Martelly courtise les étudiants de l’UEH

Valéry DAUDIER vdaudier@lenouvelliste.com
A partir de la prochaine année académique, chaque étudiant de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) recevra annuellement une allocation de 18 000 gourdes de l’Etat haïtien, a fait savoir le président Michel Martelly après une journée de causerie avec des étudiants de l’UEH, au palais municipal de Delmas. Le chef de l’Etat a annoncé des jours meilleurs pour les étudiants en créant, entre autres, un bureau d’appui pour encadrer ceux d’entre eux qui préparent leur mémoire de sortie.

Mercredi 12 août, 9h 50 a.m. Différentes unités de la police nationale sont déjà sur place dans les parages du palais municipal de Delmas. 20 minutes après, un véhicule des agents du Swat Team (une unité de la police rarement remarquée dans les rues) vient stationner à quelques mètres dudit palais construit par le maire Wilson Jeudy. A la barrière, des agents de sécurité de la mairie s’occupent de l’identité des différents visiteurs. En tenue protocolaire pour la plupart, ils sont des étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti. Ils étudient en grande majorité dans les universités publiques des villes de province. Le but de leur présence : ils ont été invités par le chef de l’Etat pour discuter des différents problèmes de l’UEH et les solutions à y apporter. Ils sont conduits vers la salle de conférence.

La presse est fortement mobilisée. L’événement sera même diffusé en direct par deux chaînes de télévision. Les minutes s’égrènent. Des journalistes sont impatients. Des étudiants continuent d’arriver, mais la salle est déjà remplie.

Un quart d’heure après, les anciens sénateurs Youri Latortue et Joseph Lambert, tous deux conseillers du président, marquent leur présence dans la salle. Des jeunes filles qui, apparemment, étudient à l’université publique des Gonaïves se font prendre en photo avec l’ancien sénateur de l’Artibonite. L’homme fort du Sud-Est, a droit, lui aussi, à quelques clichés avec des jeunes de sa région.

11h. Le président n’est toujours pas arrivé. Près de 30 minutes après, un cadre du Palais national confie qu’il sera là dans quelques instants. Effectivement, Michel Martelly, en chemise bleu ciel, est arrivé. Il est accompagné, entre autres, des ministres de l’Education nationale, de la Culture, du Commerce, des Finances et de la Communication.

Dans ses premiers mots de circonstance, le président se félicite de participer à une telle rencontre pour débattre les problèmes auxquels est confrontée l’UEH. « En inscrivant l’éducation au rang des priorités des pouvoirs publics, je veux offrir à la génération montante les moyens leur permettant de mieux s’insérer dans la société de demain. Je crois qu’il est important aussi de mettre l’accent sur l’enseignement supérieur en envoyant un signal clair à la jeunesse universitaire », indique Michel Martelly.

« Je suis persuadé que l’Etat a pour devoir de contribuer significativement à la formation des élites dont la nation a besoin pour assurer son avenir », dit-il.  « A partir de l’année prochaine, l’Etat va augmenter la part du budget consacré à l’enseignement supérieur », assure le président Michel Martelly.

Son administration, souligne le président, encourage la participation et entend faire émerger significativement  des pôles d’excellence universitaire dans le pays. « A ce titre, je plaide pour la création de quatre pôles : Grand Nord (Campus de Limonade), Grand Sud, Centre et l’Ouest. Des fonds seront mobilisés pour commencer les études du campus de l’Ouest », promet Michel Martelly.

A la rentrée parlementaire en janvier 2013, confie-t-il, huit avant-projets de loi pour la modernisation du secteur de l’éducation seront déposés au Parlement. Trois de ces huit textes ont rapport avec l’enseignement supérieur, notamment : l’avant-projet de loi portant organisation de l’enseignement supérieur ; l’avant-projet de loi portant création d’une agence nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique  et l’avant-projet de loi réformant l’Université d’Etat d’Haïti.

« Au cours de ces 25 dernières années, la faiblesse des structures de gouvernance a facilité la création de 200 institutions d’enseignement supérieur qui n’ont pas rempli toutes les conditions requises pour délivrer des diplômes d’enseignement supérieur, déplore le président de la République. Je veux la normalisation de cette situation. »

Son allocution terminée, la parole maintenant aux étudiants. Place aux doléances. Rien de nouveau sous le soleil. Les mêmes problèmes : infrastructures physiques, laboratoires, bibliothèques, transports…Comme le font les parlementaires au cours des rencontres avec un Premier ministre qui présente la déclaration de sa politique générale, les étudiants posent les problèmes de l’université de leurs régions respectives.

Certains étudiants déçoivent par la qualité de leur intervention en passant à côté du sujet principal ou en posant des problèmes banals, d’autres parlent sans langue de bois. La salle est de plus en plus bouillonnante. Un groupe d’étudiants, assis au fond de la salle, commencent à lancer des propos critiques à l’encontre des ministres de la Culture, Mario Dupuy (ancien porte-parole du président Jean-Bertrand Aristide), et du Commerce, Wilson Laleau (ex-vice-recteur aux affaires académiques de l’Université d’Etat d’Haïti).

Des étudiants continuent de faire part de leurs doléances. A certains moments, l’événement prend l’allure d’une vraie pièce de comédie. Par son humour, le président participe en bon acteur à cette séance.

6h25 p.m. L’événement doit prendre fin. Le Premier ministre Laurent Lamothe vient retrouver le président. M. Lamothe donne l’assurance aux étudiants que « son gouvernement travaille pour eux ». Il se félicite d’ailleurs que le gouvernement soit composé de beaucoup de jeunes. « Je suis le deuxième Premier ministre le plus jeune au monde », se réjouit Laurent Lamothe.

Après avoir écouté les différentes interventions, le chef de l’Etat, de son côté, décide de prendre une résolution visant à apporter des solutions aux différents problèmes soulevés par les étudiants. « Une bourse de dix-huit mille gourdes sera octroyée à chacun des vingt-deux mille étudiants (régulièrement inscrit et muni d’une carte d’étudiant valide) de l’UEH ; un arrêté sera pris pour créer un service social, rémunéré et obligatoire, pour tout finissant de l’UEH ; l’État s’engage à accorder des bourses aux lauréats dans les domaines d’études prioritaires ; un bureau, pour encadrer dans la préparation de leur mémoire les étudiants finissants, sera mis sur pied », indique le président.

Par ailleurs, le recteur de l’UEH, Jean Vernet Henry, qui n’a pas pris part à cette rencontre, a confié qu’il avait reçu un email du Palais national lui annonçant qu’il va y avoir une rencontre avec des étudiants. « On m’a demandé de soumettre les noms des responsables des comités d’étudiants dans les facultés. J’avais transmis l’email aux doyens des facultés. J’avais reçu quatre ou cinq noms d’étudiants,  j’ai donc transmis à la personne qui m’avait envoyé l’email », a expliqué le recteur, contacté par le journal.

« Je ne savais pas trop de la rencontre. J’ai reçu aujourd’hui beaucoup d’appels de journalistes pour avoir mon opinion. Je ne pouvais rien répondre. Je ne peux pas commenter ce qui a été dit, car je n’ai pas suivi la rencontre. J’étais en réunion toute la journée », a ajouté le professeur, qui a confirmé des discussions en cours avec le Premier ministre Laurent Lamothe sur la construction de résidences au campus de Limonade.

Valéry DAUDIER vdaudier@lenouvelliste.com
 Credit: Le Nouvelliste

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