« Je n’ai de redevances envers quiconque », dixit le président du CEP

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Le Conseil électoral permanent (CEP) de six membres multiplie les rencontres en vue de la réalisation des prochaines compétitions électorales. Même s’il a été choisi par le chef de l’Etat, le président de cette institution – contestée par des parlementaires, des leaders politiques et des acteurs de la société civile veut que tout le monde sache qu’il n’a de redevances envers personne. Me Josué Pierre-Louis se confie en exclusivité au Nouvelliste.

Sa première interview. Vendredi, 11h 20 du matin. Me Josué Pierre-Louis, récemment installé à la tête du Conseil électoral permanent (CEP), paraît un peu stressé. Il veut que tout soit parfait. Tiré à quatre épingles, l’ancien ministre de la Justice demande à l’une de ses secrétaires de nous conduire dans son bureau après quelques minutes d’attente sur la cour de l’institution électorale. Pour être sûr que toutes les questions du Nouvelliste soient bien répondues, il sollicite la présence de la directrice générale, Gabrielle Hyacinthe.

Après un moment de décompression, on entre dans le vif du sujet. Les premières questions brise-glace sont répondues par Gabrielle Hyacinthe. C’est surtout sur le renforcement institutionnel à tous les niveaux que la direction générale travaille. « Pour les opérations électorales, nous mettons en place toutes les structures qui permettront la réalisation des compétitions électorales », dit-elle pendant que Me Josué Pierre-Louis se concentre sur les réponses qu’il va donner à son tour.

« C’est le président de la République qui doit convoquer le peuple en ses comices. Au niveau du Conseil, on fait un travail technique…On n’est pas encore au stade de présenter un calendrier électoral pour aborder les élections proprement dites », renchérit le président du CEP. Il souligne que le CEP a déjà rencontré des institutions publiques concernées directement par les élections telles que le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, le ministère de la Justice, la police nationale, l’Office national d’identification, entre autres.

Les questions qui fâchent commencent à arriver, vous sentez-vous confortable de travailler dans une institution contestée? demande Le Nouvelliste à Me Pierre-Louis. « Contestations ! Il y en aura toujours. Dès qu’on dit élections, c’est une lutte partisane. C’est un moment de division. Maintenant, c’est à nous au CEP de faire montre de la confiance placée en nous », répond le président de l’institution électorale.

« Je n’étais pas demandeur d’emploi quand le chef de l’Etat a fait choix de moi. J’étais le secrétaire général de la présidence avec rang de ministre. Ma carrière est derrière moi. Dans mes fonctions de juge, j’ai toujours agi avec équité et impartialité dans le respect de la loi. En tant que membre du CEP, une institution indépendante, je suis un arbitre qui n’a pas d’intérêt dans le jeu, mais qui est là pour organiser des élections indépendantes et impartiales. C’est pourquoi j’ai dit, si vous jugez avant, c’est un préjugé. Attendez d’abord que les élections aient lieu, par la suite tout le monde pourraît se prononcer », conseille-t-il.

Même s’il a été tour à tour, sous le gouvernement de Michel Martelly, ministre de la Justice, secrétaire général de la présidence, et maintenant représentant du chef de l’Etat au CEP, Me Josué Pierre-Louis estime qu’il n’a aucune redevance envers quiconque. Pas même envers vous, Monsieur le Président de la République. A la population, il dit ceci : « Je vous promets, je vous assure que mon objectif, c’est d’organiser de bonnes élections. »

Du haut de ses 25 ans dans la fonction publique, Me Josué Pierre-Louis estime qu’il a la capacité de faire son travail sans diktat. « J’ai prêté serment pour organiser de bonnes élections », soutient-il. Quelqu’un dirait que Gaillot Dorsainvil avait lui aussi prêté serment pour organiser de bonnes élections. Bref !

A ce moment de l’interview, entrecoupée par des interventions de sauvetage de Gabrielle Hyacinthe, on sent monter la tension dans la salle. Pour les parlementaires qui réclament le départ de Me Pierre-Louis du CEP, ce dernier indique qu’il a déjà entendu mieux. « J’ai entendu un bon nombre de parlementaires qui estiment que Josué Pierre-Louis à la tête du Conseil est totalement qualifié pour organiser de très bonnes élections. Ce n’est pas parce qu’un ou deux sénateurs expriment un point de vue que cela devient une opinion générale », martèle-t-il.

