Quête de pierres tendres sur la route de Jacmel

A Jacmel, les éboulements engendrés par les travaux de réfection de la route au niveau de morne Karaté ont ralenti, cette semaine, la circulation des véhicules. D’énormes roches se détachent des pentes à pic pour rouler au fond des précipices. Pelleteuses, bulldozers aménagent la voie publique sur le bord de laquelle s’amoncellent des tas de pierres. Profitant de l’abondance de cette matière première, Anous, Jean et Phénol s’installent sur des tas de pierres blanches qui donnent la sensation de froid au toucher.

Anous vient de Carrefour. Informé par un ami, il s’installe depuis le début de la semaine au bord de la route. Il a l’air d’un casseur de pierre. Quand on s’approche de plus près, on se rend compte qu’il façonne le matériau ; qu’il lui donne une expression qui n’est pas l’apanage des ouvriers courbés au bord des chemins s’adonnant à casser des cailloux en vrac.

D’habitude, Anous se procure ces pierres assez dures au bord des rivières et des mines. Il les préfère aux autres parce qu’elles sont malléables et se taillent facilement. Depuis douze ans environ, cet artisan qui s’est essayé à l’ébénisterie et à la confection de vêtements parcourt Léogâne et Jacmel à la recherche de roches pour fabriquer des objets d’art. « J’ai pu tailler plusieurs pierres depuis ce matin. Je pourrai les achever à la maison. Ce qui est important pour moi, c’est que j’ai pu amasser des sacs de pierres. J’ai des matériaux pour travailler pendant des mois », se félicite Anous tout en continuant à taper précautionneusement sur l’objet qu’il cisèle.

S’investir dans la pierre

Jean et son ami Phénol, originaires de Léogâne, – commune  où s’est installé Ronald Laratte, l’une des références en matière de sculpture – se sont investis dans la pierre pour donner une nouvelle direction à leur vie. Depuis qu’ils ont appris à ciseler ces surfaces ondulées soulignées parfois de veines de différentes couleurs qui brillent au soleil, ils ont remisé houe et machette pour se consacrer à cette activité.

Avec des ciseaux, des limes et des marteaux en bois de fabrication artisanale, les hommes en quête de pierres tendres sur la route de la métropole du Sud-Est travaillent délicatement les objets qui prennent forme artistiquement. Remarquons que ces artisans juchés sur des tas de pierres n’ont pas de masque pour protéger leurs yeux des éclats provoqués par les coups de ciseaux. Ils s’adonnent à leurs activités quelles que soient les circonstances. Penchés sur les pierres qu’ils modèlent, ils en tirent une sonorité musicale. La sonorité de la pierre se couvre du vacarme des pelleteuses et des bulldozers qui font trembler la montagne.

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Credit Le Nouvelliste

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