Pour le plaisir des papilles

Dégustation rime avec transgression. C’est déjà ça. La  résolution prise, les pics de mon mauvais cholestérol, les conseils pour maigrir du Dr Alix Lassègue sont rangés dans un coin de ma tête. Au placard les accès de remords. Karibe, paré comme un resto géant, est somptueux. Les odeurs de jasmin après  les averses de la fin d’après-midi se mêlent à l’arome de café.  Curieusement, je déguste d’abord des yeux. Je salive. L’envie de croquer monte dans la grande salle où les hommes et femmes en toque exposent leur créations, à la deuxième édition du « Festival Goûts et saveurs lakay », vendredi 28 septembre 2012. Le « poulet au café » du restaurant « Le petit creux » fascine. Osé et bon. De bouche à oreille, l’info passe. Celles sur le cocktail de crevette aussi. Miam miam. Roxane Kerby, patronne de Magic Haïti tombe sous le charme du Rissoto au Djon Djon. Nathalie Buteau Antoine du Ritz donne la recette, explique le mélange audacieux du Rissoto italien avec ce champignon local.

« C’est trop bon, c’est réussi », susurre Stéphanie Armand de Well Com. « Je cherche la table de La Coquille; l’année dernière le zòrey kochon était sublime », se rappelle une jeune femme dans la trentaine en quête d’informations auprès d’un serveur. Au fond, à gauche de la salle ! Elle file. Je marche sur ses talons. L’escale Kanèl du restaurant Le Plaza s’impose. Le chef Dimitri, sous les yeux de l’infatigable Agnès, de l’ATH, présente sa brochette de porc au maïs à la bonne femme. La coulie de carotte agrémente le tout. « C’est essentiellement à base de produits locaux », raconte-t-il à Grégory Hilaire. « C’est bon », confie ce dernier, les yeux écarquillés de plaisir. A côté, le stand de La Coquille restaurant. Chef Stéphanie et sa patronne, Gina Legagneur, sont encore plus ancrées dans le terroir. Ces dames offrent le « Jak pwa ». Un bouillon de pois congo, de banane, de farine, de viande salée, de carotte. « A un moment où l’on dit qu’il n’y a pas de riz pour nourrir le peuple, le Jak Pwa prouve que l’agriculteur a tout ce qu’il faut pour se nourrir en utilisant les produits de son jardin », souligne Gina Laguerre, sur la même longueur d’onde que Carole de Lynch, animatrice de télé. Gina, amoureuse du terroir, donne du plaisir aux papilles de Peter Frisch.

Comme pour d’autres, les quelques kilos de trop n’estompent en rien ses désirs. « Je suis un amant de la cuisine locale », confie l’homme d’affaires. Le Tom tom est extraordinaire. L’ambassadeur du Canada Henri Paul Normandin et son épouse le croient sur parole. Mais le couple succombe pour un autre mets : le lalo. « C’est le plat qui a le plus attiré notre attention », confie le diplomate, qui croit qu’il y a des niches à exploiter pour vendre ces produits bio sur le marché international et au pays de la feuille d’érable.

C’est l’un des rêves du chef Stéphane Berrouet. « J’espère que l’on atteindra cet objectif et facilitera plus de débouchées pour les produits haïtiens à l’extérieur », indique Stéphane, heureux du succès de cette deuxième édition de la soirée dégustation dans le cadre du second Festival Goûts et saveurs lakay. « La prochaine édition sera encore meilleure », gage le patron de l’ATH, arc-bouté au rêve qu’Haïti redevienne une destination touristique de la bonne cuisine.En face du stand de « Yvresses des tropiques », Pierre Chauvet n’était pas ivre. Ce n’est pas parce que les bonnes bouteilles manquent. « Il y a trois variétés de crémas et 8 variétés de liqueurs à base de fruits d’Haïti », raconte la tenancière du stand, débout à deux pas de Théodora Chevalier, fille de la cheftaine Misole de « Café organique ».  « Tout est sain est c’est bio », répète-t-elle en face d’une salade fraîche. Bref, ce que j’aurais du manger. Jusqu’au bout de la transgression, la folie d’un soir ne serait pas complète sans les douceurs de Folies Gourmandes.

La cheftaine  Valéry Abraham ne cache pas que les sucreries font grossir. Cela se sait, mais difficile de résister à la mousse au chocolat, à la douce au coco.  A côté, la table de Christian Forais, chef en pâtisserie  est une découverte. Macaron au citron, Panacotas au citron vert et autres petites merveilles garnissent la table de ce chef dont la présence en Haïti est due à son amitié avec Misole Chevalier.  « Nous nous sommes rencontrés au Ritz, à Paris. Elle m’avait invité ici l’année dernière et cette année », raconte-t-il, espérant revenir l’année prochaine. « Une édition qui bénéficiera du support du ministère du Tourisme », garantit la ministre Stéphanie Balmir Villedrouin entre deux conversations et une convocation à la partie officielle de cette dégustation par la fille de feu Aubelin Jolicoeur, « mister Haïti ». Une et deux dernières bouchées, certains gagnent la cour où le team Haïti avec Ron Duprat et d’autres chefs ayant fait honneur à Haïti au Caribbean taste festival sont salués ainsi que les organisateurs du Festival Goûts et saveurs lakay. Au terme de plus d’une heure, mon LDL a peut-être monté. Mais des fois, la vie n’a pas de sens sans transgression, sans folie! Celle des papilles dans ce cas-ci en attendant la foire du 6 octobre au Parc historique de la Canne à sucre.

Roberson Alphonse
Credit: Le Nouvelliste

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