Manif et contre-manif devant le parlement

Pas de rendez-vous majeurs au Parlement sans manifestations ou contre-manifestations. Quand ça n’est pas les deux… Certes, la formule ne date pas de l’ère Martelly, qui en a encore profité allégrement lundi lors de l’ouverture de la session ordinaire qui a vu son Premier ministre Laurent Lamothe se prendre les pieds dans le tapis, gracieuseté du bloc des Parlementaires pour le renforcement institutionnel. Papier d’ambiance.

T-shirts, pancartes, banderoles, tracs, mégaphones, vaccines, tambours… Aucun support n’a été négligé par les milliers de manifestants outrés par l’attitude du bloc des Parlementaires pour le renforcement institutionnel (PRI), minoritaire à la Chambre des députés. En porte-à-faux avec le Premier ministre, ces derniers ont été appelés bruyamment à la raison par les manifestants qui ceinturaient la place d’Italie, en face du palais législatif.

« Députés et sénateurs, les cloches (ndlr : un des outils utilisés par les députés pour empêcher un Premier ministre de présenter son bilan à l’ouverture de la session ordinaire) ne font pas le développement, scandaient les manifestants. C’est dans l’amour, le dialogue et la réconciliation que nous arriverons à placer le pays sur la voie du développement. » Des messages identiques étaient inscrits sur des maillots estampillés Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. Des tracs aussi ont été lâchés sur la route attenante au Parlement.

Esquissant des pas de danse au son de vaccines, tambours et bambous, les manifestants sont demeurés sereins et n’ont même pas semblé ennuyés par l’arrivée de plusieurs centaines de « prétendus ex-employés » de l’administration publique. « Nous exigeons notre fonds de pension et les arriérés de salaire », revendiquaient les invités-surprises à la manifestation pro-Martelly et Lamothe.

S’étant massés à différents endroits du Bicentenaire, les deux groupes ne faisaient aucunement preuve d’hostilité l’un vis-à-vis de l’autre. « Nous vivons tous dans des quartiers populaires et partageons les mêmes préoccupations », a expliqué un manifestant aux cheveux tressés, offrant à un camarade du groupe opposé un verre rempli de rhum Barbancourt. Parmi les revendications communes, la libération d’un musicien arrêté lors d’une récente manifestation hostile au président Martelly. « Avili exige la libération de son maestro », écrivent-ils, faisant manifestement référence à une bande de rara.

Quelques minutes après, les membres de la fanfare du palais national descendaient d’un autobus, suivi de peu par le cortège présidentiel. Il n’en fallait pas plus pour que la place d’Italie se vide progressivement. Les manifestants s’en sont allés comme ils étaient arrivés : certains dans des autobus bondés, particulièrement ceux venus de loin.

A l’intérieur du palais législatif, le chef du gouvernement a été muselé par les Parlementaires pour le renforcement institutionnel (PRI). Ces derniers, ayant apporté dans l’enceinte parlementaire klaxons et autres instruments bruyants, ont empêché Laurent Lamothe de présenter son bilan à l’Assemblée nationale, selon les prescrits de la Constitution. Les parlementaires du PRI jurent qu’ils ne cesseront leur travail de sape que lorsque leurs communes auront reçu les fonds idoines prévus dans le budget national…

Claude Gilles
Credit: Le Nouvelliste

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