Martelly et Lamothe ont les deux pieds dans un seul soulier

Ne demandez pas à qui appartient le soulier. Ni à qui sont les deux pieds. Ne cherchez pas à savoir s’il s’agit de deux ripatons droits ou deux panards gauches. La question n’est pas à ce niveau. Et même si c’est le temps du carnaval, deux pieds dans un seul soulier, ce n’est pas une posture pour faire rire, ni une contorsion d’acrobate. Le Premier ministre Laurent Lamothe et le président Martelly ont les deux pieds dans l’étroite chaussure des élections. Et ce n’est pas drôle. Ce n’est certes pas la première fois que des responsables politiques haïtiens sont aux prises avec les tourments d’impossibles élections. Le retard organisationnel et l’allergie électorale sont des pathologies saisonnières pour les gros chefs en Haïti, comme la grippe. Des fois, cela se soigne vite, comme tous les retards. D’autres fois, on laisse faire le temps et cela accouche de catastrophes en série. Comme tous leurs devanciers, Martelly et Lamothe auront beau argumenter que le temps perdu à ne pas mettre en place les institutions adéquates ne leur est pas imputable. Comme leurs prédécesseurs, ils auront le blâme comme ils auraient eu le mérite et les bravos s’ils avaient pu faire avancer au pas de course la cause de la démocratisation. Martelly et Lamothe auraient pu mener leur voyage peinard, passer, de Jacmel au Cap-Haïtien, de joyeux carnavals, rester assis sur un nuage. C’est le retrait de Religions pour la paix annoncé vendredi qui habille l’impasse autour de la formation du Conseil électoral (provisoire, permanent ou transitoire) des couleurs de l’échec. Le gris pâle domine. Le gris des horizons bouchés. Le gris des ciels bas aux nuages chargés d’incertitudes. Des élections manquent au bilan, votre mandat se ternit. Vous passez de la colonne des bons élèves à la rangée des prédateurs de la démocratie. Dans une déclaration faite lundi, le président du Conseil de sécurité de l’organisation des Nations unies (ONU), l’ambassadeur Masood Khan, a « pressé tous les acteurs politiques en Haïti à redoubler leurs efforts en vue de consolider la stabilité et le progrès réalisés ces dernières années ». Un pays ne peut pas avancer si sa stabilité est compromise, les deux pieds dans un seul soulier… La déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU, intervenue lundi, alors que le représentant spécial du secrétaire général, Mariano Fernandez, effectue sa tournée d’adieu, n’arrange pas les choses. Les Haïtiens ne sont pas pressés de réaliser des élections. L’ONU l’a compris et le déplore. Entendez par ”Haïtiens” le gouvernement et l’opposition. L’un pense gagner du temps pour s’organiser et rafler la mise, l’autre veut faire passer le temps et coincer au fond de son petit trou un pouvoir qui n’a pas l’allure d’aimer la passation des pouvoirs par les urnes. Les élections sont au fond d’une vieille chaussure. Ce n’est pas la première fois. Pas la dernière. Elles s’en sortent toujours. Ce n’est qu’une question de temps. Deux pieds ne peuvent pas rester indéfiniment dans un même soulier, n’est-ce pas ?
Frantz Duval
Credit: Le Nouvelliste

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