs de radio et de télé a vogué à travers l’univers musical de Ralph.

Le premier plat a été servi par notre rocker haïtien, Yohann Doré, fils du réalisateur Joe Doré. Ce leune leader d’un mouvement musical jusqu’ici incompris du public haïtien nous a encore une fois impressionnés par son talent et son style qui n’ont rien à envier aux autres musiciens de sa génération. Avec sa voix unique secondée des cordes magiques de sa guitare, il a interprété plusieurs titres gravés sur son tout premier disque, « Ayiti men rock ».

11 h 30. Un entracte d’une dizaine de minutes laisserait deviner qu’on est prêt à assister à un beau spectacle. Entre-temps, on rit entre copains et amis. Les verres, à moitié remplis du rhum des connaisseurs, se trinquent. Jusqu’au moment où Ralph, simple, sympa et élégant, entraîne les spectateurs avec sa première interprétation, une composition de Skah Shah #1 titrée « Haïti » dans une ambiance surchauffée. Les spectateurs, visiblement friands de bonne musique, s’en sont délectés. Cette soirée s’est fait l’écho des notes enivrantes de sa guitare qui rappellent non seulement « Papach », mais les heures de gloire qu’a connues la musique haïtienne ici comme ailleurs.

Sur scène avec Ralph, des musiciens connus et respectés de l’industrie musicale en Haïti (le bassiste de Tabou Combo, Yves Albert Abel ; le batteur Ruddy Nau, fils de Herman Nau ; le tambourineur Serge Laguerre, Sergo ; Robert Martino ; sans oublier le pianiste Edgar Grand-Pierre) ont amusé le public avec des titres comme « Tu peux mettre » de l’immortel Coupé Cloué, « Bebe Paramount » de Tabou Combo, « Bouki ak Malice ».

Cette soirée a été aussi l’occasion de découvrir un jeune musicien qui, jusqu’ici, était dans l’ombre : le keybordiste Pascal, originaire de Ouanaminthe. Un moment haletant, où le public a pu apprécier ce talent qui se confirme et qu’il faut suivre de près.

Cette vente-signature, reportée à cause de la tempête Isaac, s’est déroulée dans une ambiance chaleureuse, un air de famille. Les lèvres des spectateurs suspendus aux derniers mots de Ralph semblent encore dire : « Si tu t’en vas, je ne pourrai plus chanter. » Mais il promet de revenir dans nos murs bientôt.

« Respè », une conception différente de la musique

Ralph est à son quatrième album solo. Ce véritable coup de maître est salué tant par les professionnels de la musique que par les aimateurs de médias. Cet album quasiment en version instrumentale comprend dix titres. Un opus qui se veut un hommage à l’ancienne génération. Mais le projet était surtout d’inviter le public en général à apprécier la qualité d’une bonne musique de par sa conception et de son approche artistique. Cet album est révélateur d’un Condé plus créatif, en quête de nouveauté et désireux d’offrir au public haïtien un bien meilleur produit. On y retrouve des interprétations comme « Latibonit-ô » et « La vie musicien » en version salsa.  Plusieurs autres artsites ont participé à sa réalisation comme Tico Pasquet, T-Fanfan, François Sergo Décius, Ralph Blanchard, Touko Bouzie et Dadou Pasquet. Des sonorités qui dévoilent le nec plus ultra du konpa, et qui présentent même un bel aspect de la musique latine. La démarche artistique de Ralph Condé traduit son intention de ne plus vouloir se limiter au kompa. Son dessein est de s’ouvrir au monde pour qu’enfin la musique haïtienne devienne une référence en matière musicale dans la Caraïbe, les pays latino-américains… comme c’était le cas dans les années 70-80.

Rosny ladouceur rosnyladouceur@gmail.com ladouceur@lenouvelliste.com
Credit: Le Nouvelliste

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