« Le Serment des ancêtres » restauré et retourné en Haïti

Le chef de l’Etat haïtien a reçu vendredi d’une délégation française la célèbre toile « Le Serment des ancêtres », abîmé lors du séisme au palais national, et qui a été restauré en France par des spécialistes français. La toile hautement symbolique sera gardée dès ce week-end à la Banque de la République d’Haïti (BRH) en attendant de lui trouver un endroit approprié.

Il est considéré comme  le véritable  symbole de la liberté du peuple haïtien. Œuvre du Guadeloupéen Guillaume Guillon-Lethière, le tableau « Le Serment des ancêtres », peint en 1822,  présente une rencontre historique entre le général Jean-Jacques Dessalines, lieutenant de Toussaint Louverture, et Alexandre Pétion, chef des mulâtres de Saint-Domingue. Cette rencontre  représente le serment passé entre les deux hommes, tous deux jurant de vaincre les troupes françaises dirigées par le général Leclerc, beau-frère de Napoléon Bonaparte. C’était le début du processus qui mena à l’indépendance d’Haïti, en 1804.

C’est la seule fois, dit-on, que le peintre, fils d’un colon et d’une esclave noire affranchie, a peint des personnages qui n’étaient pas des Blancs. Et ce tableau, qui a été offert à la jeune République d’Haïti par son auteur, fut  l’une des œuvres majeures de ce peintre qui s’imposa dans le monde artistique européen du XIXe siècle. Lorsque Guillaume Guillon-Lethière offre le tableau à sa signature il ajoute : né à la Guadeloupe. Selon certains, c’était pour rappeler probablement qu’il était lui aussi, malgré sa notoriété européenne, un homme des Caraïbes.

« Le Serment des ancêtres » avait été retrouvé à la cathédrale de Port-au-Prince en 1991  et avait été restauré par le Service de restauration des musées de France en 1998 puis exposé au musée du Louvre, à l’entrée des salles d’exposition sous la pyramide, avant de retourner en Haïti. Il avait été installé dans une salle au palais national. Lors du tremblement de terre dévastateur du 12 janvier 2010, la peinture monumentale qui présente une scène historique a été retrouvée ensevelie sous les décombres par les pompiers français. Certaines parties ont été déchirées, mais les spécialistes français ont assuré que le tableau, d’une grande dimension, soit quatre mètres par trois, pouvait être restauré. Le patrimoine, composante essentielle de l’âme d’un pays, ne doit pas être oublié lorsque survient une catastrophe !

Le ministre français de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand,  avait indiqué que le Centre de recherche et de restauration des musées de France assurera à Port-au-Prince la restauration de l’œuvre. « Le centre connaît parfaitement cette œuvre pour l’avoir restaurée une première fois dans ses ateliers du Louvre en 1998 », avait confié le ministre dans un communiqué.  Le tableau a été toutefois transporté en France et a été exposé au musée du Louvre, à Paris, dans l’attente de sa restauration avant d’être retourné en Haïti.

En tenue décontractée, le président Michel Martelly, invité par l’ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret, – qui est en fin de mission-, a reçu, le vendredi 14 décembre 2012, la célèbre toile qui a été restaurée comme promis. Les spécialistes français qui ont fait le voyage en la circonstance, a souligné le chef de l’Etat,  procéderont au cours du week-end à son installation à la Banque de la République d’Haïti (BRH), au centre-ville de Port-au-Prince. « C’est un tableau d’une valeur inestimable (…) Ce genre de tableau devrait être gardé dans des musées. Pour le moment, il sera gardé à la BRH, et c’est le meilleur endroit que nous ayons pu trouver jusqu’à maintenant », a fait savoir Michel Martelly.

Valéry DAUDIER Avec des sources combinées

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