Haïti découvre le Viêt Nam

En attendant la tenue en mars 2013 de la Semaine du Viêt Nam dont ont convenu les deux pays à Hanoi, les autorités haïtiennes sont tombées sous le charme de la coopération avec ce pays frère et lointain qui partage avec nous une histoire de révolte contre les grandes puissances. Le Viêt Nam s’en est bien sorti et tend la main à Haïti.

Un nid d’hirondelle rouge” était au menu du déjeuner offert par le Premier ministre Nguyen Tan Dung en l’honneur de son homologue Laurent Lamothe lundi à Hanoi, au premier jour de la visite d’Etat de 48 heures d’une importante délégation haïtienne.

Le ballet soyeux d’une nuée de serveurs colore un repas de cinq services, agrémenté de la musique d’un orchestre traditionnel vietnamien.

Dans la salle d’honneur de la maison des hôtes du gouvernement, l’échange de discours entre les deux hommes est tout aussi courtois que l’hospitalité et la cuisine vietnamienne exquises. Après plus d’une heure trente en réunion au bureau de Nguyen Tan Dung, les deux chefs de gouvernement sont parvenus à signer deux protocoles d’entente. Les agapes scellent l’amitié naissante entre les deux gouvernements.

Le temps est aux célébrations, aux toasts. Quinze ans depuis septembre 1997 qu’Haïti et le Viêt Nam ont établi des relations diplomatiques; première visite de haut niveau d’une mission haïtienne; premières réunions de travail pour explorer des pistes de coopération.

En une journée marathon, c’est le gratin du pouvoir communiste qui reçoit le Premier ministre Lamothe : après son vis-à-vis, c’est au tour du président de l’Assemblée nationale, du président de la République socialiste du Viêt Nam, du secrétaire général du Parti communiste qui ont, l’un après l’autre, reçu le PM haïtien. Dans le même temps, dans des réunions séparées, les ministres Marie Carmelle Jean Marie et Jacques Thomas se réunissaient avec des ministres vietnamiens pour des discussions sectorielles.

De longs tapis rouges sont déroulés partout. Les voyageurs du vol Japan Airlines ont attendu, dimanche soir, une vingtaine de minutes avant de pouvoir quitter l’avion, le temps de l’accueil officielle à l’aéroport Noi Bai International (HAN). Tous les usagers de l’autoroute, long de vingt-cinq kilomètres, qui relie l’aéroport à Hanoi, ont dû aussi  prendre leur mal en patience et laisser passer la délégation haïtienne. Habituellement, cela prend une heure et 45 minutes pour faire le trajet. En convoi très officiel, trente minutes suffisent. Partout, il en sera ainsi. Le cortège haïtien a la priorité. Un policier à chaque cent mètres veille au respect de l’ordre. Les retards sont mal vus au Viêt Nam, les hôtes font tout pour les éviter à leurs visiteurs.

La visite de Lamothe est une visite d’Etat, confie au Nouvelliste un cadre du ministère vietnamien des Affaires étrangères. « Comme vous, nous avons souffert. Nous sommes heureux de votre présence ici», lâche-t-il.

L’accent est le même dans tous les discours : les deux peuples ont combattu pour conquérir liberté, indépendance et souveraineté; ils se doivent de coopérer. Chaque discours le souligne sous les bustes fleuris et le regard de bronze de Ho Chi Min. Statufié, le père du Viêt Nam est  l’inévitable icône des salons officiels.

Haïti est à la une des journaux comme des télévisions, et le drapeau bleu et rouge flotte sur les avenues comme à l’entrée de chaque bâtiment officiel. Même le Sheraton où loge le Premier ministre a hissé pavillon haïtien. Lamothe ne cache pas son émotion devant tant de faste et d’honneur et se confie au Nouvelliste.

« C’est une visite très importante, et le désir des Vietnamiens de coopérer avec Haïti est sincère. »

A côté du protocole impeccable, de l’accueil chaleureux, il se joue en coulisse des négociations rondement menées depuis plusieurs mois à l’instigation de Viettel, la société propriétaire à 60% de la Natcom. Les ministères haïtiens des Affaires étrangères, des Finances et de l’Agriculture ont fait leur part. Seuls manquent le Conseil national des télécommunications (CONATEL) et son ministère de tutelle, celui des Travaux publics.

Au Viêt Nam, il y a pourtant des dossiers qui les concernent. Celui de la Natcom bien entendu, mais aussi les secrets d’une reconstruction réussie. La guerre du Viêt Nam n’a pris fin qu’en 1975 et tout, ou presque, est reconstruit. Surtout l’économie qui, en moins de vingt ans, entre 1992 et 2012, a vu le PIB par tête d’habitant multiplié par dix.

Le Viêt Nam collectionne les exploits. Cinq ans après la rude guerre contre les Américains, son invasion du Cambodge et une bataille de deux mois contre ses voisins Chinois, le pays envoie dans l’espace son premier cosmonaute. En 2008, c’est le premier satellite commandité par le Viêt Nam (VINASAT-1) qui est mis en orbite.

Tout va au pas de charge dans ce pays très vieux, dominé par une philosophie de lutte originale et toujours victorieuse. Communiste, en 1986 débute pourtant le “Dôi moi”, la politique d’ouverture économique dont le pays jouit des fruits de nos jours. Si l’embargo américain est levé en 1994, les touristes en provenance de l’ancien pays ennemi n’ont pas attendu aussi longtemps pour venir ou revenir sur les lieux. Il y a même un hôtel Hilton à Hanoi. Tout un symbole.

L’économie se porte bien. « Dix-sept milliards de dollars d’exportations du secteur textile l’an passé », répète songeuse la ministre des Finances, Marie Carmelle Jean Marie, et le coût de la vie est, au Viêt Nam, le moins élevé en Asie du Sud-Est.

Main de fer dans des poches remplies, le gouvernement communiste fait des affaires et cultive ses amitiés. Le pays est membre de l’Organisation mondiale du commerce depuis 2007. Preuve que tout va bien.

L’une des attentes du Viêt Nam, pays socialiste ayant à sa tête l’un des rares partis communistes au monde encore au pouvoir, est l’appui d’Haïti àla candidature du Viêt Nam à l’Organisation mondiale du commerce. Le pays veut y avoir le statut d’économie de marché. Sa diplomatie souhaite également le soutien d’Haïti, car les Vietnamiens aspirent à des postes dans des organisations internationales où chaque vote compte.

L’ouverture sur l’Amérique aussi est l’une de ses attentes. Sept pays accueillent une ambassade du Viêt Nam en Amérique latine et dans les Antilles, seulement Cuba. Haïti rêve d’en être le second et envisage de faire pareil en installant sa première mission diplomatique en Asie du Sud-Est à Hanoi.

Entre-temps, un accord établissant un cadre de coopération est paraphé solennellement entre les deux gouvernements, avec Viettel,  également. Natcom-Viettel, par cet accord, s’engage à faire don de 500 tonnes de riz à Haïti et promet de l’internet gratuit dans les écoles publiques, des kits scolaires, un appui technologique aux ministères pour installer des capacités de vidéoconférence sur tout le territoire.

Natcom-Viettel a conclu la soirée du Premier ministre et des membres de la délégation haïtienne avec un repas. Encore de la soupe en entrée. Cette fois, aux concombres de mer. Rare et délicieux comme les nids d’hirondelle de midi.

Frantz Duval Envoyé spécial duval@lenouvelliste.com
Credit: le Nouvelliste

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