Aurélus et Dimanche reçus au Sénat.

Dans une ambiance houleuse, Godson Aurélus et Will Dimanche ont discuté, mercredi 12 décembre 2012, avec la commission Justice et sécurité du Grand corps sur des sujets brûlants de l’actualité. L’insécurité, le remorquage des véhicules sont, entre autres, les points constitutifs du menu des discussions.

Godson Aurélus et Will Dimanche, respectivement directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) et directeur du service de la circulation, ont à tour de rôle répondu, ce mercredi, aux questions de la commission Justice et sécurité du Sénat. Plus de trois heures durant, les deux hommes se sont expliqués, non sans difficultés, sur le fonctionnement de l’institution policière, sur les mesures envisagées pour combattre le phénomène de l’insécurité et du banditisme, sur la  problématique de la circulation, et surtout sur le remorquage des véhicules, etc.

« Il est important que nous donnions des explications par rapport au fonctionnement de la PNH, et sur les dispositions adoptées pour freiner le phénomène de l’insécurité dans le pays », a, d’entrée de jeu, déclaré le  directeur général de la Police nationale, Godson Aurélus.

Le successeur de Mario Andrésol a, en effet, présenté le bilan des actions menées par l’institution policière durant ces derniers mois.

Dans le domaine de la sécurité

A côté du phénomène du banditisme, de vols à main armée souvent perpétrés par des individus circulant à moto, il n’est pas sans savoir, a souligné Godson Aurélus, que la question du  kidnapping a fait l’actualité pendant ces derniers mois.

Il indique avoir fait d’énormes progrès dans la lutte contre le kidnapping.« Les zones considérées comme les foyers du kidnapping, comme la plaine du Cul-de-Sac, la route des Frères et Pernier sont aujourd’hui libérées. La majorité des gangs ont été démantelés grâce au concours de la population », a-t-il indiqué d’un ton ferme.

Depuis le démantèlement du puissant réseau de gangs dirigé par le riche homme d’affaires Clifford Brandt, poursuit le directeur général de la police a procédé à de nombreuses arrestations.

« La Brigade d’intervention (BRI), structure de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), formée pour démanteler les gangs, n’était malheureusement pas  fonctionnelle à mon arrivée à la direction générale de l’institution policière. Compte tenu de  l’importance d’une telle unité dans la lutte contre le kidnapping et la criminalité, nous avions demandé au président Martelly de favoriser le rétablissement de cette structure. C’est grâce au rétablissement de cette unité que nous avions pû mettre les fauteurs de troubles  hors d’état de nuire », a indiqué M. Aurélus.

« La justice a confisqué plus de huit maisons au niveau de la plaine du Cul-de-sac pour soupçon de kidnapping », a-t-il révélé, soulignant que le combat contre le kidnapping est une lutte de longue haleine.  D’après lui, les kidnappeurs sont, en grande partie, des évadés de prison, donc des récidivistes.

Par ailleurs, Godson Aurélus se félicite d’avoir favorisé la libération d’otages sans verser de rançon. «  Toutes les personnes kidnappées ont été libérées sans payer un sou, alors que nous avions interpellé les ravisseurs », a –t-il dit, citant en exemples des cas enregistrés au Cap-Haitien, à Tabarre, à Carrefour et à Jacmel.

Il exhorte les autorités judiciaires à examiner les dossiers avec rigueur et dextérité. « C’est à la justice de donner le ton, à savoir de juger les bandits au regard de la loi  aux fins de mettre la population en confiance. »

Le chef de la police indique que des dispositions sont prises pour qu’il y ait une présence policière en permanence dans tous les coins de la région métropolitaine de Port-au-Prince  pour cette  fin d’année.

