Comment vendre Haïti aux touristes ?

Vendre Haïti comme destination touristique est une tâche difficile. Pourtant c’est ce défi que s’est fixée la ministre du Tourisme, Stéphanie Balmir Villedrouin. Elle se donne deux années pour faire revenir les touristes dans la partie ouest de l’île d’Hispaniola. Durant son passage cette semaine à Montréal (Canada), elle a partagé avec de potentiels investisseurs, d’importantes personnalités du gouvernement québécois et divers opérateurs du secteur des voyages québécois ses arguments. Un exposé assez convaincant.

30 août 2012, six heures passées, Stéphanie Balmir Villedrouin fait son entrée dans la salle Cartier A  de l’hôtel Delta au centre-ville de Montréal. Sobrement vêtue, elle fait un petit tour de la salle pour saluer personnellement, avec un grand sourire, chaque personne présente. La conférence est  introduite par le consul général, Justin Viard, suivi de l’ambassadeur d’Haïti à Ottawa, Frantz Liautaud. Ce dernier donne rapidement la parole à celle qu’il appelle la meilleure ambassadrice du tourisme d’Haïti.

Avec une aisance d’enseignante, la jeune ministre explique point par point les différents aspects de son plan pour remettre Haïti sur la carte touristique internationale. Pas de grand discours. Pas de vœux pieux ni de souhait à faire rêver. Elle expose ce qui ressemble à un projet modeste bien pensé et bien rodé qui fait de la quête de la manne touristique un jeu de marelle où le gouvernement et les divers acteurs impliqués gravissent chaque échelon un à un avant d’arriver au paradis.

Dans la bouche de la ministre du Tourisme, le slogan gouvernemental « Haiti is open for business » sonne comme une promesse et un objectif à atteindre. Promesse de créer un environnement propice aux investissements locaux et étrangers, objectif  de créer un label Haïti différent et attrayant. Dans cette optique, plusieurs actions sont menées en parallèle : la formation des cadres et personnels qui seront impliqués dans l’administration de cette industrie à faire renaître, la valorisation et la restauration des sites touristiques ainsi que la mise en place d’infrastructures pour faciliter l’arrivée, l’hébergement et le déplacement des touristes sans oublier les activités de promotion.

Au Québec, des contacts étroits ont été établis avec la Tour Mont Royal, le principal opérateur qui canalisait la clientèle québécoise vers Haïti avant les années 80, pour définir le produit Haïti à offrir dès l’hiver 2013. Celui-ci s’articulera autour de trois points : les plages, la culture et l’hospitalité. Ce vendredi matin, la ministre Balmir Villedrouin devait rencontrer le grand patron d’Air Transat pour discuter des possibilités de rendre plus accessibles les billets d’avion de la compagnie aérienne en Haïti. Elle promet d’annoncer de bonnes nouvelles bientôt.

Une alliance stratégique a déjà été faite avec l’Institut du tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) pour l’élaboration d’un nouveau curriculum en collaboration avec l’Université du Québec à Montréal et le College Montmorency, un établissement d’enseignement post-secondaire dans le système éducatif québécois. Un partenariat est également établi avec l’Université Mc Gill pour la mise en place de programmes de langues. Un campus hôtelier occupera dès janvier une ancienne base de la Minustah dans le département du Sud en bénéficiant des infrastructures qui y avaient été construites.

Selon la ministre du Tourisme, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de tourisme en Haïti si l’on s’en tient aux critères de l’objectif de la visite et du nombre de jours passés dans la destination, cependant, il n’y a pas de tourisme de loisir. Or c’est un secteur qui draine dans son sillage des devises chiffrées en millions de dollars, stimule l’économie et crée des emplois durables. Son plan tel que proposé serait pourvoyeur de 10 000 emplois directs.

Trois régions sont concernées par le projet du ministère du Tourisme. Identifiées sous la dénomination de zones de développement touristique intégré, il s’agit d’une partie de la région du Nord, la Côte des Arcadins et la côte méridionale.

Dans le Nord, il est prévu un circuit touristique intégrant Labadie, la  Citadelle, la communauté de Milot et le centre historique du Cap-Haïtien. De plus, un projet d’aménagement de 1,5 km de plage à Chouchou Bay est prévu pour 2014 avec la compagnie mexicaine Fonatour qui a développé un nombre considérable de stations balnéaires au Mexique. Le gouvernement table sur un retour au pays d’environ 20 % des 600 000 croisiéristes qui seront conquis par les charmes de la plage de Labadie. Un nouveau débarcadère est prévu à l’Acul pour faciliter les déplacements

Dans le département de l’Ouest, la priorité est accordée à la Côte des Arcadins et aux excursions vers Saut-d’Eau et ses magnifiques chutes ainsi que le fort Drouet, joyau de la période coloniale redécouvert récemment. Furcy, Belo, Vallue et Seguin se prêteront au tourisme de montagne et à l’agro-tourisme.

