Délabré, le Théâtre national accueille le président Martelly

« Ce que je viens de voir à l’instant a touché mon âme », a déclaré le président de la République Joseph Michel Martelly ce 17 décembre 2012, lors d’une visite au Théâtre national. Un petit spectacle pour dire bienvenue au président, dans ce qui reste du Théâtre national ou dans ce qui commence à renaître de cet espace de création. Après deux morceaux entonnés par la chorale nationale, la troupe de théâtre a présenté un sketch, avec  pour personnages les héros,  les esclaves qui clament haut et fort la liberté et qui se préparent à défendre l’île contre une éventuelle attaque des colons. Ensuite, une chorégraphie avec des rythmes du terroir a enflammé le rez-de-chaussée aux murs décrépis. Les artistes sont sortis de scène sous des pluies d’applaudissements. Le président paraissait ému.

« Nous pensons, Monsieur le Président, que le développement passe indubitablement par la culture, voilà pourquoi nous travaillons avec peu et le travail est fait », a déclaré le directeur administratif, Jose Guerrier, qui présentait la piteuse réalité de l’institution. Heureusement, les ressources humaines sont là et ne demandent qu’à être encadrées », a-t-il ajouté. Jose Guerrier estime que le directeur du Théâtre national, Jean Penel, a fait de son mieux en deux mois seulement. Quant au directeur lui-même, il n’a pas caché sa joie de recevoir le président de la République ainsi que le ministre de la culture Mario Dupuy et a profité pour dire que le Théâtre national n’a pas de budget. Mais des miettes qui peuvent à peine payer les employés. Il faut des moyens, d’autant plus que cette institution culturelle proposera bientôt un festival de théâtre national, selon Jose Guerrier.

La délégation qui accompagnait le président a poursuivi la visite et est montée voir l’espace où, jadis, les artistes se produisaient. Plus de toit, plus de plancher, plus de chaises. Rien. Le théâtre à ciel ouvert offre un spectacle déroutant. Avec 150 choristes, 50 danseurs et une trentaine de comédiens environ, il faut qu’il y ait un lieu pour qu’ils évoluent. Mais par où commencer ? Au milieu de son équipe, le président cherchait comment y remédier, il regardait, interrogeait, proposait. Il est passé dans les loges pour rencontrer les artistes, les encourager et leur a promis  son appui afin d’entamer les travaux qui ne peuvent plus attendre. « Il faut que ces artistes trouvent le moyen de vivre de leur métier, il faut qu’ils se mettent au boulot, jouent dans des soirées hebdomadaires par exemple. Je suis, avant même d’être président, un artiste et je me sens concerné.  Il y a moyen de vendre notre art qui est tout ce qu’on a », a martelé le président Martelly.

Les propos illustrés du président, entrecoupés de rires, d’applaudissements et assaisonnés de quelques « A vie ! », ont laissé un goût d’espoir en ces lieux délabrés. Mais certains, sceptiques, se questionnaient. Une fois qu’on aura réparé le Théâtre national, ne faudra-t-il pas penser aux alentours? Qui viendra voir des spectacles au Théâtre national sur le boulevard Harry Truman, sale et non sécurisé ? A quand la mise en place d’un fonds alloué à la création ?

Gaëlle Bien-aimé gaellebienaime@gmail.com
Credit: le Nouvelliste

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