Toujours selon Godson Aurélus, des nouvelles mesures sont  également envisagées pour  régulariser le trafic des motocyclettes dans le pays.«  Plus de 500 000 motos sont recensées par la police.  Les individus circulant à moto sont en grande partie responsables des actes d’insécurité perpétrés au niveau de la capitale. »

Nous allons, a-t-il dit, mettre de l’ordre dans ce secteur.  « Des dispositions sont aussi prises pour enregistrer toutes les motos, exiger leur immatriculation, stopper l’importation de motos pendant six mois, identifier les chauffeurs avec des casques et gilets. »

De surcroît, il s’engage à adopter des mesures drastiques visant à sécuriser les zones commerciales et les parages des banques à longueur de journée.

Se référant aux récentes mobilisations des étudiants, M. Aurélus  a lancé une mise en garde contre toutes les manifestations « non pacifiques » dans le pays. «  Nous arrêterons tous les individus qui visent à troubler l’ordre public et à porter atteinte à la propriété privée en lançant des pierres sur des véhicules», a-t-il lâché, rappelant que le rôle de la police est de protéger les vies et les biens de la population

Amélioration des conditions de vie et de travail des policiers

Le directeur général de la PNH dit faire de l’amélioration des conditions de vie et de travail des policiers son cheval de bataille. Nous sommes, à cet effet, passés de la parole aux actes. «  En ce qui a trait au temps de travail des policiers, nous avançons à grands pas vers une amélioration. Le temps de travail des policiers sera, dans les jours qui viennent, passé de 12 h à 8 h par jour. »

Pour ce qui concerne l’augmentation des salaires, Godson Aurélus rassure.  « La carte de débit des policiers a été augmentée de 25%, passant ainsi de 4000 à 5000 gourdes par mois. C’est une augmentation qui se fera de manière progressive », a-t-il garanti.

« Nous voulons avoir la garantie que ces mesures vont être adoptées sous peu afin d’apporter un ouf de soulagement à la population », a exigé le sénateur Pierre Francky Exius, président de la commission Justice et sécurité du Grand corps. Le  directeur général de la PNH y a répondu par l’affirmative.

Les sénateurs dénoncent les procédures du remorquage des véhicules

La problématique du remorquage des véhicules est le point sur lequel les pairs conscrits ont produit leur désaccord. Appuyé par ses pairs, le sénateur Steven Benoit a fait montre de sa plus grande préoccupation  sur ce problème. «  Quelles sont les firmes qui sont responsables du remorquage ? Qui sont les propriétaires de ces firmes ? Quel est le prix exact pour remorquer un véhicule ? Comment est reparti l’argent ?  Où va cet argent ? Que dit le Code de la route dans cette affaire ?», s’est interrogé le sénateur Benoît, très critique sur la façon dont le remorquage est pratiqué tant à Pétion-Ville qu’au centre-ville.

« Le remorquage est une arme majeure pouvant nous aider à résoudre le problème de la circulation », a réagi le commissaire  Will Dimanche.  «  A Pétion-Ville, le prix du remorquage est de 3 500 gourdes tandis qu’il est de 3000 gourdes au centre-ville. Compte tenu du fait que l’Etat n’a pas de remorqueurs, cet argent est reparti entre la firme sollicitée et l’Etat », a-t-il répondu.

Non satisfaits des explications fournies par les deux responsables, les sénateurs invitent donc les deux hommes à résoudre une fois pour toutes ce problème qui fait couler encre et larmes. «  Il y a une sorte de gang, de mafia dans cette affaire », a tempêté le sénateur Benoît.

Conscients d’une telle anomalie dans  la manière dont s’opère le processus de remorquage, les deux hommes promettent de tout remettre dans l’ordre. «  Bonne note est prise. Nous allons réviser la méthode et les procédures pour rectifier le tir », ont-ils promis.

Le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé a, de son côté, exigé des explications sur le corps armé parallèle à la l’institution policière dénommé « Le Police » en particulier dans le département du Sud. « Je ne connais pas un tel corps », a sèchement répondu Godson Aurélus. Ce n’est, a-t-il continué, que dans la presse que j’ai entendu parler d’un tel corps. Mon représentant dans le département du Sud me donne la garantie que cela n’existe pas non plus.»

Yvince HILAIRE
 Credit: Le Nouvelliste

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