Sur la côte sud, les charmes de Jacmel seront exploités pour en faire une destination culturelle et artistique de premier choix avec des investissements de l’ordre de 40 millions de dollars du gouvernement haïtien. L’hôtel la Jacmélienne a ainsi été acheté par l’Etat pour être reconstruit avec une capacité de 40 chambres. Une grande avenue bordant la mer est prévue ainsi que la construction d’un grand amphithéâtre et d’un centre de convention d’une capacité de 800 personnes.  Il ne manque pas d’attractions naturelles dans le département du Sud-Est, comme le Bassin bleu, le Moulin Price ainsi que les plages Ti Mouillage et Raymond les Bains qui seront réhabilités,.

Dans le département du Sud, la plage de la baie de Losandieux sera aménagée sur une dizaine de kilomètres environ. Un projet de villas est prévu à Port-Salut. La clientèle visée est particulièrement les retraités haïtiens de la diaspora. Le circuit dans le sud pourra mener le touriste au Pic Macaya, au Jardin botanique ou dans les champs de vétiver, dont Haïti est le premier producteur au monde.

Des aéroports dans ces trois régions devront faciliter les déplacements. Le Cap-Haïtien bénéficiera d’un aéroport international, Jacmel d’infrastructures aéroportuaires pouvant accueillir des transporteurs  de 70 à 120 places tandis qu’aux Cayes, l’aéroport pourra recevoir des appareils de plus grandes capacités. Au niveau de l’hébergement, d’ici l’année prochaine la capacité d’accueil des hôtels en Haïti devrait doubler – environ 3.000 chambres, soit 1 250 chambres additionnelles.

A en croire la ministre, tous les prérequis nécessaires pour faire passer Haïti en classe supérieure seront respectés. Il n’est pas question de brûler les étapes. A la formation, la construction d’infrastructure, la mise à niveau des installations actuelles et les activités de marketing et de promotion de la nouvelle destination, s’ajouteront des incitatifs à l’intention des investisseurs potentiels : exonération entre 8 à 15 ans sur l’impôt sur le revenu, exonération de taxe, franchise sur importation de matériel servant à lancer les projets touristiques sont autant de mesures qui seront mises en œuvre.

Cependant la plus grande garantie que Madame Tourisme Haïti a apporté  est la création d’un conseil consultatif sur le tourisme, composé en majorité de membres du secteur privé, lequel aura pour mission d’assurer le suivi du plan actuel et de s’en porter garant quelque soit le régime politique en place en Haïti.

A la fin de l’exposé de la ministre, l’on se demande ce qui pourrait empêcher à ce projet de prendre son envol tellement les propos ont été simples, les moyens envisagés clairs et les résultats attendus plausibles. Pour faire plus simple, dans deux ou trois ans, un touriste nord-américain normal consultera un site internet ou son agence de voyage pour se faire proposer un tout-inclus en Haïti ou le réclamer. Il débarquera dans l’un des aéroports internationaux. Il sera dirigé vers sa destination sans encombre dans un environnement au moins propre et sécuritaire. Il s’amusera. Il fera des découvertes intéressantes qu’il postera sur Facebook. A son retour, il partagera ses expériences et provoquera l’enthousiasme ou la jalousie chez  d’autres compatriotes qui voudront faire la même expérience à la première occasion.

C’est ce simple enchaînement d’actions de la part d’un, de dizaines, de milliers, puis de millions de touristes (pourquoi pas !) qui nécessite autant de travail, d’investissements et de négociations. Stéphanie Balmir Villedrouin compte sur les stars et les gros bonnets du monde pour donner l’exemple en venant passer leurs vacances, se marier ou faire leurs voyages de noces en Haïti. Selon elle, le fait de venir en Haïti pour des questions humanitaires n’aidera pas nécessairement à changer la perception négative dont le pays fait l’objet à l’étranger.

La ministre du Tourisme est à sa deuxième visite à Montréal. Elle devrait dévoiler la version définitive du projet de développement touristique d’Haïti au 3e forum d’affaires Québec-Haïti organisé par Incas Productions, qui a coordonné cette visite de concert avec les autorités haïtiennes. Cette troisième édition du forum  devrait avoir lieu en Haïti. Selon Nancy Roc, P.D.G. d’Incas Productions, il n’y a pas un meilleur endroit pour organiser cette grande rencontre qui permet notamment de vendre aux investisseurs du Québec le marché haïtien. Un nouveau pas aura été franchi dans cette « grande traversée » pour remettre Haïti à la mode sur le marché touristique.

 Hugo Merveille Montréal, le 31 août 2012 humerveille@yahoo.fr

Credit: Le Nouvelliste

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