«Noël dans le monde entier» (Jamie Cartright : Mezzo soprano; Micheline Dalencour: piano)

Une enceinte sacrée pour un concert de musique sacrée ! On ne pouvait rêver d’un meilleur cadre que celui du «Quisqueya Chapel» à Delmas 75, rue Catalpa, pour un tel évènement.

Devant un public pas très nombreux mais averti et recueilli, la mezzo-soprano Jamie Cartright, accompagnée par la pianiste Micheline Dalencour, a donné son concert de Noël à base d’extraits, d’arias d’oratorios de la nativité et de cantiques du monde entier, en plusieurs langues. De l’inédit et du connu.

Le programme, constitué de plus de dix-sept (17) pièces était divisé en trois parties, élégamment présentées et résumées dans un préambule à chaque fois, en anglais par une jeune fille, et en français par le pasteur James Cartright, père de la chanteuse.

La première section consistait en : trois arias tirés du «Messiah», «O thou that Tellest Good Tidings to Zion» «Il paîtra son troupeau/Venez à lui»; «Lulazje jezunu» cantique favori des Polonais, une berceuse comparant Jésus au soleil; «The Kinderlein Kommet», chant de Noël allemand; «The rocking carol», berceuse traditionnelle de la République tchèque ; «Midnight sleeping Bethléem» en provenance de Chine (1936) et très typique de ce pays par sa courbe mélodique, sa texture et ses intervalles ; enfin le très populaire «Adeste Fideles» repris par l’assistance.

La seconde partie nous enchanta par ses révélations de:   «A la yon ti pitit sa a» de Padidjo (Joseph Augustin), un très beau Noël créole, bien de chez nous, tout joyeux, tout candide et en majeur ; «Nana» de «siete canciones populares» de Manuel de Falla et «El niño Jesus», chant portoricain, deux airs où Jamie Cartright nous étonna par ses affinités manifestes avec l’espagnol.

Nous avons découvert, donc écouté pour la première fois, «Esurientes» (Magnificat de Jean-Sébastien Bach), pièce difficile, où la chanteuse n’a pas trop convaincu. Peut-être faudrait-il une seconde audition pour mieux l’apprécier. L’impression n’est donc pas figée. L’incontournable «Silent Night» chantée en trois langues conclut cette section.

La dernière partie de ce solide programme honorait la France, ses compositeurs savants, populaires ou anonymes. D’entrée de jeu, nous avons été transporté par le saint mystère de la nativité dans «Expectavit», extrait d’un oratorio de Noël de Camille Saint-Saëns. Pièce forte, qui nous a plu par les commentaires du piano à chaque «expectat…» de la cantatrice ; courtes mais remarquables réponses. La partition, la mélodie est puissante, et honorent le grand talent de Saint-Saëns. Quelle griffe!

«Patapan, Guillaume, prends ton tambourin», chant traditionnel de Bourgogne attribué à Bernard de la Monnaye (1664-1728); «un flambeau Jeannette, Isabella» air provençal; «Il est né le divin enfant» ont illustré le génie populaire français. C’est avec le «Minuit Chrétiens», texte de Cappeau, mis en musique par le compositeur Adolph Adam, cantique de Noël ayant fait le tour du monde, que s’est achevée cette troisième partie et qu’a pris fin le récital.

Jamie Cartright a beaucoup progressé depuis ses débuts. Il y a, à présent, chez la chanteuse une remarquable gestion du souffle, de la respiration. La cantatrice nous enchante toujours par l’usage d’une gestuelle minimaliste, illustrant ses morceaux, décontractant la performance. Jamie Cartright a du goût, des ambitions; ses choix sont très avisés, même si le rendu n’est pas toujours égal ou frappant comme dans «Esurientes». Léger trémolo dans les attaques; quelques «ports-de-voix», émotionnels, excusables (c’est un être de chair et de sang ; c’est un être humain, pas un robot ou un ordinateur… et c’est tant mieux !).

On ne peut souhaiter qu’une bonne continuation à Jamie Cartright; on s’attend à de nouvelles prestations. C’est l’habitude de la scène, la confrontation, ou mieux, le contact avec le public qui conduit à la maîtrise. Vive l’habitude !

N.B : Jamie Cartright nous a surpris en espagnol ; c’est une voie à explorer.

Roland Léonard

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