Haïti- Japon : une relation vieille de 80 ans

Haïti et le Japon entretiennent des relations bilatérales depuis 81 ans. Mais jamais, avant le président Michel Martelly, un chef d’Etat haïtien n’avait effectué une visite officielle en terre nipponne. Michel Martelly s’est rendu au pays du Soleil Levant  du 5 au 7 décembre 2012 dans le but de redynamiser les relations entre les deux États. Il a insisté sur « la nécessité qu’Haïti établisse avec le Japon une coopération basée non sur l’assistanat, mais le développement durable.Michel Martelly a plaidé pour une réorientation du programme de dons du Japon notamment dans les domaines de l’environnement et de la sécurité alimentaire. Transfert de connaissances, formation de cadres sur le terrain par des experts, il faut faire appel aux grands moyens, a-t-il dit, soulignant l’extrême vulnérabilité d’Haïti lors d’une rencontre avec le vice-président de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), Hideaki Domichi.La JICA est chargée de la mise en œuvre des programmes d’aide publique au développement. Considérée comme la plus importante agence d’aide bilatérale au monde, elle est présente dans plus de 150 pays. Le président Michel Martelly a répété et martelé  le même message que ce soit lors de la rencontre  au palais impérial, à Tokyo avec l’empereur du Japon Akihito ou encore avec le Premier ministre Yoshihiko Noda. Il a obtenu une aide de 6,5 millions de dollars pour renforcer la production agricole et améliorer la sécurité alimentaire.

Les principales priorités de la coopération japonaise en Haïti ont été redéfinies après le séisme meurtrier de 2010 dans le but de soutenir le processus de reconstruction. L’aide est ainsi axée sur la santé, l’agriculture et l’éducation.

Sur les 10 milliards de dollars promis par la communauté internationale le 31 mars 2010 pour la reconstruction d’Haïti, la contribution du Japon s’élevait à 100 millions. Nous avons tenu notre engagement, s’est exclamé le directeur général du bureau des Affaires latino-américaines et caribéennes, au ministère japonais des Affaires étrangères, l’ambassadeur Akira Yamada. En termes financiers, l’apport du gouvernement japonais à Haïti depuis la tragédie dépasse les 140 millions de dollars américains. Un montant réparti comme suit : environ 55 millions de dollars pour l’aide d’urgence, 70 millions pour l’aide à la reconstruction et 15 millions pour soutenir les activités des ONG  japonaises sur le terrain selon la JICA.En Haïti, l’Agence a réalisé durant ces deux dernières années des projets de réhabilitation de routes, du système d’approvisionnement en eau, notamment à Léogâne, et de formation des  techniciens dans le domaine de la production agricole et des cadres de l’Administration publique sur les stratégies de reconstruction.

Par ailleurs, le Japon octroie à Haïti depuis 2001 des bourses d’études en licence, maîtrise, doctorat ou des études supérieures de recherche  conduisant à un titre universitaire.

Autre projet important du gouvernement nippon en Haïti, la reconstruction de l’hôpital Saint-Michel de Jacmel, qui s’est effondré lors du tremblement de terre. Le plan a été réalisé par la firme d’architectes Yamashita Sekkei. L’appel d’offres sera lancé en février 2013 pour Tokyo et le Canada. Les travaux, qui coûteront 17 millions de dollars, devraient s’achever fin 2014. Cet hôpital public de 200 lits sera doté d’équipements modernes qui seront fournis par la JICA.

Retrait des forces terrestres d’autodéfense japonaises de la Minustah

Dépêchée en Haïti quelques semaines après le tremblement de terre de 2010, l’unité de génie des forces terrestres d’auto-défense du Japon s’apprête à quitter le pays à la fin de l’année. Ce sont au total 2 200 militaires qui ont été déployés sur le terrain, avec pour mission principale d’enlever les décombres, d’expertiser les bâtiments, de construire les préfabriqués et de réparer les routes notamment à la frontière haïtiano-dominicaine. Ils ont réalisé plus de 200 projets à travers le  pays, informe  le directeur de International Peace Cooperation Head Quarters, Hideo Suzuki.

Les ingénieurs des forces d’autodéfense plient bagage, cependant le matériel ne sera pas rapatrié. Compacteurs, niveleuses, bulldozers… tout le matériel sera mis à la disposition du gouvernement haïtien indique le directeur de la Coopération internationale Manabu MANNAMI. Des séances de formation ont été organisées à l’intention des techniciens locaux sur la conduite des engins lourds.

Au cours de sa visite au Japon, le président Michel Martelly s’est rendu à Sendai, chef-lieu de la préfecture de Miyagi, dans la région du Tōhoku. Située à 350 km de Tokyo, la ville de Sendai a été frappée le 11 mars 2011 par un séisme de magnitude 8,9. L’un des plus violents du siècle. Le tremblement de terre a été suivi d’un tsunami avec des vagues de plus de 10 mètres de haut qui avaient causé la mort de plus de 15 000 personnes et la destruction d’un million de bâtiments. Accompagné de son épouse, le chef de l’Etat a déposé des fleurs au pied du monument funèbre.

Ce qui frappe en arrivant au centre-ville de Sendai, c’est l’absence des traces du séisme. Invité par le gouvernement japonais à la fin du mois d’octobre, j’avais du mal à croire qu’il y a moins de vingt mois, cette ville avait connu un événement apocalyptique. La plupart des immeubles fissurés ont été  réparés, la population vaquait normalement à ses activités. Le tableau est cependant totalement différent sur le littoral où sont entassées des montagnes de débris de toute nature. Plus de 22 millions de tonnes de déchets se sont accumulées le jour du drame dans les préfectures d’Iwate, de Miyagi et de Fukushima. Le traitement de ces déchets potentiellement radioactifs est un défi majeur de la reconstruction. Le volume total des décombres est égal à celui des déchets accumulés en 20 ans par les trois provinces les plus affectées par le séisme et le tsunami.

Marie Lucie Bonhomme
Credit: Le Nouvelliste

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