Les artistes devancent l’État

Dans une exposition de fanaux organisée le mercredi 19 décembre 2012 dans les jardins de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH), nos artistes reconstruisent le pays. À l’occasion du 33e anniversaire de ladite institution, et dans la perspective d’un radical changement.

out est lumière. Routes. Immeubles. Sécurité. Écoles. Églises. Places publiques. Hôpitaux. Parcs d’attraction. Des idées en carton achevées sur des tables en bois, d’où les arbres et la propreté réussissent. Cet étalage de fanaux, bien qu’il s’agisse d’un concours axé sur la reconstruction d’Haïti – à la limite d’une vision personnelle – fait montre de l’universalité des rêves haïtiens, ceux qui s’accordent le droit de croire au renouvellement.

Nous sommes en plein rêve. Ou presque. Juste à l’ère d’une Haïti nouvelle. Depuis l’entrée de la cour de la RTNH, où le public jouit de son émerveillement dans un mouvement de va-et-vient, on remarque les murs du Palais national. Admiration ou perturbation? Nous revenons dans le temps où il a fallu trois mois pour abattre cet édifice. Maintenant que c’est reconstruit en 11 jours, on se demande si le Palais national, un jour, sortira du fanal.

Même question pour la cathédrale de Port-au-Prince. Ce temple qui se réduit à ses ruines, 35 mois après le séisme du 12 janvier 2012.

Que restera-t-il de ce concours?

Comptant 75 participants de tout âge, cette activité, organisée par la direction générale de la RTNH en collaboration avec la direction culturelle, prendra fin le 22 décembre 2012. Soit la veille de l’anniversaire de l’institution. Selon Rouseline Guillaume, l’un des membres du comité, le jury ne désignera que trois gagnants. À la différence des deux derniers qui remporteront respectivement le prix de 75 000 et 50 000 gourdes, le premier partira avec 100 000 gourdes. Toutefois, le ministre de la Culture, Jean Mario Dupuy, dans des propos tenus lors de l’exposition, souligne que des primes de consolation seront éventuellement accordées aux autres artistes.

Que disent les participants?

Debout à côté de leurs produits, dans cette posture qui frise le délire, les artistes sont dans le feu de l’action. Ils s’agitent. Ils expliquent. L’ « Haïti virtuelle » est l’objet d’éloges. De critiques. Johnny Emmanuel Ambroise, informaticien de 39 ans, réinvente la tour 2004. Il ne se prive pas de corriger les erreurs commises par nos maîtres à penser.

« On a raté la tour 2004, explique-t-il. À compter de 1804 à 2004, cette édification doit être la place des aïeux. L’aire de repos de nos héros. Je l’ai construite en 10 mois. Une façon de prouver qu’on peut naturellement avoir un nouveau départ. »

« Il faut commencer par le début, recommande Jean Wisly Milord. Si on veut reconstruire le pays, on doit d’abord réédifier le Palais national. Ce soir, j’ose faire le premier pas. »

Les artistes devancent le temps. Ils parlent à travers leurs créations d’une reconstruction pleine d’audace. Cité-Soleil resplendit. Delmas retrouve ses repères. Champ de Mars rivalise avec les Champs-Élysées….

Puisqu’il est toujours bon de récompenser, Haïti sera-t-elle en fanal pour les autres années?

Quand est-ce que l’État rattrapera ces artistes?

Martine Fidèle martinefidele@yahoo.fr

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