Une lumière s’est éteinte.

Deux ans depuis que le palais national, majestueux édifice, est à terre. Trois années après le séisme, il a complètement été effacé. Vide est la place qui a été le siège de toutes les bêtises démocratiques, autant que des heures de triomphe marquant au fer les mémoires. Balayé et emporté le palais. De ce patrimoine qui rendait son peuple si fier, il ne reste plus rien. Nulle part où accrocher une guirlande, une ampoule, encore moins où camper le beau sapin. La frénésie de Noël, sa magie ne trouvent qu’un tombeau. Pourtant, les ruines nous avait habitués à leur forme grotesque pareille à un échafaud chancelant, se soutenant pierre après pierre, refusant de céder à l’oubli ni à l’usure du temps.

Hélas, on s’en souvient encore, du haut de certains toits, les regards portaient sur le centre-ville. Une lumière parmi d’autres brillait d’un feu si scintillant que, à plusieurs mètres, ses éclats forçaient l’admiration. Un frisson parcourait alors l’échine, quand le vent froid de décembre agressait la peau. On n’en avait cure, car cet étincellement dans la nuit de l’amour à Port-au-Prince réchauffait le cœur, réchauffait les âmes.

Cette lumière, elle n’est plus. On a espéré la voir illuminer le palais, pendant ces trois années. Il se serait alors relevé de sa chute pour accueillir une énième fois la fête de la Nativité, les bons vœux augurant d’une meilleure année ; recueillir entre ses murs et ses clôtures le retentissement des rires innocents d’enfants, mêlés au sourire de la trêve des guerres, déclarées ou larvées, entre adultes. Le voir debout dans sa superbe, s’enorgueillir de l’enthousiasme des fils de la terre qui l’a vu s’ériger. On a espéré. Mais on savait. Et c’est arrivé.

Une lumière s’est éteinte. Elle s’en est allée, emportant avec elle un espoir étouffé, une chimère qu’il ne faudra plus nourrir. Elle gardera son merveilleux et laissera des souvenirs. D’autres en prendront la place. Mais elle ne sera plus.

Péguy F. C. Pierre peguyfcpierre@gmail.com
Credit: le Nouvelliste

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