Aux questions “est-ce la réalisation des élections est possible avant la fin de l’année ? ” “ou encore dans combien de mois le CEP pourra-t-il les organiser? ” Me Josué Pierre-Louis ne veut pas s’aventurer à donner des réponses. « L’organisation des élections ne concerne pas seulement le CEP, dit-il. Actuellement, nous sommes en train de faire un travail d’évaluation de l’institution électorale. L’objectif que nous nous sommes fixé maintenant, c’est de rencontrer l’ensemble des partenaires du Conseil électoral permanent. Je veux parler des partis politiques, des organisations de la société civile, des bailleurs internationaux. »

L’ancien ministre de la Justice rappelle aussi au Nouvelliste que le CEP a déjà rencontré des ambassades étrangères accréditées en Haïti. Les ambassadeurs ont exprimé leurs inquiétudes et ce qu’ils pensent du Conseil. Si l’on croit les explications de Me Josué Pierre-Louis, les ambassadeurs étrangers souhaitent que les trois autres membres manquants du CEP soient nommés et installés aussi.

Josué Pierre-Louis paraît conscient de la nécessité de ces trois membres pour le bon fonctionnement de l’institution. « On doit tenir compte qu’il y a des négociations qui sont en cours. On attend les trois autres membres », dit-il, soulignant que le Conseil va quand même poursuivre avec les préparatifs pour les prochaines élections.

Il rappelle en passant que l’organisation des élections est très importante pour l’instauration de l’Etat de droit en Haïti et pour faire vivre la démocratie. « Il faut que le CEP soit en mesure d’organiser de bonnes élections, des élections acceptables », avance-t-il.

L’affaire du député Arnel Bélizaire est classée, selon Josué Pierre-Louis

« 25 ans dans l’administration publique. J’ai exercé toutes les fonctions au niveau de l’Etat. Je mets quiconque en défi de venir avec un fait pour remettre en question mon impartialité, ma compétence et mon honnêteté. Si vous voulez, je peux même vous passer une copie du rapport de la Chambre des députés sur le dossier Arnel Bélizaire », dit-il en haussant un peu le ton. Selon Me Pierre-Louis, ce rapport a été élogieux envers lui. « Je crois que cette question est close », indique l’ancien ministre de la Justice. Dans cette affaire il veut faire comprendre qu’il avait remis volontairement sa démission.

Questionné, par ailleurs, sur la possibilité de mettre ses compétences au service d’un Conseil électoral provisoire, Me Josué Pierre-Louis n’est pas certain. Pour le moment, dit-il, il a prêté serment pour servir au sein d’un Conseil électoral permanent. Cela s’arrête là!

Pour les questions auxquelles le président du CEP ne peut pas répondre immédiatement, il promet au Nouvelliste une autre rencontre dans 15 jours. Il veut, dit-il, inspirer confiance au sein du CEP tout en promettant que tous les recrutements pour renouveler les cadres de l’institution seront faits sur concours. « On n’est pas là pour faire plaisir à X ou à Y. Je mesure la responsabilité de ma tâche. Je mesure la responsabilité de ce qui m’attend », indique-t-il.

La directrice générale du CEP poursuit son état des lieux dans les onze bureaux départementaux et les 140 bureaux communaux de l’institution électorale, revoit la flotte de véhicules. Son équipe et elle travaillent aussi sur le nouveau budget de fonctionnement. Selon Gabrielle Hyacinthe, elle est arrivée à la tête d’un CEP qui, neuf mois avant elle, était en dysfonctionnement.

Tous les jours, la directrice générale et le président du CEP se rencontrent pour discuter des réalisations en cours et celles à venir au sein de l’institution électorale. Les six membres du CEP et la direction générale se rencontrent tous les lundis. Personne ne sait avec certitude ni la date ni quel Conseil électoral organisera les prochaines élections en Haïti. Le chef de l’Etat campe sur sa position, le respect de la Constitution, qui passe, selon lui, par un Conseil électoral permanent, alors que des parlementaires, des leaders politiques et des acteurs de la société civile exigent un Conseil électoral provisoire.

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Credit: Le Nouvelliste

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