Les pinceaux de Frankétienne

Une visite chez cet homme de lettres, ce chanteur, cet enseignant, ce comédien, ce dramaturge, ce peintre – en un mot, ce grand artiste – permet de constater que l’art, non seulement réside chez Frank Étienne, mais est Frankétienne!

Après le séisme du 12 janvier 2010, Frank Étienne, dit Frankétienne, a changé radicalement le lieu qu’il appelle son « chez lui » pour le transformer en une véritable galerie d’art. Sur les piliers de béton qui soutiennent sa grande maison de Delmas 31, des têtes hurlent leur désespoir. Visages d’épouvante, ces portraits expriment le regard muet, la peur, les cris, les pleurs, la tragédie… « Il y a de ces portraits qui sont grimaçants, c’est pour expliquer les terreurs que vivent les gens », indique l’artiste en me faisant visiter sa maison-musée. L’épouvante et l’enfer des hommes, la crise internationale qui nous affecte, le tremblement de terre dévastateur, les pleurs… Il n’est pas question pour moi de peindre de gentilles et belles dames alors que la crise nous ronge tous ! » Le rêve de ce grand artiste serait qu’après sa mort, des personnes de partout puissent continuer à visiter ce lieu, afin de comprendre l’essence de son oeuvre. « J’aurais aimé que des gens continuent à visiter ma maison même après ma mort, pour qu’ils se rappellent surtout ce tremblement de terre qui a laissé à tous les Haïtiens de partout une tristesse noire », confie-t-il. « Que ce lieu soit comme un patrimoine culturel pour le pays car, de toute façon, je ne pourrai ni vendre ni partir avec ces murs. » Pour ceux qui connaissent le pinceau du peintre, ils diraient que ses oeuvres picturales ont adopté d’autres formats, passant de l’abstrait au portrait figuratif. Les merveilles de la vieillesse apportent d’autres aspirations et inspirations, remarque le peintre à l’approche de ses soixante-dix-sept ans. Pour les amateurs d’oeuvres picturales qui, d’un premier regard, poseront les yeux sur ces peintures, ce ne seront peut-être que des images reflétant un ensemble de dessins à la fois merveilleux et enfantins. Mais l’observateur éclairé y verra tout de suite le symbolisme profond. « Mes dernières oeuvres ressemblent à des portraits, alors que j’ai été connu comme un peintre abstrait, fait-il remarquer. A la fin de ma vie, je me rends compte de la physionomie et du visage des êtres humains qui sont des miroirs. Les yeux sont l’endroit où l’on peut tout retrouver, où l’on découvre l’essence profonde des êtres. Un visage dit tout ! ». Ces oeuvres picturales seront présentées ce jeudi 31 janvier à l’Organisation internationale de la francophonie.
Samanda Leroy
Credit: Le Nouvelliste

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