L’église : ce ne sont pas que les murs

Des catholiques s’accrochent à Dieu. En dehors des murs de certaines églises qui se sont effondrées lors du séisme du 12 janvier 2010. 35 mois après cette épreuve, les bergers font tout pour reconstruire.

11 heures 43. Sous une bâche usée, une poignée de dévots prient. Un tête-à-tête avec Dieu, au pied du crucifix géant de son fils Jésus, c’est l’un des rares privilèges non ravis aux infortunés d’ici.  Les yeux fermés, les deux bras vers le ciel, une trentenaire, longiligne, mine de « gueule cassée », permanente en mal de retouche, soupire : « Emmanuel, délivrez-nous ». Les narines pleines de l’odeur de plastique brûlé, elle et les autres suivent les instructions du frère Jean-Louis Chenier, guide de cette séance de prière tenue à deux pas des ruines de la cathédrale de Port-au-Prince, l’église-phare d’Haïti. Pour Jean-Louis Chenier, cette cathédrale, sa seconde maison, sera reconstruite, même si cela doit prendre du temps.

35 mois après les secousses telluriques ayant  pété les vitraux, cassé les colonnes, les voûtes, forcé des « cloches folles » en chute libre à sonner le glas de cet édifice d’architecture néo-romaine, les choses semblent avoir bougé. Dans le bon sens. Les résultats d’un concours d’architecture international, attendu fin décembre, seront rendus publics début janvier 2013, confie Guy Chrispin, curé de la cathédrale, mardi 11 décembre 2012. Cette étape est cruciale avant d’aller chercher les fonds pour la reconstruction de la cathédrale, indique le religieux, debout devant l’aile est de l’archevêché, aujourd’hui désaffecté, où Mgr Joseph Miot est mort, sous des décombres et au bout de son sang, le 12 janvier 2010.

Comme elles le peuvent, les églises  se mobilisent pour trouver des fonds alors que  la Proximité catholique avec Haïti et son église (PROCHE) tardait à donner les résultats escomptés, ajoute Guy Chrispin. Cette structure dont l’un des objectifs est de permettre la coordination des efforts de reconstruction de l’église n’a cependant pas empêché des fidèles catholiques de s’investir dans des activités de collecte de fonds. Dans certains cas, la motivation et  les résultats de cet élan de solidarité sont louables. Cet engagement souligne que des édifices se sont effondrés mais que les fidèles sont restés debout. « La foi est allumée, nos activités très fréquentées », explique le curé Guy Chrispin.

« L’église est vivante. Les activités de levée de fonds se sont multipliées. Des dons sur des concerts, sur la vente d’albums… sont versés pour la reconstruction de l’église », soutient Carline G., une fidèle de l’église du Sacré-cœur de Turgeau, une église presque aussi emblématique que  Sainte-Anne, à la rue Carbone.  Des fois, les contacts au sein des congrégations font bouger les choses. C’est le cas pour la “co-cathédrale” St-Jean-Baptiste de Miragoâne. L’épiscopat américain dispose de 1.8 million de dollars us pour sa réhabilitation, confie l’évêque des Nippes, Pierre-André Dumas.  « Le plus grand donateur c’est l’Eglise catholique des Etats-Unis », confirme le nonce apostolique, Bernardito  Auza. Les catholiques américains ne sont pas les seuls à voler au secours de leurs frères et sœurs en Haïti. Les Eglises espagnole, italienne, hongroise, polonaise ont mis la main pour faire avancer la charrue de la reconstruction de l’Eglise d’Haïti. « Elles aident à travers la conférence épiscopale d’Haïti, à travers des associations de laïcs, d’instituts religieux », confie le nonce apostolique. « Pour le moment, poursuit Bernardito Azua,  nous avons, sous la supervision de notre commission, une soixantaine de chantiers. Des églises, des écoles, des noviciats, des missions de formation religieuse », indique le représentant du Saint-Père, citant quelques chantiers connus, dont celui de Sainte-Thérèse de Pétion-Ville, la réalisation de la grande école de sœurs salesiennes, de l’église Sainte-Rose de Lima de Léogâne. En janvier 2013, l’église Saint-François d’Assise de Grand-Goâve sera inaugurée. « Il y aura une cathédrale provisoire à Jacmel », révèle en outre  Azu, qui travaille aussi sur le projet de construction d’une nouvelle école dans la cité d’Alcibiade Pommeyrac. Bernardito Azu, très engagé dans la reconstruction de l’Eglise d’Haïti, souligne que « Les donateurs donnent de l’argent quand le projet est complet. »

La reconstruction de l’Eglise d’Haïti est estimée à plusieurs centaines de millions de dollars, selon un religieux. En « off », il souligne qu’il ne faut pas penser d’abord à l’argent. « Quand les projets sont bien ficelés, on finit par trouver les financements. Les catholiques sont connus pour leur générosité », indique-t-il, sans faire l’économie de souligner le désir de certains fidèles de continuer « à vivifier leur foi » dans des églises reconstruites.

Cela prendra encore un peu de temps. Mais, entre-temps, sans le confort des églises, des croyants en proie à la dureté de la vie continuent d’appeler le secours d’en haut sous des bâches, dans des terrains vagues. Comme pour rappeler que Dieu est partout. Pas nécessairement dans les édifices de bois et de pierres…

Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com
Credit: le Nouvelliste

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